Pensées pour moi-même
Texto / traducción : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Edición : 1876
Los textos históricos pueden utilizar ortografía o vocabulario antiguos. Se conserva la edición original; no es una nueva traducción.
Fuente y ediciónLivre IX (continuación)
81. Présentement. Voir plus haut, dans ce livre, § 6, le développement de cette pensée. Le passé n’est plus à nous ; l’avenir n’y est pas encore, et n’y sera peut-être jamais ; le présent seul nous appartient ; et encore !
82. Si quelqu’un regarde ce que tu fais. Voir plus haut, liv. VIII, § 56.
83. La république de Platon. Ainsi Marc-Aurèle prend la république de Platon pour un idéal inaccessible. Certainement il n’ignorait pas les objections irréfutables d’Aristote ; mais il considérait sans doute les principes platoniciens plutôt que le gouvernement dont Platon a essayé de faire la théorie. Les préceptes sont admirables en effet ; mais la combinaison imaginée par le philosophe ne l’est pas ; et surtout elle n’a rien de pratique.
84. Modifier les cœurs et les opinions. Excellentes maximes, qui sont bien dignes d’une âme telle que celle de Marc-Aurèle et que méconnaissent presque tous les gouvernements.
85. L’obéissance d’esclaves qui gémissent. Rien de plus noble que ces sentiments dans la bouche d’un empereur romain.
86. D’hypocrites, qui feignent de croire. C’est le rôle habituel des courtisans.
87. Poursuis donc maintenant. Les idées ne paraissent pas ici très suivies.
88. Un personnage plus ou moins dramatique. Ceci s’applique surtout à Alexandre, dont la vie a, en effet, été si tragique.
89. Aussi simple que modeste. C’est ainsi que Pythagore, Socrate, Épictète, Descartes, ont compris le rôle de la philosophie. Marc-Aurèle sur le trône n’a rien perdu des qualités viriles que d’autres ont montrées dans la pauvreté ou dans l’esclavage.
90. Ces rassemblements innombrables. Le mot dont se sert le texte signifie plus simplement des rassemblements de bétail ; mais le sens général indique qu’il s’agit plutôt de ces vastes rassemblements d’hommes qui forment les nations, ou qui ont lieu, à certaines époques de l’année, pour des solennités politiques ou religieuses.
91. Ce voyage fait. C’est sans doute du voyage de la vie que Marc-Aurèle veut parler, en prenant cette expression toute générale.
92. Même prononcer ton nom. C’est tout simple pour le vulgaire des hommes ; mais, pour un empereur, cette franchise est plus pénible, sans être moins vraie. Voir liv. IV, § 3, et liv. VIII, § 21.
93. La gloire ne vaut pas davantage. Voir plus haut, liv. III, § 10, et liv. IV, § 19, où la vanité de la gloire est blâmée encore plus vivement qu’ici.
94. Ne mérite notre estime. C’est un peu trop absolu ; il y a de vraies gloires, comme celle de Marc-Aurèle lui-même ; et il y en a de fausses.
95. Tout ce qui provient de la cause extérieure. Voir plus haut, liv. IV. § 3, le développement de cette pensée. C’est l’ataraxie stoïcienne, si loin de l’indifférence, avec laquelle on a confondu ce calme que le sage doit s’efforcer de toujours conserver, pour que sa raison s’exerce avec toute sa puissance.
96. La cause qui ne tient qu’à toi. Le libre arbitre, et la raison, qui ne dépend que de nous seuls.
97. Rechercher l’intérêt de tous. C’est une des maximes les plus élevées et les plus pratiques du Stoïcisme. Le désintéressement est une des premières vertus qu’il recommande au sage.
98. Que dans l’idée que tu t’en formes. C’est une théorie un peu absolue ; mais cette exagération même fait le plus grand honneur au Stoïcisme. Marc-Aurèle y a déjà bien des fois insisté, et notamment liv. VIII, §§ 40 et 47.
99. Une immense carrière. C’est là, en effet, un des moyens les plus assurés de se fortifier l’âme et de se consoler de bien des soucis. L’esprit se retrempe dans cette haute et pure atmosphère ; et il a plus d’énergie, après cette diversion, pour dédaigner les vaines préoccupations de la vie. La contemplation de l’être infini, de l’éternité du temps, de l’immensité de l’espace, soutient, guérit et vivifie. C’est le grand côté de l’homme et le rachat de son infirmité.
100. Tout ce que tu vois sera détruit. Voir plus haut, liv. IV, §§ 3 et 50. Nous ne saurions mieux dire aujourd’hui ; et cette brièveté de toutes choses est une des idées les plus utiles à se remettre sans cesse dans l’esprit. Bien comprise, elle n’inspire ni découragement ni paresse ; mais elle met l’homme et le monde à leur véritable point.
101. On en est au même point. Ceci est un peu exagéré. Devant la mort tout s’anéantit également ; mais, selon que la vie a été plus ou moins longue, elle a pu être plus ou moins utile dans le plan général des choses. La vie de Marc-Aurèle, sans avoir été fort étendue, a cependant mieux valu que celle de son frère adoptif, mort de ses débauches, ou de tel César, disparu à la fleur de l’âge.
