Marco Aurelio / Idioma del texto : francés

Pensées pour moi-même

Texto / traducción : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Edición : 1876

Los textos históricos pueden utilizar ortografía o vocabulario antiguos. Se conserva la edición original; no es una nueva traducción.

Fuente y edición

Livre VIII (continuación)

76. Tu jouis de cette puissance supérieure. C’est le privilége de l’homme ; c’est l’attribut qui le fait proprement ce qu’il est, et qui lui permet de devenir tout ce qu’il doit être.

77. Soit dans le Sénat. C’est un conseil tout personnel que semble se donner l’Empereur ; mais cette recommandation peut s’adresser à toutes les conditions, depuis la plus haute jusqu’à la plus humble. Il n’y a jamais nécessité de parler avec violence, ni dans aucun lieu, ni à qui que ce soit. Mais, pour se régler avec tant de sagesse, il faut être complètement maître de son humeur ; et cette égalité de caractère, qui est un signe de grande politesse, ne s’obtient que par l’éducation et une discipline constante.

78. Sain et mesuré. Il n’y a que le premier mot dans le texte.

79. Vois la cour d’Auguste. Marc-Aurèle cite, en particulier, la cour d’Auguste, parce qu’elle était fort nombreuse, comme le prouve l’énumération seule qu’il en fait. L’exemple n’en est que plus frappant ; mais il le serait encore pour une société ou une famille plus restreinte.

80. La fin de tous les membres d’une famille. La réflexion est triste ; mais elle est la vérité même.

81. La famille de Pompée. Elle ne paraît pas avoir été aussi nombreuse que celle de César et d’Auguste.

82. Le dernier de sa race. Que d’exemples du même genre on rencontrerait dans nos cimetières !

83. Ordonner toutes les actions de ta vie une à une. Sous une autre forme, c’est le précepte déjà donné plusieurs fois, liv. II, § 5, liv. VI, § 2, et un peu plus haut, dans ce même liv. VIII, § 2.

84. Rien ne peut faire. Puissance souveraine de la volonté de l’homme et de son libre arbitre ; aucun obstacle du dehors ne peut prévaloir ; toute l’action est intérieure et ne dépend que de nous.

85. De bon cœur. C’est l’expression même du texte.

86. Une action nouvelle. La tienne propre, qui relève de toi seul, au lieu de l’action étrangère, qui peut relever d’une foule de causes, qui sont toutes hors de notre portée.

87. Que je viens de te recommander. Le texte n’est peut-être pas aussi précis. Voir plus bas, § 32, et plus haut, liv. IV, § 1.

88. Recevoir les choses… les perdre. Je n’ai pas voulu rendre cette pensée avec plus de précision ; le texte est très-concis ; et sans qu’il s’exprime assez clairement, il est possible qu’il s’agisse ici de la vie et de la mort. Jouis de l’une sans excès, et accepte l’autre sans murmure.

89. Une main, un pied ou une tête coupés. Image qui, au premier abord, ne laisse pas que de faire une singulière impression ; mais ce spectacle de corps mutilés et de carnages devait se renouveler assez souvent dans une existence toute militaire comme celle de Marc-Aurèle.

90. Qu’il s’isole volontairement. Voir plus haut, livre V, § 8, une pensée presque semblable, où l’homme qui résiste à l’ordre universel des choses est comparé à un abcès dans un corps sain.

91. L’honneur dont Dieu a gratifié l’homme. Nulle part Marc-Aurèle n’a montré mieux qu’ici les rapports qui unissent l’homme à Dieu, et la reconnaissance sans bornes que nous devons à l’auteur de notre être.

92. Libre de ne pas briser l’union. C’est la grandeur de l’homme pris dans toute sa pureté avant la faute.

93. Il lui a donné de pouvoir revenir. C’est le repentir après la chute, et la raison revenant à suivre et à aimer les lois dont elle s’était d’abord écartée.

94. Qu’il y occupait précédemment. Avant l’infraction à l’ordre universel des choses.

95. La nature universelle des êtres raisonnables. En d’autres termes, c’est Dieu et sa providence, qui a donné à l’homme une partie des facultés qu’il possède lui-même.

