Confucio / Idioma del texto : francés

Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques

Texto / traducción : Guillaume Pauthier (1801–1873) · Edición : 1846

Los textos históricos pueden utilizar ortografía o vocabulario antiguos. Se conserva la edición original; no es una nueva traducción.

Fuente y edición

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Chapitre VII (continuación)

10. Le Philosophe, interpellant Yen-youan, lui dit: Si on nous emploie dans les fonctions publiques, alors nous remplissons notre devoir; si on nous renvoie, alors nous nous reposons dans la vie privée. Il n'y a que vous et moi qui agissions ainsi.

Tseu-lou dit: Si vous conduisiez trois corps d'armée ou Kiun de douze mille cinq cents hommes chacun, lequel de nous prendriez-vous pour lieutenant?

Le Philosophe dit: Celui qui de ses seules mains nous engagerait au combat avec un tigre; qui, sans motifs, voudrait passer un fleuve à gué; qui prodiguerait sa vie sans raison et sans remords: je ne voudrais pas le prendre pour lieutenant. Il me faudrait un homme qui portât une vigilance soutenue dans la direction des affaires; qui aimât à former des plans et à les mettre à exécution.

11. Le Philosophe dit: Si, pour acquérir des richesses par des moyens honnêtes, il me fallait faire un vil métier, je le ferais; mais si les moyens n'étaient pas honnêtes, j'aimerais mieux m'appliquer à ce que j'aime.

12. Le Philosophe portait la plus grande attention sur l'ordre, la guerre et la maladie.

13. Le Philosophe étant dans le royaume de Thsi, entendit la musique nommée Tchao (de Chun). Il en éprouva tant d'émotion, que pendant trois lunes il ne connut pas le goût des aliments. Il dit: Je ne me figure pas que depuis la composition de cette musique on soit jamais arrivé à ce point de perfection.

14. Yen-yeou dit: Notre maître aidera-t-il le prince de Weï? Tseu-koung dit: Pour cela, je le lui demanderai.

Il entra (dans l'appartement de son maître), et dit: Que pensez-vous de Pe-i et de Chou-tsi? Le Philosophe dit: Ces hommes étaient de véritables sages de l'antiquité. Il ajouta: N'éprouvèrent-ils aucun regret?--Ils cherchèrent à acquérir la vertu de l'humanité, et ils obtinrent cette vertu: pourquoi auraient-ils éprouvé des regrets? En sortant (Tseu-koung) dit: Notre maître n'assistera pas (le prince de Weï).

15. Le Philosophe dit: Se nourrir d'un peu de riz, boire de l'eau, n'avoir que son bras courbé pour appuyer sa tête, est un état qui a aussi sa satisfaction. Être riche et honoré par des moyens iniques, c'est pour moi comme le nuage flottant qui passe.

16. Le Philosophe dit: S'il m'était accordé d'ajouter à mon âge de nombreuses années, j'en demanderais cinquante pour étudier le Y-king, afin que je pusse me rendre exempt de fautes graves.

17. Les sujets dont le Philosophe parlait habituellement étaient le Livre des Vers, le Livre des Annales et le Livre des Rites. C'étaient les sujets constants de ses entretiens.

18. Ye-kong interrogea Tseu-lou sur KHOUNG-TSEU. Tseu-lou ne lui répondit pas.

Le Philosophe dit: Pourquoi ne lui avez-vous pas répondu? C'est un homme qui, par tous les efforts qu'il fait pour acquérir la science, oublie de prendre de la nourriture; qui, par la joie qu'il éprouve de l'avoir acquise, oublie les peines qu'elle lui a causées, et qui ne s'inquiète pas de l'approche de la vieillesse. Je vous en instruis.

19. Le Philosophe dit: Je ne naquis point doué de la science. Je suis un homme qui a aimé les anciens, et qui a fait tous ses efforts pour acquérir leurs connaissances.

20. Le Philosophe ne parlait, dans ses entretiens, ni des choses extraordinaires, ni de la bravoure, ni des troubles civils, ni des esprits.

21. Le Philosophe dit: Si nous sommes trois qui voyagions ensemble, je trouverai nécessairement deux instituteurs [dans mes compagnons de voyage]; je choisirai l'homme de bien pour l'imiter, et l'homme pervers pour me corriger.

22. Le Philosophe dit: Le ciel a fait naître la vertu en moi; que peut donc me faire Hoan-touï?

23. Vous, mes disciples, tous tant que vous êtes, croyez-vous que j'aie pour vous des doctrines cachées? Je n'ai point de doctrines cachées pour vous. Je n'ai rien fait que je ne vous l'aie communiqué, ô mes disciples! C'est la manière d'agir de KHIEOU (de lui-même).