102. Quelles âmes sont les leurs ! Le texte est aussi vague que la traduction. La fin du paragraphe explique très-clairement la pensée, qui est d’ailleurs d’une profonde justesse. On peut voir plus haut, liv. VI, § 59, des réflexions analogues, et aussi la réponse qu’on y peut faire au nom de Pascal. L’âme humaine, même quand elle est vicieuse, a une valeur propre dont il nous faut tenir compte ; et la gloire, même quand c’est le vulgaire qui la donne, n’est jamais entièrement dénuée de prix.
103. Voir à nu leur cœur misérable. Précepte excellent, de réduire toujours les hommes à leur valeur personnelle ; mais il est difficile de les isoler complètement de tout ce qui les environne et les cache. Sénèque a dit : « Quand vous voudrez savoir au vrai la valeur de quelqu’un, regardez-le tout nu ; dépouillez-le de ses richesses, de ses charges et des autres avantages dont la fortune l’a paré. Détachez-le même de son corps ; et considérez son âme. Voyez ce que c’est, et si elle est grande de son fonds, ou de celui d’autrui. » Épître LXXV, à Lucilius.
104. La perte de l’existence… un changement. La langue grecque permet ici une opposition, et un cliquetis de mots de forme presque identique, que notre langue ne nous fournit pas.
105. Qui a fait que tout est bien. C’est l’optimisme qui est la foi de Marc-Aurèle ; mais l’optimisme, pour être bien compris et bien pratiqué, exige une force d’âme et une humilité qui sont toujours très rares.
106. Et toi, qu’oses-tu dire ? Tournure d’une vivacité peu ordinaire à Marc-Aurèle, et qui atteste combien son cœur était touché de ce qu’on peut appeler la révolte de l’homme contre Dieu.
107. Condamnée à des souffrances qui ne doivent jamais cesser. On ne peut nier la souffrance ; mais il faut la prendre pour une épreuve, et non pour un mal proprement dit. Le mal est surtout, si ce n’est exclusivement, le mal moral, et il dépend de nous de le supprimer. Sénèque a dit : « Vois avec quelle injustice sont appréciés les présents des Dieux même par ceux qui font profession de sagesse… Ils querellent les Dieux d’avoir négligé de nous donner une santé inaltérable, un courage invincible, et la science de l’avenir. À peine sont-ils assez maîtres d’eux-mêmes pour ne pas pousser la témérité jusqu’à maudire la nature de ce que nous sommes au-dessous des Dieux, et non pas à leur niveau. » Des Bienfaits, liv. II, ch. XXIX.
108. Dans la matière dont tout être est composé. La pensée de ce paragraphe n’a pas toute la clarté désirable. En somme, il se borne à cette assertion souvent répétée, que rien ne se perd dans le monde et que tout y est dans une perpétuelle transmutation.
109. Le souffle même qui nous anime. Le souffle vital, sans parler du principe spirituel et raisonnable, dont les destinées sont tout autres.
110. Assez de grimaces dignes d’un singe ! C’est la force du mot dont se sert le texte. Voir plus haut, livre VII, § 43.
111. À la cause même. C’est-à-dire, à la Providence.
112. Regarde-la en face. L’expression est incomplète ; mais si l’homme regarde à la cause universelle et à la Providence divine, c’est pour la remercier et la bénir, comme Marc-Aurèle l’a toujours recommandé et toujours fait.
113. Sous l’œil des Dieux. On ne saurait vivre mieux.
114. C’est bien toujours la même chose. Voir plus haut, liv. VI, § 37, et la note.
115. C’est un mal pour elle. Voir plus haut, dans ce livre, § 4, et liv. VIII, §§ 55 et 56.
116. Peut-être n’a-t-elle pas commis la faute. Indulgence et charité envers son prochain ; ne pas croire au mal légèrement et par simple malveillance ; vérifier des accusations qui peuvent être injustes.
117. D’une source unique qui est intelligente. C’est Dieu, avec toute sa puissance et toute sa bonté.
118. Un vaste et unique corps. C’est l’univers, qui ne peut qu’être unique, ainsi que le mot le dit, et comme Dieu lui-même.
119. Une partie n’a pas le droit de se plaindre. Maxime magnanime, qui est une des principales de la doctrine stoïcienne. Dans cet ensemble infini des choses, l’homme n’a jamais qu’à remercier Dieu, soit par courage, soit par résignation.
120. Il n’est au monde que des atomes. Voir plus haut, liv. IV, § 3, et liv. VIII, § 17.
121. À l’âme qui te gouverne. C’est-à-dire la raison, qui a la faculté de se parler à elle-même et de réfléchir.
122. Tu n’es que déception. Ce serait bien le cas, en effet, si l’homme devait mourir tout entier, et que son âme dût subir aussi le destin de son corps. À quoi dès lors l’intelligence nous serait-elle bonne, et d’où viendrait-elle ?
