Konfuzius / Textsprache : Französisch

Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques

Text / Übersetzung : Guillaume Pauthier (1801–1873) · Ausgabe : 1846

Historische Texte können eine ältere Rechtschreibung oder Wortwahl verwenden. Die ursprüngliche Ausgabe bleibt erhalten; dies ist keine neue Übersetzung.

Quelle und Ausgabe

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Chapitre XVI (Fortsetzung)

Il suit de là que vos paroles sont fautives. Si le tigre ou le buffle s'échappent de l'enclos où ils sont renfermés; si la tortue à la pierre précieuse s'échappe du coffre où elle était gardée, à qui en est la faute?

Jan-yeou dit: Maintenant, ce pays de Tchouan-yu est fortifié, et se rapproche beaucoup de Pi [ville appartenant en propre à Ki-chi]. Si maintenant on ne s'en empare pas, il deviendra nécessairement, dans les générations à venir, une source d'inquiétudes et de troubles pour nos fils et nos petits-fils.

KHOUNG-TSEU dit: Khieou! l'homme supérieur hait ces détours d'un homme qui se défend de toute ambition cupide, lorsque ses actions le démentent.

J'ai toujours entendu dire que ceux qui possèdent un royaume, ou qui sont chefs de grandes familles, ne se plaignent pas de ce que ceux qu'ils gouvernent ou administrent sont peu nombreux, mais qu'ils se plaignent de ne pas avoir l'étendue de territoire qu'ils prétendent leur être due; qu'ils ne se plaignent pas de la pauvreté où peuvent se trouver les populations, mais qu'ils se plaignent de la discorde qui règne entre elles et eux. Car, si chacun obtient la part qui lui est due, il n'y a point de pauvres; si la concorde règne, il n'y a pas pénurie d'habitants; s'il y a paix et tranquillité, il n'y a pas cause de ruine ou de révolution.

Les choses doivent se passer ainsi. C'est pourquoi, si les populations éloignées ne sont pas soumises, alors cultivez la science et la vertu, afin de les ramener à vous par vos mérites. Une fois qu'elles sont revenues à l'obéissance, alors faites-les jouir de la paix et de la tranquillité.

Maintenant, Yeou et Khieou, en aidant votre maître, vous ne ramènerez pas à l'obéissance les populations éloignées, et celles-ci ne pourront venir se soumettre d'elles-mêmes. L'État est divisé, troublé, déchiré par les dissensions intestines, et vous n'êtes pas capables de le protéger.

Et cependant vous projetez de porter les armes au sein de cet État. Je crains bien que les petits-fils de Ki n'éprouvent un jour que la source continuelle de leurs craintes et de leurs alarmes n'est pas dans le pays de Tchouan-yu, mais dans l'intérieur de leur propre famille.

2. KHOUNG-TSEU dit: Quand l'empire est gouverné par les principes de la droite raison, alors les rites, la musique, la guerre pour soumettre les rebelles, procèdent des fils du Ciel [des empereurs]. Si l'empire est sans loi, s'il n'est pas gouverné par les principes de la droite raison, alors les rites, la musique, la guerre pour soumettre les rebelles, procèdent des princes tributaires ou des vassaux de tous les rangs. Quand [ces choses, qui sont exclusivement dans les attributions impériales,] procèdent des princes tributaires, il arrive rarement que, dans l'espace de dix générations[39], ces derniers ne perdent pas leur pouvoir usurpé [qui tombe alors dans les mains des grands fonctionnaires publics]. Quand il arrive que ces actes de l'autorité impériale procèdent des grands fonctionnaires, il est rare que, dans l'espace de cinq générations, ces derniers ne perdent pas leur pouvoir [qui tombe entre les mains des intendants des grandes familles]. Quand les intendants des grandes familles s'emparent du pouvoir royal, il est rare qu'ils ne le perdent pas dans l'espace de trois générations.

Si l'empire est gouverné selon les principes de la droite raison, alors l'administration ne réside pas dans les grands fonctionnaires.

Si l'empire est gouverné selon les principes de la droite raison, alors les hommes de la foule ne s'occupent pas à délibérer et à exprimer leur sentiment sur les actes qui dépendent de l'autorité impériale.

3. KHOUNG-TSEU dit: Les revenus publics n'ont pas été versés à la demeure du prince pendant cinq générations; la direction des affaires publiques est tombée entre les mains des grands fonctionnaires pendant quatre générations. C'est pourquoi les fils et les petits-fils des trois Houan [trois familles de princes de Lou] ont été si affaiblis.

