Konfuzius / Textsprache : Französisch

Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques

Text / Übersetzung : Guillaume Pauthier (1801–1873) · Ausgabe : 1846

Historische Texte können eine ältere Rechtschreibung oder Wortwahl verwenden. Die ursprüngliche Ausgabe bleibt erhalten; dies ist keine neue Übersetzung.

Quelle und Ausgabe

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Chapitre XVIII (Fortsetzung)

[47] Weï-tseu, Ki-tseu, et Pi-kan.

[48] Grand de premier ordre de l'État de Lou.

[49] Grand du dernier ordre de l'État de Lou.

[50] Commentaire chinois.

[51] Si l'homme a des devoirs de famille à remplir, il a aussi des devoirs sociaux plus importants, et auxquels il ne peut se soustraire sans faillir; tel est celui d'occuper des fonctions publiques lorsque l'on peut être utile à son pays. C'est manquer à ce devoir que de s'éloigner de la vie politique et de se retirer dans la retraite lorsque ses services peuvent être utiles. Voila la pensée d'un philosophe chinois, qui avait à combattre des sectateurs d'une doctrine contraire. Voyez notre édition du Livre de la Raison suprême et de la Vertu, du philosophe LAO-TSEU, le contemporain de KHOUNG-TSEU.

Chapitre XIX

COMPOSÉ DE 25 ARTICLES[52].

1. Tseu-tchang dit: L'homme qui s'est élevé au-dessus des autres par les acquisitions de son intelligence[53] prodigue sa vie à la vue du danger. S'il voit des circonstances propres à lui faire obtenir des profits, il médite sur la justice et le devoir. En offrant un sacrifice, il médite sur le respect et la gravité, qui en sont inséparables. En accomplissant des cérémonies funèbres, il médite sur les sentiments de regret et de douleur qu'il éprouve. Ce sont là les devoirs qu'il se plaît à remplir.

2. Tseu-tchang dit: Ceux qui embrassent la vertu sans lui donner aucun développement; qui ont su acquérir la connaissance des principes de la droite raison sans pouvoir persévérer dans sa pratique: qu'importe au monde que ces hommes aient existé ou qu'ils n'aient pas existé?

3. Les disciples de Tseu-hia demandèrent à Tseu-tchang ce que c'était que l'amitié ou l'association des amis. Tseu-tchang dit: Qu'en pense votre maître Tseu-hia? [Les disciples] répondirent avec respect: Tseu-hia dit que ceux qui peuvent se lier utilement par les liens de l'amitié s'associent, et que ceux dont l'association serait nuisible ne s'associent pas. Tseu-tchang ajouta: Cela diffère de ce que j'ai entendu dire. J'ai appris que l'homme supérieur honorait les sages et embrassait dans son affection toute la multitude; qu'il louait hautement les hommes vertueux et avait pitié de ceux qui ne l'étaient pas. Suis-je un grand sage; pourquoi, dans mes relations avec les hommes, n'aurais-je pas une bienveillance commune pour tous? Ne suis-je pas un sage; les hommes sages (dans votre système) me repousseront. S'il en est ainsi, pourquoi repousser de soi certains hommes?

4. Tseu-hia dit: Quoique certaines professions de la vie soient humbles[54], elles sont cependant véritablement dignes de considération. Néanmoins, si ceux qui suivent ces professions veulent parvenir à ce qu'il y a de plus éloigné de leur état[55], je crains qu'ils ne puissent réussir. C'est pourquoi l'homme supérieur ne pratique pas ces professions inférieures.

5. Tseu-hia dit: Celui qui chaque jour acquiert des connaissances qui lui manquaient, et qui chaque mois n'oublie pas ce qu'il a pu apprendre, peut être dit aimer l'étude.

6. Tseu-hia dit: Donnez beaucoup d'étendue à vos études, et portez-y une volonté ferme et constante. Interrogez attentivement, et méditez à loisir sur ce que vous avez entendu. La vertu de l'humanité, la vertu supérieure est là.

7. Tseu-hia dit: Tous ceux qui pratiquent les arts manuels s'établissent dans des ateliers pour confectionner leurs ouvrages; l'homme supérieur étudie pour porter à la perfection les règles des devoirs.

8. Tseu-hia dit: Les hommes vicieux déguisent leurs fautes sous un certain dehors d'honnêteté.

9. Tseu-hia dit: L'homme supérieur a trois apparences changeantes: si on le considère de loin, il parait grave, austère; si on approche de lui, on le trouve doux et affable; si on entend ses paroles, il paraît sévère et rigide.