96. La nature de l’univers. L’expression du texte est encore plus vague.

97. À l’accomplissement de son premier dessein. Voir plus haut, § 32.

98. L’ensemble de ta vie. Ceci semble se rapporter plus particulièrement, au passé, de même que ce qui suit se rapporte davantage à l’avenir. La suite du paragraphe précise ce sens plus que ne le font les deux premières phrases.

99. T’occuper uniquement du présent. Il ne faudrait pas appliquer ce conseil à la rigueur, car ce serait renoncer à la fois et aux leçons de l’expérience que donne le passé, et aux prévisions que la prudence de l’homme essaie d’arracher à l’avenir.

100. De vraiment intolérable. Voir plus haut, liv. VII, § 64.

101. De t’avouer ta faiblesse. Le texte est moins précis ; mais le sens ne peut être douteux.

102. Le présent se réduit à bien peu de chose. Ceci n’est pas toujours vrai ; mais ce qui l’est, c’est que l’homme, fortifié par la sagesse, peut toujours résister et triompher moralement, si d’ailleurs son corps succombe à des causes irrésistibles et toutes physiques.

103. Panthée. Maîtresse de Lucius Vérus, qui l’avait ramenée de Smyrne à Rome, et qui la traitait en véritable impératrice, par le luxe sans bornes dont il l’entourait. Dans le dialogue intitulé « Les Portraits », Lucien fait de la beauté de Panthée une description enthousiaste. Voir ce dialogue, et ch. X particulièrement.

104. Pergame. Affranchi de Lucius Vérus.

105. Chabrias. Personnage inconnu.

106. Diotimus. Ce personnage, aussi inconnu que Chabrias, a déjà été nommé plus haut, § 25.

107. Y fussent-ils à demeure fixe. Comme des statues qui ornent un sarcophage.

108. Mauvaise odeur que tout cela. Peut-être ce ton d’ironie convient-il peu au caractère personnel de Marc-Aurèle, et en un pareil sujet. Voir plus haut, livre VI, § 13. Il faut préférer la solennité de Bossuet parlant de ce « je ne sais quoi, qui n’a plus de nom dans aucune langue ».

109. Dit le philosophe. Le texte a simplement : Dit-il. On ne sait pas de quel philosophe est cet adage ; c’est peut-être de Platon. D’ailleurs, le texte est altéré en cet endroit, et j’en ai tiré le sens qui paraît le plus vraisemblable. C’est celui que la plupart des traducteurs ont adopté.

110. Qui puisse supplanter la justice. Le mot du texte a la même valeur à peu près que celui de Supplanter dans notre langue. Seulement, on doit dire qu’une vertu ne peut pas en supplanter une autre ; elle s’y ajoute peut-être ; mais deux vertus ne peuvent pas être incompatibles entre elles ; la tempérance est au contraire incompatible avec le plaisir.

111. Si tu supprimes ton opinion. C’est une des théories les plus importantes du Stoïcisme, quoiqu’elle puisse à première vue sembler paradoxale. Ce serait aller trop loin de prétendre que nos maux n’ont que la réalité que notre jugement leur donne. Notre sensibilité, dont nous ne pouvons nous séparer, est là pour réclamer si haut qu’il nous faut bien l’entendre. Mais ce qui est vrai, c’est que la raison peut dominer la sensibilité, et parvenir, par un exercice persévérant, à lui imposer silence. L’imagination joue également un rôle dans presque tous les instants de notre vie ; elle simplifie ou diminue singulièrement nos biens et nos maux. C’est à la raison de restreindre l’imagination, et même de la supprimer tout à fait. Rien de toute cette lutte intérieure n’est impossible ; mais la nature a bien de la peine à se soumettre au joug de la raison. Voir plus haut, dans ce livre, § 28.

112. Que ce quelque chose se fasse à soi-même une opinion. Chose impossible, puisque le corps ne pense pas. Voir plus haut, liv. VII, § 14, et livre VI, § 32.

113. Pour la vie végétative en nous. J’ai ajouté ces deux derniers mots pour bien marquer qu’il s’agit toujours ici de l’homme, et non pas de la vie végétative d’une manière générale, c’est-à-dire de la vie des plantes proprement dites. L’homme a aussi en lui une force de végétation qui affecte plusieurs parties de son être. Marc-Aurèle n’a pas évidemment voulu dire autre chose.

