Pensées pour moi-même
Texto / traducción : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Edición : 1876
Los textos históricos pueden utilizar ortografía o vocabulario antiguos. Se conserva la edición original; no es una nueva traducción.
Fuente y ediciónLivre VII (continuación)
12. Combien d’hommes jadis célèbres… Juste appréciation de la gloire humaine. Ici, le stoïcien efface absolument l’empereur dans Marc-Aurèle.
13. L’aide d’autrui. Voir un peu plus haut, § 5. Un empereur, aussi sérieux dans l’accomplissement de ses devoirs, devait sentir plus que personne l’absolue nécessité d’auxiliaires. Avoir à régir le monde romain était un fardeau accablant ; et, même en choisissant les ministres les plus habiles, on pouvait sentir encore combien on restait au-dessous de sa tâche.
14. Blessé à la jambe. Image frappante et très-naturelle.
15. Que l’avenir ne te trouble pas. Conseil très-pratique, qui s’appuie surtout sur la confiance en la bonté de Dieu. Le motif qu’en donne Marc-Aurèle est excellent aussi, et ne contredit en rien la ferme croyance à la Providence divine.
16. Dieu, qui est partout, est un. L’unité de Dieu et l’unité systématique du monde ne peut être plus complètement affirmée. C’est le résultat dernier de la doctrine stoïcienne. Notre mot d’univers ne signifie pas autre chose ; le mot de Cosmos en grec a encore un sens plus précis, puisqu’il n’implique pas seulement l’idée d’unité, mais qu’il implique éminemment l’idée d’ordre et de perfection.
17. Tout en qui est matériel. C’est l’expression même du texte, et elle est, encore plus forte, s’il est possible.
18. Toute cause. Il n’est pas certain que Marc-Aurèle comprenne dans cette formule générale la cause volontaire et libre que nous sommes. Mais on ne saurait affirmer non plus qu’il fasse une exception pour la personnalité humaine, et qu’il ne l’absorbe pas « dans la raison qui gouverne le monde ».
19. Droit ou redressé. Il est assez probable que ce n’est là qu’une note, que Marc-Aurèle comptait développer plus tard. Mais la pensée est très-claire, malgré la concision des mots. Il faut que l’homme marche droit dans la voie du bien ; ou, s’il s’égare, il doit redresser sa route.
20. Individuels. L’expression même du texte est : Unifiés.
21. Malgré leur isolement. Il s’agit simplement de l’isolement matériel, chaque être existant nécessairement en soi et pour soi. Le rapport des êtres raisonnables est essentiellement un rapport moral.
22. Tu n’aimerais pas encore les hommes du fond du cœur. Plus haut, liv. VI, § 39, Marc-Aurèle nous a recommandé d’aimer les autres hommes « en toute sincérité ».
23. Le bien qui t’est propre. L’égoïsme ainsi entendu n’est pas blâmable ; mais, au fond, c’est à peine de l’égoïsme.
24. Ces portions de mon être. L’expression du texte est plus vague ; mais j’ai dû la préciser pour la mettre plus d’accord avec ce qui suit.
25. Ce qui en moi souffrira. C’est le corps, que l’âme peut distinguer profondément d’elle-même, et dont elle peut s’isoler presque absolument.
26. Il m’est toujours possible de concevoir cette pensée. Voir plus haut, liv. IV, § 7. La maxime est pratique ; mais elle est fort difficile à appliquer : il faut joindre à un long exercice une grande force d’âme, pour faire taire la sensibilité et n’écouter que la raison. C’est là toute la doctrine stoïcienne.
27. L’or, l’émeraude, la pourpre. Marc-Aurèle cherche les matières les plus belles et les plus précieuses, quoiqu’il sache bien que rien dans la nature ne peut égaler la conscience, avec ses puissances, ses splendeurs et son prix inestimables.
28. Le trouble d’aucune passion. Le texte est, dans ce passage, un peu corrompu ; mais la pensée n’en reste pas moins claire.