10. Tseu-hia dit: Ceux qui remplissent les fonctions supérieures d'un Etat se concilient d'abord la confiance de leur peuple pour obtenir de lui le prix de ses sueurs; s'ils n'obtiennent pas sa confiance, alors ils sont considérés comme le traitant d'une manière cruelle. Si le peuple a donné à son prince des preuves de sa fidélité, il peut alors lui faire des remontrances; s'il n'a pas encore donné des preuves de sa fidélité, il sera considéré comme calomniant son prince.

11. Tseu-hia dit: Dans les grandes entreprises morales, ne dépassez pas le but; dans les petites entreprises morales, vous pouvez aller au delà ou rester en deçà sans de grands inconvénients.

12. Tseu-yeou dit: Les disciples de Tseu-hia sont de petits enfants; ils peuvent arroser, balayer, répondre respectueusement, se présenter avec gravité et se retirer de même. Ce ne sont là que les branches ou les choses les moins importantes; mais la racine de tout, la chose la plus importante, leur manque complètement[56]. Que faut-il donc penser de leur science?

Tseu-hia, ayant entendu ces paroles, dit: Oh! Yan-yeou excède les bornes. Dans l'enseignement des doctrines de l'homme supérieur, que doit-on enseigner d'abord, que doit-on s'efforcer d'inculquer ensuite? Par exemple, parmi les arbres et les plantes, il y a différentes classes qu'il faut distinguer. Dans renseignement des doctrines de l'homme supérieur, comment se laisser aller à la déception? Cet enseignement a un commencement et une fin; c'est celui du saint homme.

13. Tseu-hia dit: Si pendant que l'on occupe un emploi public on a du temps et des forces de reste, alors on doit s'appliquer à l'étude de ses devoirs; quand un étudiant est arrivé au point d'avoir du temps et des forces de reste, il doit alors occuper un emploi public.

14. Tseu-yeou dit: Lorsqu'on est en deuil de ses père et mère, on doit porter l'expression de sa douleur à ses dernières limites, et s'arrêter là.

15. Tseu-yeou dit: Mon ami Tchang se jette toujours dans les plus difficiles entreprises; cependant il n'a pas encore pu acquérir la vertu de l'humanité.

10. Thsêng-tseu dit: Que Tchang a la contenance grave et digne! cependant il ne peut pas pratiquer avec les hommes la vertu de l'humanité!

17. Thsêng-tseu dit: J'ai entendu dire au maître qu'il n'est personne qui puisse épuiser toutes les facultés de sa nature. Si quelqu'un le pouvait, ce devrait être dans l'expression de la douleur pour la perte de ses père et mère.

18. Thsêng-tseu dit: J'ai entendu souvent le maître parler de la piété filiale de Meng-tchouang-tseu. [Ce grand dignitaire de l'Etat de Lou] peut être imité dans ses autres vertus; mais, après la mort de son père, il ne changea ni ses ministres ni sa manière de gouverner; et c'est en cela qu'il est difficile à imiter.

19. LorsqueMeng-chi (Meng-tchouang-tseu) nomma Yang-fou ministre de la justice, Yang-fou consulta Thsêng-tseu [son maître] sur la manière dont il devait se conduire. Thsêng-tseu dit: Si les supérieurs qui gouvernent perdent la voie de la justice et du devoir, le peuple se détache également du devoir et perd pour longtemps toute soumission. Si vous acquérez la preuve qu'il a de tels sentiments de révolte contre les lois, alors ayez compassion de lui, prenez-le en pitié et ne vous en réjouissez jamais.

20. Tseu-koung dit: La perversité de Cheou-(sin) ne fut pas aussi extrême qu'on l'a rapporté. C'est pour cela que l'homme supérieur doit avoir en horreur de demeurer dans des lieux immondes; tous les vices et les crimes possibles lui seraient imputés.

21. Tseu-koung dit: Les erreurs de l'homme supérieur sont comme des éclipses du soleil et de la lune. S'il commet des fautes, tous les hommes les voient; s'il se corrige, tous les hommes le contemplent.

22. Kong-sun-tchao, grand de l'Etat de Weï, questionna Tseu-koung en ces termes: A quoi ont servi les études de Tchoung-ni [KHOUNG-TSEU]?

Tseu-koung dit: Les doctrines des [anciens rois] Wen et Wou ne se sont pas perdues sur la terre; elles se sont maintenues parmi les hommes. Les sages ont conservé dans leur mémoire leurs grands préceptes de conduite; et ceux qui étaient avancés dans la sagesse ont conservé dans leur mémoire les préceptes de morale moins importants qu'ils avaient laissés au monde. Il n'est rien qui ne se soit conservé des préceptes et des doctrines salutaires de Wen et de Wou. Comment le maître ne les aurait-il pas étudiés? et même comment n'aurait-il eu qu'un seul et unique précepteur?