24. Le Philosophe employait quatre sortes d'enseignements: la littérature, la pratique des actions vertueuses, la droiture ou la sincérité, et la fidélité.

25. Le Philosophe dit: Je ne puis parvenir à voir un saint homme; tout ce que je puis, c'est de voir un sage.

Le Philosophe dit; Je ne puis parvenir à voir un homme véritablement vertueux; tout ce que je puis, c'est de parvenir à voir un homme constant et ferme dans ses idées.

Manquer de tout, et agir comme si l'on possédait avec abondance; être vide, et se montrer plein; être petit, et se montrer grand, est un rôle difficile à soutenir constamment.

26. Le Philosophe péchait quelquefois à l'hameçon, mais non au filet; il chassait aux oiseaux avec une flèche, mais non avec des pièges.

27. Le Philosophe dit: Comment se trouve-t-il des hommes qui agissent sans savoir ce qu'ils font? je ne voudrais pas me comporter ainsi. Il faut écouter les avis de beaucoup de personnes, choisir ce que ces avis ont de bon et le suivre; voir beaucoup et réfléchir mûrement sur ce que l'on a vu; c'est le second pas de la connaissance.

28. Les Heou-hiang (habitants d'un pays ainsi nommé) étaient difficiles à instruire. Un de leurs jeunes gens étant venu visiter les disciples du Philosophe, ils délibérèrent s'ils le recevraient parmi eux.

Le Philosophe dit: Je l'ai admis à entrer [au nombre de mes disciples]; je ne l'ai pas admis à s'en aller. D'où vient cette opposition de votre part? cet homme s'est purifié, s'est renouvelé lui-même afin d'entrer à mon école; louez-le de s'être ainsi purifié; je ne réponds pas de ses actions passées ou futures.

29. Le Philosophe dit: L'humanité est-elle si éloignée de nous! je désire posséder l'humanité, et l'humanité vient à moi.

30. Le juge du royaume de Tchin demanda si Tchao-kong connaissait les rites. KHOUNG-TSEU dit: Il connaît les rites.

KHOUNG-TSEU s'étant éloigné, [le juge] salua Ou-ma-ki, et, le faisant entrer, il lui dit: J'ai entendu dire que l'homme supérieur ne donnait pas son assentiment aux fautes des autres; cependant un homme supérieur y a donné son assentiment. Le prince s'est marié avec une femme de la famille Ou, du même nom que le sien, et il l'a appelée Ou-meng-tseu. Un prince doit connaître les rites et coutumes: pourquoi, lui, ne les connaît-il pas?

Ou-ma-ki avertit le Philosophe, qui s'écria: Que KHIEOU est heureux! s'il commet une faute, les hommes sont sûrs de la connaître.

31. Lorsque le Philosophe se trouvait avec quelqu'un qui savait bien chanter, il l'engageait à chanter la même pièce une seconde fois, et il l'accompagnait de la voix.

32. Le Philosophe dit: En littérature, je ne suis pas l'égal d'autres hommes. Si je veux que mes actions soient celles d'un homme supérieur, alors je ne puis jamais atteindre à la perfection.

33. Le Philosophe dit: Si je pense à un homme qui réunisse la sainteté à la vertu de l'humanité, comment oserais-je me comparer à lui! Tout ce que je sais, c'est que je m'efforce de pratiquer ces vertus sans me rebuter, et de les enseigner aux autres sans me décourager et me laisser abattre. C'est là tout ce que je vous puis dire de moi. Kong-si-hoa dit: Il est juste d'ajouter que nous, vos disciples, nous ne pouvons pas même apprendre ces choses.

34. Le Philosophe étant très-malade, Tseu-lou le pria de permettre à ses disciples d'adresser pour lui leurs prières[37] aux esprits et aux génies. Le Philosophe dit: Cela convient-il? Tseu-lou répondit avec respect: Cela convient. Il est dit dans le livre intitulé Louï: «Adressez vos prières aux esprits et aux génies d'en haut et d'en bas [du ciel et de la terre].» Le Philosophe dit:

La prière de KHIEOU [la sienne] est permanente.

35. Le Philosophe dit: Si l'on est prodigue et adonné au luxe, alors on n'est pas soumis. Si l'on est trop parcimonieux, alors on est vil et abject. La bassesse est cependant encore préférable à la désobéissance.

36. Le Philosophe dit: L'homme supérieur a de l'équanimité et de la tranquillité d'àme. L'homme vulgaire éprouve sans cesse du trouble et de l'inquiétude.

37. Le Philosophe était d'un abord aimable et prévenant; sa gravité sans roideur et la dignité de son maintien inspiraient du respect sans contrainte.

[33] Sage, ta-fou, de la dynastie des Chang.