29. Qu’il s’infligerait de son plein gré. Le texte est moins développé.
30. C’est au corps de s’arranger. Voir un peu plus haut, § 15, la même doctrine.
31. Quant à l’âme. Voir plus haut, liv. V, § 20. Cette séparation de l’âme et du corps, durant la vie, est déjà une doctrine platonicienne ; mais l’école stoïque a précisé les choses davantage et les a poussées aussi loin que possible. C’est bien là la solution définitive de l’énigme que l’homme se présente à lui-même. Par là, il rétablit en lui l’unité et la paix ; mais il faut qu’il y mette une grande énergie, ou que Dieu l’ait heureusement doué par la nature qu’il lui a primitivement accordée. Dans le paragraphe qui suit, Marc-Aurèle indique bien la difficulté. C’est une habitude si ancienne en nous d’obéir à nos sens, que nous avons une peine extrême à n’obéir qu’à la raison.
32. Un bon génie. On pourrait dire, en prenant un langage qui serait le nôtre plus particulièrement : « Une bonne conscience ». On peut croire que cette expression de Génie, qu’emploie si souvent Marc-Aurèle, n’est qu’une tradition socratique recueillie par le Stoïcisme. Le génie, le démon de Socrate n’est que sa conscience.
33. Aux décevantes apparences. C’est la paraphrase du mot grec, dont le mot d’Imagination n’aurait pas à lui seul rendu toute la force
34. Je ne t’en veux pas. On peut trouver, au premier abord, quelque chose d’un peu singulier dans cette apostrophe à l’imagination ; mais le mouvement n’a cependant rien d’une fausse rhétorique, parce qu’on sent qu’il est très-sincère, si ce n’est très-naturel.
35. Redoute le changement. La fin du paragraphe indique dans quel sens il faut entendre le changement. Il est clair qu’il s’agit ici de la mort. L’homme ne doit pas plus s’en étonner, ni la craindre, qu’il ne s’étonne du changement dans l’univers entier. C’est la loi des choses, et il en est atteint comme tout le reste. L’âme elle-même change aussi, puisqu’elle est séparée enfin du corps, après avoir été si longtemps et si intimement unie avec lui.
36. Le changement qui t’atteint toi-même. Voilà le point essentiel de ce paragraphe. Le changement dans l’homme peut être ou la vieillesse ou la mort. La vieillesse, quand on en observe sur soi-même les progrès, n’est qu’un apprentissage successif de la mort ; c’est un triste mais grand spectacle, que chacun de nous peut se donner, aussi souvent qu’il le veut. Sénèque a dit en termes magnifiques : « Regardez donc sans peur cette heure fatale, qui est la dernière du corps et non point la dernière de l’âme. Considérez tous les biens qui vous environnent comme les biens d’une hôtellerie où vous passez. » Épître CII, à Lucilius.
37. Dans un irrésistible torrent. Voir des pensées analogues rendues sous la même image, liv. IV, § 43, et liv. V, § 23.
38. Que d’Épictètes. Ceci prouve qu’Epictète était mort au temps où Marc-Aurèle écrivait ces lignes. On peut même supposer que cette mort devait être assez récente. D’ailleurs, le nombre des Chrysippes et des Épictètes n’est peut-être jamais aussi grand que Marc-Aurèle semble le croire.
39. Rien qui soit contraire à la constitution naturelle de l’homme. C’est, en d’autres termes, la formule stoïcienne : « Vivre selon la nature et toujours obéir à ses ordres, suivant les circonstances. »
40. De te rendre un égal oubli. Ceci n’est pas très-juste, si, d’ailleurs, c’est très-modeste. Le souvenir de Marc-Aurèle vit encore parmi les hommes, comme cette traduction même suffit à l’attester, et il y vivra tant que le genre humain sentira ce que valent la sagesse et la grandeur d’âme. L’oubli, sans doute, atteint bien des choses, qui ne méritent pas mieux ; mais il n’atteint pas tout, et il y a de nobles mémoires que le temps respecte et consacre.
