Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques
Texto / traducción : Guillaume Pauthier (1801–1873) · Edición : 1846
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Chapitre XIV (continuación)
29. Le Philosophe dit: L'homme supérieur rougit de la crainte que ses paroles ne dépassent ses actions.
30. Le Philosophe dit: Les voies droites, ou vertus principales de l'homme supérieur, sont au nombre de trois, que je n'ai pas encore pu complètement atteindre: la vertu de l'humanité, qui dissipe les tristesses; la science, qui dissipe les doutes de l'esprit; et le courage viril, qui dissipe les craintes.
Tseu-koung dit: Notre maître parle de lui-même avec trop d'humilité.
31. Tseu-koung s'occupait à comparer entre eux les hommes des diverses contrées. Le Philosophe dit: Sse, vous êtes sans doute un sage très-éclairé; quant à moi, je n'ai pas assez de loisir pour m'occuper de ces choses.
32. Ne vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent point; mais affligez-vous plutôt de ce que vous n'avez pas encore pu mériter d'être connu.
33. Le Philosophe dit: Ne pas se révolter d'être trompé par les hommes, ne pas se prémunir contre leur manque de foi, lorsque cependant on l'a prévu d'avance, n'est-ce pas là être sage?
34. Weï-seng, surnommé Mèou, s'adressant à KHOUNG-TSEU, lui dit: KHIEOU [petit nom du Philosophe], pourquoi êtes-vous toujours par voies et par chemins pour propager votre doctrine? N'aimez-vous pas un peu trop à en parler?
KHOUNG-TSEU dit: Je n'oserais me permettre d'aimer trop à persuader par la parole; mais je hais l'obstination à s'attacher à une idée fixe.
35. Le Philosophe dit: Quand on voit le beau cheval nommé Ki, on ne loue pas en lui la force, mais les qualités supérieures.
36. Quelqu'un dit: Que doit-on penser de celui qui rend bienfaits pour injures[29]?
Le Philosophe dit: [Si l'on agit ainsi], avec quoi payera-t-on les bienfaits mêmes?
Il faut payer par l'équité la haine et les injures, et les bienfaits par des bienfaits.
37. Le Philosophe dit: Je ne suis connu de personne.
Tseu-koung dit: Comment se fait-il que personne ne vous connaisse? Le Philosophe dit: Je n'en veux pas au ciel, je n'en accuse pas les hommes. Humble et simple étudiant, je suis arrivé par moi-même à pénétrer les choses. Si quelqu'un me connaît, c'est le ciel!
38. Kong-pe-liao calomniait Tseu-lou près de Ki-sun. Tseu-fou, king-pe (grand de l'État de Lou) en informa le Philosophe en ces termes: Son supérieur [Ki-sun] a certainement une pensée de doute d'après le rapport de Kong-pe-liao. Je suis assez fort pour châtier [le calomniateur], et exposer son cadavre dans la cour du marché.
Le Philosophe dit: Si la voie de la droite raison doit être suivie, c'est le décret du ciel; si la voie de la droite raison doit être abandonnée, c'est le décret du ciel. Comment Kong-pe-liao arrêterait-il les décrets du ciel?
39. Le Philosophe dit: Les sages fuient le siècle.
Ceux qui les suivent immédiatement fuient leur patrie.
Ceux qui suivent immédiatement ces derniers fuient les plaisirs.
Ceux qui viennent après fuient les paroles trompeuses.
40. Le Philosophe dit: Ceux qui ont agi ainsi sont au nombre de sept.
41. Tseu-lou passa la nuit à Chi-men. Le gardien de la porte lui dit: D'où venez-vous? Tseu-lou lui dit: Je viens de près de KHOUNG-TSEU. Le gardien ajouta: Il doit savoir sans doute qu'il ne peut pas faire prévaloir ses doctrines, et cependant il s'applique toujours activement à les propager.
42. Le Philosophe étant un jour occupé à jouer de son instrument de pierre nommé king, dans l'État de Weï, un homme, portant un panier sur ses épaules, vint à passer devant la porte de KHOUNG-TSEU, et s'écria: Oh! qu'il a de cœur celui qui joue ainsi du king!
Après un instant de silence, il ajouta: O les hommes vils! quelle harmonie! king! king! personne ne sait l'apprécier. Il a cessé de jouer; c'est fini.
«Si l'eau est profonde, alors ils la passent sans relever leur robe;
Si elle n'est pas profonde, alors ils la relèvent[30].»
Le Philosophe dit: Pour celui qui est persévérant et ferme, il n'est rien de difficile.
43. Tseu-tchang dit: Le Chou-king rapporte que Kao-tsoung passa dans le Lyang-yn[31] trois années sans parler; quel est le sens de ce passage?
Le Philosophe dit: Pourquoi citer seulement Kao-tsoung? Tous les hommes de l'antiquité agissaient ainsi. Lorsque le prince avait cessé de vivre, tous les magistrats ou fonctionnaires publics qui continuaient leurs fonctions recevaient du premier ministre leurs instructions pendant trois années.
44. Le Philosophe dit: Si celui qui occupe le premier rang dans l'État aime à se conformer aux rites, alors le peuple se laisse facilement gouverner.