4. KHOUNG-TSEU dit: Il y a trois sortes d'amis qui sont utiles, et trois sortes qui sont nuisibles. Les amis droits et véridiques, les amis fidèles et vertueux, les amis qui ont éclairé leur intelligence, sont les amis utiles; les amis qui affectent une gravité tout extérieure et sans droiture, les amis prodigues d'éloges et de basses flatteries, les amis qui n'ont que de la loquacité sans intelligence, sont les amis nuisibles.

5. KHOUNG-TSEU dit: Il y a trois sortes de joies ou satisfactions qui sont utiles, et trois sortes qui sont nuisibles. La satisfaction de s'instruire à fond dans les rites et la musique, la satisfaction d'instruire les hommes dans les principes de la vertu, la satisfaction de posséder l'amitié d'un grand nombre de sages, sont les joies ou satisfactions utiles; la satisfaction que donne la vanité et l'orgueil, la satisfaction de l'oisiveté et de la mollesse, la satisfaction de la bonne chère et des plaisirs, sont les satisfactions nuisibles.

6. KHOUNG-TSEU dit: Ceux qui sont auprès des princes vertueux pour les aider dans leurs devoirs ont trois fautes à éviter: de parler sans y avoir été invités, ce qui est appelé précipitation; de ne pas parler lorsqu'on y est invité, ce qui est appelé taciturnité; de parler sans avoir observé la contenance et la disposition [du prince], ce qui est appelé aveuglement.

7. KHOUNG-TSEU dit: Il y a pour l'homme supérieur trois choses dont il cherche à se préserver: dans le temps de la jeunesse, lorsque le sang et les esprits vitaux ne sont pas encore fixés [que la forme corporelle n'a pas encore pris tout son développement][40], ce que l'on doit éviter, ce sont les plaisirs sensuels; quand on a atteint la maturité, et que le sang et les esprits vitaux ont acquis toute leur force et leur vigueur, ce que l'on doit éviter, ce sont les rixes et les querelles; quand on est arrivé à la vieillesse, que le sang et les esprits vitaux tombent dans un état de langueur, ce que l'on doit éviter, c'est le désir d'amasser des richesses.

8. KHOUNG-TSEU dit: Il y a trois choses que l'homme supérieur révère: il révère les décrets du ciel, il révère les grands hommes, il révère les paroles des saints.

Les hommes vulgaires ne connaissent pas les décrets du ciel, et par conséquent ils ne les révèrent pas; ils font peu de cas des grands hommes, et ils se jouent des paroles des saints.

9. KHOUNG-TSEU dit: Ceux qui, du jour même de leur naissance, possèdent la science, sont les hommes du premier ordre [supérieurs à tous les autres]; ceux qui, par l'étude, acquièrent la science, viennent après eux; ceux qui, ayant l'esprit lourd et épais, acquièrent cependant des connaissances par l'étude, viennent ensuite; enfin ceux qui, ayant l'esprit lourd et épais, n'étudient pas et n'apprennent rien, ceux-là sont du dernier rang parmi les hommes.

10. KHOUNG-TSEU dit: L'homme supérieur, ou l'homme accompli dans la vertu, a neuf sujets principaux de méditations: en regardant, il pense à s'éclairer; en écoutant, il pense à s'instruire; dans son air et son attitude, il pense à conserver du calme et de la sérénité; dans sa contenance, il pense à conserver toujours de la gravité et de la dignité; dans ses paroles, il pense à conserver toujours de la fidélité et de la sincérité; dans ses actions, il pense à s'attirer toujours du respect; dans ses doutes, il pense à interroger les autres; dans la colère, il pense à réprimer ses mouvements; en voyant des gains à obtenir, il pense à la justice.

11. KHOUNG-TSEU dit: «On considère le bien comme si on pouvait l'atteindre; on considère le vice comme si on touchait de l'eau bouillante.» J'ai vu des hommes agir ainsi, et j'ai entendu des hommes tenir ce langage.

«On se retire dans le secret de la solitude pour chercher dans sa pensée les principes de la raison; on cultive la justice pour mettre en pratique ces mêmes principes de la raison.» J'ai entendu tenir ce langage, mais je n'ai pas encore vu d'homme agir ainsi.

12. King-kong, prince de Thsi, avait mille quadriges de chevaux. Après sa mort, on dit que le peuple ne trouva à louer en lui aucune vertu. Pei et Chou-tsi moururent de faim au bas de la montagne Cheou-yang, et le peuple n'a cessé jusqu'à nos jours de faire leur éloge.

N'est-ce pas cela que je disais?