41. C’est une vertu propre de l’homme. Cette admirable pensée marque un bien grand progrès dans les mœurs de l’antiquité ; et ce progrès, déjà très-visible dans les doctrines platoniciennes, a été accru et accéléré par celles du Portique. Le pardon des offenses est un fruit de la réflexion ; et les motifs qu’en donne Marc-Aurèle sont d’une force irrésistible pour la raison ; mais ils choquent tout d’abord l’instinct de notre nature, si prompte à sentir les moindres blessures, si prompte à se défendre et à se venger.
42. L’offenseur ne t’a fait aucun tort. Cet argument est surtout à l’usage du Stoïcisme. Voir plus loin, § 26. Voir aussi dans Sénèque le Traité de la Clémence et celui des Bienfaits.
43. L’universelle nature. La cosmologie indiquée dans ce paragraphe est celle de l’école Stoïcienne, qui a toujours soutenu l’unité de matière sous la variété infinie des transformations. C’est l’antique doctrine des atomes d’Épicure et de Démocrite. Ces théories sont de pures hypothèses, que la science ne peut plus admettre aujourd’hui, et que l’existence des corps simples, irréductibles les uns aux autres, suffit à démentir.
44. Un coffre. Il est clair que Marc-Aurèle ne peut pas vouloir mettre la créature humaine au rang des choses inanimées, comme le coffre, qu’il prend ici pour exemple. Voir plus loin, § 25.
45. En s’y livrant. Le texte n’est pas tout à fait aussi précis ; mais il était nécessaire, dans la traduction, de marquer davantage le lien des idées.
46. Quel motif de vivre pourrait-on encore conserver ? Cette conséquence paraît un peu excessive, si on la compare au fait d’où on la tire. Sans doute, il faut fuir la colère, qui gâte le visage et qui bouleverse les facultés de l’esprit. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour perdre tout motif de vivre : « Vivendi perdere causas. » Ce qui est vrai, c’est que l’homme qui a perdu toute conscience de ses fautes est bien près de n’être qu’une brute, où a disparu le sentiment moral, et qu’à cette condition il vaudrait mieux pour lui n’être pas que d’être ainsi. Peut-être faut-il aussi donner au début de ce paragraphe un sens plus général, et appliquer à l’âme ce qui est dit simplement du visage, et de la physionomie, qui la révèlent pour des yeux exercés.
47. La nature qui ordonne et régit l’univers. Cette pensée est toute semblable à celle du § 23.
48. Demande-toi quelle idée il a dû se faire. La réflexion peut faire cet examen après coup ; mais, dans le premier moment, on ressent l’offense, et l’on ne réfléchit pas.
49. Ni un bien ni un mal. Par le motif qui a été donné à la fin du § 22, l’offenseur ne peut faire moralement aucun mal à l’offensé ; il n’y a que nous qui puissions nous nuire, en prenant les choses autrement qu’elles ne doivent être prises.
50. Le tort d’avoir de mauvais yeux. Comme un aveugle qui vous heurterait dans votre chemin. Seulement, ici, il est question des yeux de l’esprit.
51. Comme si déjà tu l’avais. Précaution sage, puisque l’objet de nos désirs peut toujours nous manquer.
52. Les moyens qui devraient te les procurer. Il est rare, en effet, que les choses valent, quand on les considère de sang-froid, la peine qu’elles ont coûté. C’est donc un conseil très-pratique que donne ici Marc-Aurèle ; mais il en est de celui-là comme de tant d’autres ; il est fort utile, et aussi fort difficile ; et le désir s’adresse à l’objet qui l’excite bien plutôt que la raison ne regarde aux obstacles.
53. Les estimer si haut. La tranquillité de l’âme, que recommande le Stoïcisme, peut contribuer puissamment à amortir des désirs vains, et à relâcher toutes les attaches du dehors.