45. Tseu-lou demanda ce qu'était l'homme supérieur. Le Philosophe répondit: Il s'efforce constamment d'améliorer sa personne pour s'attirer le respect.--C'est là tout ce qu'il fait?--Il améliore constamment sa personne pour procurer aux autres du repos et de la tranquillité.--C'est là tout ce qu'il fait?--Il améliore constamment sa personne pour rendre heureuses toutes les populations. Il améliore constamment sa personne pour rendre heureuses toutes les populations: Yao et Chun eux-mêmes agirent ainsi.
46. Youan-jang (un ancien ami du Philosophe), plus âgé que lui, était assis sur le chemin les jambes croisées. Le Philosophe lui dit: Étant enfant, n'avoir pas eu de déférence fraternelle; dans l'âge mûr, n'avoir rien fait de louable; parvenu à la vieillesse, ne pas mourir: c'est être un vaurien. Et il lui frappa les jambes avec son bâton [pour le faire relever].
47. Un jeune homme du village de Kiouë-thang était chargé par le Philosophe de recevoir les personnes qui le visitaient. Quelqu'un lui demanda s'il avait fait de grands progrès dans l'étude.
Le Philosophe dit: J'ai vu ce jeune homme s'asseoir sur le siège[32]; je l'ai vu marchant de pair avec ses maîtres[33]; je ne cherche pas à lui faire faire des progrès dans l'étude, je désire seulement qu'il devienne un homme distingué.
[17] Petit nom de Youan-sse.
[18] Pour des fonctions que l'on ne remplit pas, ou que l'on n'a pas besoin de remplir.
«L'État étant bien gouverné, ne pas remplir activement ses fonctions; l'État étant mal gouverné, ne pas avoir le courage d'être seul vertueux, et cependant savoir consommer ses émoluments; dans l'un et l'autre cas on doit éprouver de la honte.» (TCHOU-HI)
[19] «Qui aime bien, châtie bien,» dit aussi un proverbe français.
[20] Grand de l'État de Thsi.
[21] Familles de l'État de Tçin, ayant le rang de king, donné aux premiers dignitaires.
[22] Grand fonctionnaire de Lou.
[23] Grand fonctionnaire de la ville de Pian, dans l'État de Lou.
[24] De l'État de Weï.
[25] Grand dignitaire de l'État de Weï.
[26] Commentaire.
[27] Ces paroles éloquentes du philosophe chinois sont une admirable leçon pour ceux qui placent la loi du devoir dans de vaines et stériles doctrines. Oh! sans doute il vaut cent fois mieux consacrer sa vie au service de son pays, au bonheur de l'humanité tout entière, que de la jeter en holocauste à une vaine poussière! Si, comme le dit le grand philosophe que nous traduisons, Kouan-tchoung s'était suicidé, comme des esprits étroits l'auraient voulu, pour ne pas survivre à la défaite et à la mort du prince dont il était le ministre, il n'aurait pas accompli les grandes réformes populaires qu'il accomplit, et, par suite de l'état de barbarie où serait tombée la Chine, KHOUNG-TSEU n'aurait été lui-même qu'un barbare!
[28] Commentaire.
[29] Voyez l'Évangile et le Koran. L'Évangile dit qu'il faut rendre le bien pour le mal; le Koran, qu'il faut rendre le mal pour le mal. Le précepte du Philosophe chinois nous parait moins sublime que celui de Jésus, mais peut-être plus conforme aux lois équitables de la nature humaine. Tchou-hi, sur cette phrase, renvoie au livre de Lao-tseu, où le caractère té, ordinairement vertu, est expliqué par Ngan-hoeï, bienfaisant, bienfaits.
[30] Citation du Livre des Vers. Weï-foung, ode Pao-yéou-kou.
[31] Demeure pour passer les années de deuil.
[32] Au lieu de se tenir à un angle de l'appartement, comme il convenait à un jeune homme.
[33] Au lieu de marcher à leur suite.
Chapitre XV
COMPOSÉ DE 41 ARTICLES.
1. Ling-kong, prince de Weï, questionna KHOUNG-TSEU sur l'art militaire. KHOUNG-TSEU lui répondit avec déférence: Si vous m'interrogiez sur les affaires des cérémonies et des sacrifices, je pourrais vous répondre en connaissance de cause. Quant aux affaires de l'art militaire, je ne les ai pas étudiées. Le lendemain matin il partit.
Étant arrivé dans l'État de Tching, les vivres lui manquèrent complètement. Les disciples qui le suivaient tombaient de faiblesse, sans pouvoir se relever.
Tseu-lou, manifestant son mécontentement, dit: Les hommes supérieurs éprouvent donc aussi les besoins de la faim? Le Philosophe dit: L'homme supérieur est plus fort que le besoin; l'homme vulgaire, dans le besoin, se laisse aller à la défaillance.
2. Le Philosophe dit: Sse, ne pensez-vous pas que j'ai beaucoup appris, et que j'ai retenu tout cela dans ma mémoire?
[Le disciple] répondit avec respect: Assurément; n'en est-il pas ainsi?
Il n'en est pas ainsi; je ramène tout à un seul principe.
3. Le Philosophe dit: Yeou [petit nom de Tseu-lou], ceux qui connaissent la vertu sont bien rares!
Derechos y procedencia
Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.
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