23. Chou-sun, du rang de Wou-chou [grand de l'Etat de Lou], s'entretenant avec d'autres dignitaires du premier ordre à la cour du prince, dit: Tseu-koung est bien supérieur en sagesse à Tchoung-ni.

Tseu-fou, du rang de King-pe [grand dignitaire de l'Etat de Lou], en informa Tseu-koung. Tseu-koung dit: Pour me servir de la comparaison d'un palais et de ses murs, moi Sse, je ne suis qu'un mur qui atteint à peine aux épaules; mais, si vous considérez attentivement tout l'édifice, vous le trouverez admirable.

Les murs de l'édifice de mon maître sont très-élevés. Si vous ne parvenez pas à en franchir la porte, vous ne pourrez contempler toute la beauté du temple des ancêtres, ni les richesses de toutes les magistratures de l'Etat.

Ceux qui parviennent à franchir cette porte sont quelques rares personnes. Les propos de mon supérieur [Wou-chou, relativement à KHOUNG-TSEU et à lui] ne sont-ils pas parfaitement analogues?

24. Chou-sun Wou-chou ayant de nouveau rabaissé le mérite de Tchoung-ni, Tseu-koung dit: N'agissez pas ainsi; Tchoung-ni ne doit pas être calomnié. La sagesse des autres hommes est une colline ou un monticule que l'on peut franchir; Tchoung-ni est le soleil et la lune, qui ne peuvent pas être atteints et dépassés. Quand même les hommes [qui aiment l'obscurité] désireraient se séparer complétement de ces astres resplendissants, quelle injure feraient-ils au soleil et à la lune? Vous voyez trop bien maintenant que vous ne connaissez pas la mesure des choses.

25. Tching-tseu-king (disciple de KHOUNG-TSEU), s'adressant à Tseu-koung, dit: Vous avez une constance grave et digne; en quoi Tchoung-ni est-il plus sage que vous?

Tseu-koung dit: L'homme supérieur, par un seul mot qui lui échappe, est considéré comme très-éclairé sur les principes des choses; et par un seul mot il est considéré comme ne sachant rien. On doit donc mettre une grande circonspection dans ses paroles.

Notre maître ne peut pas être atteint [dans son intelligence supérieure]; il est comme le ciel, sur lequel on ne peut monter, même avec les plus hautes échelles.

Si notre maître obtenait de gouverner des Etats, il n'avait qu'à dire [au peuple]: Etablissez ceci, aussitôt il l'établissait; suivez cette voie morale, aussitôt il la suivait; conservez la paix et la tranquillité, aussitôt il se rendait à ce conseil; éloignez toute discorde, aussitôt l'union et la concorde régnaient. Tant qu'il vécut, les hommes l'honorèrent; après sa mort, ils l'ont regretté et pleuré. D'après cela, comment pouvoir atteindre à sa haute sagesse?

[52] Ce chapitre ne rapporte que les dits des disciples de KHOUNG-TSEU. Ceux de Tseu-hia sont les plus nombreux; ceux de Tseu-koung, après. (Commentaire.)

[53] Tel est le sens du mot sse, donné par quelques commentateurs chinois.

[54] Comme celles de laboureur, jardinier, médecin, etc. (Commentaire.)

[55] Comme le gouvernement du royaume, la pacification de l'empire, etc. (Commentaire.)

[56] Voyez le Ta-hio, chap. I, pag. 46-47.

Chapitre XX

COMPOSÉ DE 3 ARTICLES.

1. Yao dit: O Chun! le ciel a résolu que la succession de la dynastie impériale reposerait désormais sur votre personne. Tenez toujours fermement et sincèrement le milieu de la droite voie. Si les peuples qui sont situés entre les quatre mers souffrent de la disette et de la misère, les revenus du prince seront à jamais supprimés.

Chun confia aussi un semblable mandat à Yu. [Celui-ci] dit: Moi humble et pauvre Li, tout ce que j'ose, c'est de me servir d'un taureau noir [dans les sacrifices]; tout ce que j'ose, c'est d'en instruire l'empereur souverain et auguste. S'il a commis des fautes, n'osé-je [moi, son ministre] l'en blâmer? Les ministres naturels de l'empereur [les sages de l'empire][57] ne sont pas laissés dans l'obscurité; ils sont tous en évidence dans le cœur de l'empereur. Ma pauvre personne a beaucoup de défauts qui ne sont pas communs [aux sages] des quatre régions de l'empire. Si les [sages] des quatre régions de l'empire ont des défauts, ces défauts existent également dans ma pauvre personne.