54. Tu en fusses troublé profondément. La perte des choses nous émeut, en général, plus vivement que l’acquisition, quels que soient d’ailleurs les objets de nos espérances ou de nos regrets.
55. Replie-toi souvent sur toi-même. Le conseil est admirable ; et, dans la vie commune, la pratique en est fort utile, quoiqu’elle soit toujours nécessairement limitée. Mais il ne faut pas non plus le pousser à l’excès ; car on tomberait alors dans le mysticisme, où s’est perdu l’école d’Alexandrie, et dans une quiétude ascétique que le Stoïcisme n’exclut pas. Mêler dans une juste mesure la vie intérieure et la vie du dehors, est pour les meilleurs esprits une entreprise fort délicate.
56. Le repos. Qu’il faut bien distinguer de l’inertie. Au contraire, le repos bien compris suppose l’action, puisqu’il doit nous en délasser.
57. Efface les trop vives couleurs. J’ai dû ici paraphraser un peu le texte, pour rendre toute la force de l’expression dont il se sert.
58. Partage et analyse. Voir cette pensée plus développée, liv. III, § 11 ; voir aussi la fin du § 21 du liv. IV.
59. Pense souvent à l’heure suprême. C’est aussi l’avertissement des Chartreux ; seulement les Chartreux sont dans une profonde retraite, tandis que Marc-Aurèle reste dans le monde des affaires et ne conseille à personne de s’en isoler complètement.
60. Prêter toute son attention à ce qu’on nous dit. Recommandation excellente, surtout pour les hommes d’État, chargés de grandes fonctions qui exigent les relations les plus nombreuses, mais applicable également pour chacun de nous, quelque modeste que soit la sphère où nous sommes placés. Voir, plus haut, une recommandation pareille, livre VI, § 53.
61. Un poëte l’a dit. On ne sait pas précisément à quel poëte il faut rapporter cette citation.
62. L’univers tout entier. Il n’y a dans le texte que la fin d’un vers, au lieu du vers complet.
63. Les éléments matériels. Le texte en cet endroit est corrompu, sans qu’on puisse le rétablir à l’aide des manuscrits.
64. Tout est soumis à une loi régulière. Grand principe, que confirment de plus en plus tous les progrès de la science.
65. Se contenter de ces principes. Ceci peut se rapporter au résumé qui précède, mais pourrait tout aussi bien s’adresser à ce qui suit sur la douleur, la mort et l’opinion ou la gloire.
66. Si c’est une dispersion des éléments de notre être. Cette restriction de la pensée lui ôte en grande partie le caractère matérialiste qu’elle pourrait avoir. Il est vrai que Marc-Aurèle ne se prononce pas tout à fait pour une solution spiritualiste ; mais il ne l’écarte pas, puisqu’il suppose que la mort peut être encore autre chose que la dispersion de tous les éléments de notre être entier. Voir plus haut, liv. V, § 13.
67. Conserve toute sa tranquillité. C’est un degré d’ascétisme difficile à atteindre ; mais il n’est pas impossible d’y arriver, si l’âme a la force et la persévérance nécessaires.
68. Aux parties de notre être affectées par la douleur. Voir une pensée tout à fait analogue, plus haut, § 16
69. Sur l’opinion. On pourrait aussi traduire : « Sur la gloire » ; mais il me semble que la première version s’accorde davantage avec le sens général de ce paragraphe.
70. Les dunes de sable. Comparaison neuve et frappante. Elle peut également s’appliquer aux vaines opinions des hommes, aussi mobiles que les sables soulevés par le vent, et à la vaine gloire, qui brille un instant pour disparaître bientôt sous les événements nouveaux qui s’accumulent.
71. Extrait de Platon. Ce fragment est emprunté à la République de Platon, liv. VI, traduction de M. V. Cousin, pag. 6. Cette pensée aura frappé Marc-Aurèle, et il se proposait sans doute de la développer lui-même.
Derechos y procedencia
Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.
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