[34] Voyez notre Description de la Chine, t. 1, p. 84 et suiv.

[35] Ces arts sont, selon le Commentaire, les rites, la musique, l'art de tirer de l'arc, l'équitation, l'écriture et l'arithmétique.

[36] Des morceaux de viande salée et sechée au soleil.

[37] Le mot chinois, selon le commentateur, implique l'Idée d'éviter le mal et d'avancer dans la vertu avec l'assistance des esprits. Si l'on n'a aucun motif de prier, alors l'on ne doit pas prier.

Chapitre VIII

COMPOSÉ DE 21 ARTICLES.

1. Le Philosophe dit: C'est Taï-pé[38] qui pouvait être appelé souverainement vertueux! ou ne trouvait rien à ajouter à sa vertu. Trois fois il refusa l'empire, et le peuple ne voyait rien de louable dans son action désintéressée.

2. Le Philosophe dit: Si la déférence et le respect envers les autres ne sont pas réglés par les rites ou l'éducation, alors ce n'est plus qu'une chose fastidieuse; si la vigilance et la sollicitude ne sont pas réglées par l'éducation, alors ce n'est qu'une timidité outrée; si le courage viril n'est pas réglé par l'éducation, alors ce n'est que de l'insubordination; si la droiture n'est pas réglée par l'éducation, alors elle entraîne dans une grande confusion.

Si ceux qui sont dans une condition supérieure traitent leurs parents comme ils doivent l'être, alors le peuple s'élèvera à la vertu de l'humanité. Pour la même raison, s'ils ne négligent et n'abandonnent pas leurs anciens amis, alors le peuple n'agira pas d'une manière contraire.

3. Thsêng-tseu, étant dangereusement malade, fit venir auprès de lui ses disciples, et leur dit: Découvrez-moi les pieds, découvrez-moi les mains. Le Livre des Vers dit:

«Ayez la même crainte et la même circonspection

Que si vous contempliez sous vos yeux un abîme profond,

Que si vous marchiez sur une glace fragile!»

Maintenant ou plus tard, je sais que je dois vous quitter, mes chers disciples.

4. Thsêng-tseu étant malade, Meng-king-tseu (grand du royaume de Lou) demanda des nouvelles de sa santé. Thsêng-tseu prononça ces paroles: «Quand l'oiseau est près de mourir, son chant devient triste; quand l'homme est près de mourir, ses paroles portent l'empreinte de la vertu.»

Les choses que l'homme supérieur met au-dessus de tout, dans la pratique de la raison, sont au nombre de trois: dans sa démarche et dans son attitude, il a soin d'éloigner tout ce qui sentirait la brutalité et la rudesse; il fait en sorte que la véritable expression de sa figure représente autant que possible la réalité et la sincérité de ses sentiments; que dans les paroles qui lui échappent de la bouche et dans l'intonation de sa voix, il éloigne tout ce qui pourrait être bas ou vulgaire et contraire à la raison. Quant à ce qui concerne les vases en bambous [choses moins importantes], il faut que quelqu'un préside à leur conservation.

5. Thsêng-tseu dit: Posséder la capacité et les talents, et prendre avis de ceux qui en sont dépourvus; avoir beaucoup, et prendre avis de ceux qui n'ont rien; être riche, et se comporter comme si l'on était pauvre; être plein, et paraître vide ou dénué de tout; se laisser offenser sans en témoigner du ressentiment; autrefois j'avais un ami qui se conduisait ainsi dans la vie.

6. Thsêng-tseu dit: L'homme à qui l'on peut confier un jeune orphelin de six palmes (tchi) de haut[39], à qui l'on peut remettre l'administration et le commandement d'un royaume de cent li d'étendue, et qui, lorsque apparaît un grand déchirement politique, ne se laisse pas arracher à son devoir, n'est-ce pas un homme supérieur? Oui, c'est assurément un homme supérieur!

7. Thsêng-tseu dit: Les lettrés ne doivent pas ne pas avoir l'âme ferme et élevée, car leur fardeau est lourd, et leur route longue.

L'humanité est le fardeau qu'ils ont à porter (ou le devoir qu'ils ont à remplir): n'est-il pas en effet bien lourd et bien important? C'est à la mort seulement qu'on cesse de le porter: la route n'est-elle pas bien longue?

8. Le Philosophe dit: Elevons notre esprit par la lecture du Livre des Vers; établissons nos principes de conduite sur le Livre des Rites; perfectionnons-nous par la Musique.

9. Le Philosophe dit: On peut forcer le peuple à suivre les principes de la justice et de la raison; on ne peut pas le forcer à les comprendre.

Derechos y procedencia

Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.

Texte historique dans le domaine public en France. Source et conditions Project Gutenberg conservées.

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