123. Tu es à l’état des brutes. Doctrine absurde, contre laquelle Marc-Aurèle n’a cessé de protester ; mais elle est bien vieille, et il n’y a pas à s’étonner de la voir renaître de nos jours.
124. De ne plus craindre… de ne désirer rien… de ne t’affliger. Cette manière de prier Dieu est la vraie, parce qu’elle est la seule digne de lui. Lui demander la force de supporter les maux de la vie et de pouvoir toujours accomplir les devoirs d’un être raisonnable, c’est là tout ce que l’homme doit faire ; c’est là ce qui élève et ce qui fortifie son âme ; le reste ne dépend plus que de lui. Mais demander à Dieu d’accomplir nos désirs, autre que celui-là, c’est méconnaître le vrai rapport de l’homme à la Divinité ; c’est trop souvent ne servir que nos passions et ravaler notre libre arbitre.
125. Cette chose que tu souhaites. Dans le genre des vœux exprimés un peu plus loin.
126. En agissant avec eux. C’est l’expression même du texte. Marc-Aurèle touche ici un des problèmes dont la doctrine chrétienne s’est très-particulièrement occupée. C’est la théorie de la Grâce, et de l’intervention divine dans les actes libres de l’homme. On voit que le Stoïcisme avait été amené de son côté à l’examen de ces questions si délicates et si profondes. Mais c’est dans les Pères de l’Église que l’analyse devait être poussée à peu près aussi loin qu’elle peut l’être.
127. La bassesse d’un esclave. C’est un écueil que la piété la plus sincère ne sait pas toujours éviter, quand elle n’est pas assez intelligente et désintéressée.
128. Une part dans les actions mêmes qui dépendent de nous. C’est la question la plus ardue que la morale et la théologie puissent se poser. C’est beaucoup déjà que le Stoïcisme l’ait soulevée ; mais elle n’a été approfondie que par le Christianisme et surtout par saint Augustin ; il n’y en a pas de plus importante, ni de plus obscure. La plupart des philosophes spiritualistes l’ont négligée ou ignorée.
129. L’un fait cette prière… et toi, fais-leur cette prière. On pourrait trouver ici comme une réminiscence lointaine du Discours sur la montagne, Saint Matthieu, ch. V, versets 21 et suivants. Mais il n’y a aucune probabilité que Marc-Aurèle ait jamais connu l’Évangile.
130. C’est en ce sens que tu dois diriger le cours de tes prières. La pureté de l’âme ne peut aller au delà. Sénèque a dit : « Je ne suis en rien contraint ; je n’endure rien malgré moi ; je n’obéis point à Dieu en esclave ; je suis d’accord avec lui ; et cela d’autant mieux que je sais que tout est décidé par une loi immuable, écrite de toute éternité. » De la Providence, ch. V.
131. Épicure a dit. On peut croire que cette citation d’Épicure est textuelle, et elle lui fait le plus grand honneur. La pensée est digne du Stoïcisme le plus éclairé et le plus sage ; et il peut la recevoir de la main d’un antagoniste.
132. Ces émotions poignantes de la chair. L’expression est sans doute d’Épicure ; et le Stoïcisme n’aura fait qu’en hériter.
133. Tu dois imiter cet exemple. Il est assez piquant de voir Marc-Aurèle s’appuyer impartialement sur l’autorité d’Épicure.
134. À ce qu’on fait actuellement. Voir plus haut, liv. VIII, § 22. Le présent seul appartient à l’homme. ― Sénèque parle aussi de cette fin d’Épicure : « Épicure, au dernier et plus fortuné jour de sa vie, ressentit des douleurs si violentes en la vessie et dans le ventre, qu’il avait ulcéré, que rien n’y pouvait ajouter. Il disait néanmoins que ce jour-là lui semblait heureux ; ce que personne n’a droit de dire, s’il n’est en possession du souverain bien. » Épître LXVI, à Lucilius.
135. Demande-toi sur-le-champ. Le précepte est excellent ; mais on se laisse aller à son premier mouvement ; et il est bien difficile de ne pas montrer l’impression qu’on a reçue.
136. Ce n’est pas possible. Voir plus haut, liv. VIII, § 4. La constitution de tel homme étant donnée, il est tout simple qu’il soit impudent.
137. Tu te sentiras plus de tolérance. L’argument est bon ; mais dans un autre passage, liv. II, § 1, Marc-Aurèle a donné un argument meilleur et plus particulièrement stoïcien. Le coupable est encore de la famille humaine, et sa faute même ne l’en a pas retranché, quelque grave qu’elle soit.
138. Penser à la vertu spéciale. Autre argument, profitable surtout à celui qui se prémunit contre la faute par les exemples en sens contraire.
139. On quitte la voie qu’on s’était proposée. Voir plus haut, liv. VIII, § 59. C’est la doctrine platonicienne, qui peut s’appliquer très-utilement au pardon des offenses.
140. Quel tort as-tu souffert ? Autre motif de pardon et de tolérance. Voir passim et surtout liv. II, § 1.
Derechos y procedencia
Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.
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