114. Te touchent. Elles touchent le corps, mais non la personne.

115. C’est à la sensibilité de le savoir. Parce que c’est elle seule qui est affectée par le plaisir et la douleur. Voir la fin du paragraphe précédent.

116. Ni feu, ni fer, ni tyran. C’est sans doute une réminiscence des fameux vers d’Horace : « Nec vultus instantis tyranni. »

117. L’âme, une fois Sphærus. Ce vers d’Empédocle est encore cité par Marc-Aurèle plus loin, liv. XII, § 3. Voir les Fragments d’Empédocle, vers 176, p. 5, édit. Firmin Didot. Le Sphærus, dans la doctrine d’Empédocle, est l’ensemble de l’univers, jouissant d’un éternel repos.

118. Me faire du chagrin à moi-même. En me conduisant mal et en commettant quelque faute.

119. Moi qui n’en ai jamais fait volontairement à personne. C’est une belle justice à se rendre à soi-même, surtout quand on est empereur.

120. L’esprit qui doit me gouverner. La raison, qui doit s’efforcer avant tout de maintenir sa tranquillité parfaite, et son indépendance absolue du joug et du trouble des passions.

121. Sans qu’il se détourne jamais. Voir plus haut, liv. II, §§ 13 et 17.

122. Qu’il l’accepte. C’est la résignation et la foi aux décrets de Dieu, recommandées également par la philosophie et par la religion.

123. Selon la valeur qu’elle peut avoir. Aux yeux de la raison, qui l’a d’abord examinée avec le soin nécessaire. Voir plus haut, liv. III, § 11.

124. Du temps qui t’est présentement accordé. Voir plus haut, liv. II, § 14.

125. Une gloire qui doit leur survivre. Voir plus haut, liv. III, § 10.

126. Aussi peu durables qu’eux-mêmes. La réflexion est bien juste ; mais il y a une réponse à ce dédain de la gloire, quelque raisonnable qu’il soit ; et on peut la demander à Pascal. Voir plus haut la note, liv. VI, § 59.

127. Saisis-moi. Marc-Aurèle s’adresse ici à la Providence pour faire acte encore une fois de parfaite soumission à ses volontés, tout ensemble souveraines et justes. Voir plus haut, liv. V, § 16.

128. Mon génie. Ma raison, ou, comme dirait le Christianisme sous une autre forme : « Mon ange gardien. »

129. Où trouver jamais. Réflexion profondément sensée pour qui a su discerner les vrais biens et les vrais maux, mais que le sage lui-même n’a pas toujours le temps de faire, sous le coup de la passion, qui nous aveugle et nous emporte.

130. Jamais rien ne peut arriver. C’est l’absolue confiance à la bonté et à la justice de Dieu ; tout est réglé par lui avec une providence qui ne peut, ni se tromper, ni défaillir jamais. Reste, il est vrai, le libre arbitre de l’homme ; mais c’est à l’homme d’en bien user.

131. La commune et universelle nature. C’est-à-dire, Dieu.

132. Un fardeau insupportable. Voir plus haut, liv. VII, § 64, une pensée d’Épicure, toute semblable à celle-ci.

133. C’est au jugement que tu en portes. Voir plus haut la même pensée, § 40.

134. Qu’est-ce qui t’empêche. Le Stoïcisme indique le but et ne s’inquiète pas des obstacles qui le rendent d’un accès difficile. La théorie fait bien, et elle ne peut qu’être absolue. Mais la pratique exige beaucoup d’exercice ; et cette soumission entière à la raison est le fruit d’une longue et pénible discipline. Voir plus haut, liv. V, § 2.

135. Sache encore être doux. C’est ainsi que Bossuet a pu dire de Madame Henriette d’Angleterre : « Oui, Madame fut douce envers la mort comme elle l’était envers tout le monde. Son grand cœur ni ne s’aigrit, ni ne s’emporta contre elle. Elle ne la brava non plus avec fierté, contente de l’envisager sans émotion et de la recevoir sans trouble. » Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, p. 592, édit. de 1846.

Derechos y procedencia

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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