13. Tchin-kang fit une question à Pe-yu (fils de KHOUNG-TSEU) en ces termes: Avez-vous entendu des choses extraordinaires?

Il lui répondit avec déférence: Je n'ai rien entendu. [Mon père] est presque toujours seul. Moi Li, en passant un jour rapidement dans la salle, je fus interpellé par lui en ces termes: Etudiez-vous le Livre des Vers? Je lui répondis avec respect: Je ne l'ai pas encore étudié.--Si vous n'étudiez pas le Livre des Vers, vous n'aurez rien à dire dans la conversation. Je me retirai, et j'étudiai le Livre des Vers.

Un autre jour qu'il était seul, je passai encore à la hâte dans la salle, et il me dit: Etudiez-vous le Livre des Rites? Je lui répondis avec respect: Je ne l'ai pas encore étudié.--Si vous n'étudiez pas le Livre des Rites, vous n'aurez rien pour vous fixer dans la vie. Je me retirai, et j'étudiai le Livre des Rites.

Après avoir entendu ces paroles, Tchin-kang s'en retourna et s'écria tout joyeux: J'ai fait une question sur une chose, et j'ai obtenu la connaissance de trois. J'ai entendu parler du Livre des Vers, du Livre des Rites; j'ai appris en outre que l'homme supérieur tenait son fils éloigné de lui.

14. L'épouse du prince d'un Etat est qualifiée par le prince lui-même de Fou-jin, ou compagne de l'homme. Cette épouse [nommée Fou-jin] s'appelle elle-même petite fille. Les habitants de l'Etat l'appellent épouse ou compagne du prince. Elle se qualifie, devant les princes des différents Etats, pauvre petite reine. Les hommes des différents Etats la nomment aussi compagne du prince.

[37] Nom d'un royaume. (Commentaire.)

[38] Nom d'une montagne. (Ibid.)

[39] Ou de dix périodes de trente années.

[40] Commentaire.

Chapitre XVII

COMPOSÉ DE 26 ARTICLES.

1. Yang-ho (intendant de la maison de Ki-chi) désira que KHOUNG-TSEU lui fit une visite. KHOUNG-TSEU n'alla pas le voir. L'intendant l'engagea de nouveau en lui envoyant un porc. KHOUNG-TSEU, ayant choisi le moment où il était absent pour lui faire ses compliments, le rencontra dans la rue.

[Yang-ho] aborda KHOUNG-TSEU en ces termes: Venez, j'ai à parler avec vous. Il dit: Cacher soigneusement dans son sein des trésors précieux, pendant que son pays est livré aux troubles et à la confusion, peut-on appeler cela de l'humanité? [Le Philosophe] dit: On ne le peut.--Aimer à s'occuper des affaires publiques et toujours perdre les occasions de le faire, peut-on appeler cela sagesse et prudence? [Le Philosophe] dit: On ne le peut.--Les soleils et les lunes [les jours et les mois] passent, s'écoulent rapidement. Les années ne sont pas à notre disposition.--KHOUNG-TSEU dit: C'est bien, je me chargerai d'un emploi public.

2. Le Philosophe dit: Par la nature, nous nous rapprochons beaucoup les uns des autres; par l'éducation, nous devenons très-éloignés.

3. Le Philosophe dit: Il n'y a que les hommes d'un savoir et d'une intelligence supérieurs qui ne changent point en vivant avec les hommes de la plus basse ignorance, de l'esprit le plus lourd et le plus épais.

4. Le Philosophe s'étant rendu à Wou-tching (petite ville de Lou), il y entendit un concert de voix humaines mêlées aux sons d'un instrument à cordes.

Le maître se prit à sourire légèrement, et dit: Quand on tue une poule, pourquoi se servir d'un glaive qui sert à tuer les bœufs?

Tseu-yeou répondit avec respect: Autrefois, moi Yen, j'ai entendu dire à mon maître que si l'homme supérieur qui occupe un emploi élevé dans le gouvernement étudie assidûment les principes de la droite raison [les rites, la musique, etc.], alors par cela même il aime les hommes et il en est aimé; et que si les hommes du peuple étudient assidûment les principes de la droite raison, alors ils se laissent facilement gouverner.

Le Philosophe dit: Mes chers disciples, les paroles de Yen sont justes. Dans ce que j'ai dit il y a quelques instants, je ne faisais que plaisanter.

5. Kong-chan, feï-jao (ministre de Ki-chi), ayant appris qu'une révolte avait éclaté à Pi, en avertit le Philosophe, selon l'usage. Le Philosophe désirait se rendre auprès de lui.