Tcheou (Wou-wang) eut une grande libéralité; les hommes vertueux furent à ses yeux les plus éminents.

[Il disait]: Quoique l'on ait des parents très-proches [comme des fils et des petits-fils], il n'est rien comme des hommes doués de la vertu de l'humanité[58]! je voudrais que les fautes de tout le peuple retombassent sur moi seul.

[Wou-wang] donna beaucoup de soin et d'attention aux poids et mesures. Il examina les lois et les constitutions, rétablit dans leurs emplois les magistrats qui en avaient été privés, et l'administration des quatre parties de l'empire fut remise en ordre.

Il releva les royaumes détruits [il les rétablit et les rendit à leurs anciens possesseurs][59]; il renoua le fil des générations interrompues [il donna des rois aux royaumes qui n'en avaient plus][60]; il rendit leurs honneurs à ceux qui avaient été exilés. Les populations de l'empire revinrent d'elles-mêmes se soumettre à lui.

Ce qu'il regardait comme de plus digne d'attention et de plus important, c'était l'entretien du peuple, les funérailles et les sacrifices aux ancêtres.

Si vous avez de la générosité et de la grandeur d'àme, alors vous vous gagnez la foule; si vous avez de la sincérité et de la droiture, alors le peuple se confie à vous; si vous êtes actif et vigilant, alors toutes vos affaires ont d'heureux résultats; si vous portez un égal intérêt à tout le monde, alors le peuple est dans la joie.

2. Tseu-tchang fit une question à KHOUNG-TSEU en ces termes: Comment pensez-vous que l'on doive diriger les affaires de l'administration publique? Le Philosophe dit: Honorez les cinq choses excellentes[61], fuyez les quatre mauvaises actions[62]; voilà comment vous pourrez diriger les affaires de l'administration publique. Tseu-tchang dit: Qu'appelez-vous les cinq choses excellentes? Le Philosophe dit: L'homme supérieur [qui commande aux autres] doit répandre des bienfaits, sans être prodigue; exiger des services du peuple, sans soulever ses haines; désirer des revenus suffisants, sans s'abandonner à l'avarice et à la cupidité; avoir de la dignité et de la grandeur, sans orgueilleuse ostentation, et de la majesté sans rudesse.

Tseu-tchang dit: Qu'entendez-vous par être bienfaisant sans prodigalité? Le Philosophe dit: Favoriser continuellement tout ce qui peut procurer des avantages au peuple, en lui faisant du bien, n'est-ce pas là être bienfaisant sans prodigalité? Déterminer, pour les faire exécuter par le peuple, les corvées qui sont raisonnablement nécessaires, et les lui imposer: qui pourrait s'en indigner? Désirer seulement tout ce qui peut être utile à l'humanité, et l'obtenir, est-ce là de la cupidité? Si l'homme supérieur [ou le chef de l'État] n'a ni une trop grande multitude de populations, ni un trop petit nombre; s'il n'a ni de trop grandes ni de trop petites affaires; s'il n'ose avoir de mépris pour personne: n'est-ce pas là le cas d'avoir de la dignité sans ostentation? Si l'homme supérieur compose régulièrement ses vêtements, s'il met de la gravité et de la majesté dans son attitude et sa contenance, les hommes le considéreront avec respect et vénération; n'est-ce pas là de la majesté sans rudesse?

Tseu-tchang dit: Qu'en tendez-vous par les quatre mauvaises actions? Le Philosophe dit: C'est ne pas instruire le peuple et le tuer [moralement, en le laissant tomber dans le mal][63]: on appelle cela cruauté ou tyrannie; c'est ne pas donner des avertissements préalables, et vouloir exiger une conduite parfaite: on appelle cela violence, oppression; c'est différer de donner ses ordres, et vouloir l'exécution d'une chose aussitôt qu'elle est résolue: on appelle cela injustice grave; de même que, dans ses rapports journaliers avec les hommes, montrer une sordide avarice, on appelle cela se comporter comme un collecteur d'impôts.

3. Le Philosophe dit: Si l'on ne se croit pas chargé de remplir une mission, un mandat, on ne peut pas être considéré comme un homme supérieur.

Si l'on ne connaît pas les rites ou les lois qui règlent les relations sociales, on n'a rien pour se fixer dans sa conduite.

Si l'on ne connaît pas la valeur des paroles des hommes, on ne les connaît pas eux-mêmes.

[57] Commentaire.

Rechte und Herkunft

Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.

Texte historique dans le domaine public en France. Source et conditions Project Gutenberg conservées.

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