Tseu-lou, n'étant pas satisfait de cette démarche, dit: Ne vous y rendez pas, rien ne vous y oblige; qu'avez-vous besoin d'aller voir la famille de Kong-chan?

Le Philosophe dit: Puisque cet homme m'appelle, pourquoi n'aurait-il aucun motif d'agir ainsi? S'il lui arrive de m'employer, je ferai du royaume de Lou un État de Tcheou oriental[41].

6. Tseu-tchang demanda à KHOUNG-TSEU ce que c'était que la vertu de l'humanité. KHOUNG-TSEU dit: Celui qui peut accomplir cinq choses dans le monde est doué de la vertu de l'humanité. [Tseu-tchang] demanda en suppliant quelles étaient ces cinq choses. [Le Philosophe] dit: Le respect de soi-même et des autres, la générosité, la fidélité ou la sincérité, l'application au bien, et la bienveillance pour tous.

Si vous observez dans toutes vos actions le respect de vous-même et des autres, alors vous ne serez méprisé de personne; si vous êtes généreux, alors vous obtiendrez l'affection du peuple; si vous êtes sincère et fidèle, alors les hommes auront confiance en vous; si vous êtes appliqué au bien, alors vous aurez des mérites; si vous êtes bienveillant et miséricordieux, alors vous aurez tout ce qu'il faut pour gouverner les hommes.

7. Pi-hi (grand fonctionnaire de l'État de Tçin) demanda à voir [KHOUNG-TSEU]. Le Philosophe désira se rendre à son invitation.

Tseu-lou dit: Autrefois, moi Yeou, j'ai souvent entendu dire à mon maître ces paroles: Si quelqu'un commet des actes vicieux de sa propre personne, l'homme supérieur ne doit pas entrer dans sa demeure. Pi-hi s'est révolté contre Tchoung-meou[42]; d'après cela, comment expliquer la visite de mon maître?

Le Philosophe dit: Oui, sans doute, j'ai tenu ces propos; mais ne disais-je pas aussi: Les corps les plus durs ne s'usent-ils point par le frottement? Ne disais-je pas encore: La blancheur inaltérable ne devient-elle pas noire par son contact avec une couleur noire? Pensez-vous que je suis un melon de saveur amère, qui n'est bon qu'à être suspendu sans être mangé?

8. Le Philosophe dit: Yeou, avez-vous entendu parler des six maximes et des six défauts qu'elles impliquent? [Le disciple] répondit avec respect: Jamais.--Prenez place à côté de moi, je vais vous les expliquer.

L'amour de l'humanité, sans l'amour de l'étude, a pour défaut l'ignorance ou la stupidité; l'amour de la science, sans l'amour de l'étude, a pour défaut l'incertitude ou la perplexité; l'amour de la sincérité et de la fidélité, sans l'amour de l'étude, a pour défaut la duperie; l'amour de la droiture, sans l'amour de l'étude, a pour défaut une témérité inconsidérée; l'amour du courage viril, sans l'amour de l'étude, a pour défaut l'insubordination; l'amour de la fermeté et de la persévérance, sans l'amour de l'étude, a pour défaut la démence ou l'attachement à une idée fixe.

9. Le Philosophe dit: Mes chers disciples, pourquoi n'étudiez-vous pas le Livre des Vers?

Le Livre des Vers est propre à élever les sentiments et les idées;

Il est propre à former le jugement par la contemplation des choses;

Il est propre à réunir les hommes dans une mutuelle harmonie;

Il est propre à exciter des regrets sans ressentiments.

[On y trouve enseigné] que lorsqu'on est près de ses parents, on doit les servir, et que lorsqu'on en est éloigné, on doit servir le prince.

On s'y instruit très au long des noms d'arbres, de plantes, de bêtes sauvages et d'oiseaux.

10. Le Philosophe interpella Pé-yu (son fils), en disant: Vous exercez-vous dans l'étude du Tcheou-nan et du Tchao-nan [les deux premiers chapitres du Livre des Vers]? Les hommes qui n'étudient pas le Tcheou-nan et le Tchao-nan sont comme s'ils se tenaient debout le visage tourné vers la muraille.

11. Le Philosophe dit: On cite à chaque instant les Rites! les Rites! Les pierres précieuses et les habits de cérémonies ne sont-ils pas pour vous tout ce qui constitue les rites? On cite à chaque instant la Musique! la Musique! Les clochettes et les tambours ne sont-ils pas pour vous tout ce qui constitue la musique?

Rechte und Herkunft

Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.

Texte historique dans le domaine public en France. Source et conditions Project Gutenberg conservées.

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