Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques
Texto / traducción : Guillaume Pauthier (1801–1873) · Edición : 1846
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Chapitre IV (continuación)
4. Le Philosophe dit: Si la pensée est sincèrement dirigée vers les vertus de l'humanité, on ne commettra point d'actions vicieuses.
5. Le Philosophe dit: Les richesses et les honneurs sont l'objet du désir des hommes; si on ne peut les obtenir par des voies honnêtes et droites, il faut y renoncer. La pauvreté et une position humble ou vile sont l'objet de la haine et du mépris des hommes; si on ne peut en sortir par des voies honnêtes et droites, il faut y rester. Si l'homme supérieur abandonne les vertus de l'humanité, comment pourrait-il rendre sa réputation de sagesse parfaite? L'homme supérieur ne doit pas un seul instant[26] agir contrairement aux vertus de l'humanité. Dans les moments les plus pressés, comme dans les plus confus, il doit s'y conformer.
6. Le Philosophe dit: Je n'ai pas encore vu un homme qui aimât convenablement les hommes pleins d'humanité, qui eût une haine convenable pour les hommes vicieux et pervers. Celui qui aime les hommes pleins d'humanité ne met rien au-dessus d'eux; celui qui hait les hommes sans humanité pratique l'humanité; il ne permet pas que les hommes sans humanité approchent de lui.
Y a-t-il des personnes qui puissent faire un seul jour usage de toutes leurs forces pour la pratique des vertus de l'humanité? [S'il s'en est trouvé] je n'ai jamais vu que leurs forces n'aient pas été suffisantes [pour accomplir leur dessein], et, s'il en existe, je ne les ai pas encore vues.
7. Le Philosophe dit: Les fautes des hommes sont relatives à l'état de chacun. En examinant attentivement ces fautes, on arrivera à connaître si leur humanité était une véritable humanité.
8. Le Philosophe dit: Si le matin vous avez entendu la voix de la raison céleste, le soir vous pourrez mourir[27].
9. Le Philosophe dit: L'homme d'étude dont la pensée est dirigée vers la pratique de la raison, mais qui rougit de porter de mauvais vêtements et de se nourrir de mauvais aliments, n'est pas encore apte à entendre la sainte parole de la justice.
10. Le Philosophe dit: L'homme supérieur, dans toutes les circonstances de la vie, est exempt de préjugés et d'obstination; il ne se règle que d'après la justice.
11. Le Philosophe dit: L'homme supérieur fixe ses pensées sur la vertu; l'homme vulgaire les attache à la terre. L'homme supérieur ne se préoccupe que de l'observation des lois; l'homme vulgaire ne pense qu'aux profits.
12. Le Philosophe dit: Appliquez-vous uniquement aux gains et aux profits, et vos actions vous feront recueillir beaucoup de ressentiments.
13. Le Philosophe dit: L'on peut, par une réelle et sincère observation des rites, régir un royaume; et cela n'est pas difficile à obtenir. Si l'on ne pouvait pas, par une réelle et sincère observation des rites, régir un royaume, à quoi servirait de se conformer aux rites?
14. Le Philosophe dit: Ne soyez point inquiet de ne point occuper d'emplois publics; mais soyez inquiet d'acquérir les talents nécessaires pour occuper ces emplois. Ne soyez point affligé de ne pas encore être connu; mais cherchez à devenir digne de l'être.
15. Le Philosophe dit: San! (nom de Thsêng-tseu) ma doctrine est simple et facile à pénétrer. Thsêng-tseu répondit: Cela est certain.
Le Philosophe étant sorti, ses disciples demandèrent ce que leur maître avait voulu dire. Thsêng-tseu répondit: «La doctrine de notre maître consiste uniquement à avoir la droiture du cœur et à aimer son prochain comme soi-même[28].»
16. Le Philosophe dit: L'homme supérieur est influencé par la justice; l'homme vulgaire est influencé par l'amour du gain.
17. Le Philosophe dit: Quand vous voyez un sage, réfléchissez en vous-même si vous avez les mêmes vertus que lui. Quand vous voyez un pervers, rentrez en vous-même, et examinez attentivement votre conduite.
18. Le Philosophe dit: En vous acquittant de vos devoirs envers vos père et mère, ne faites que très-peu d'observations; si vous voyez qu'ils ne sont pas disposés à suivre vos remontrances, ayez pour eux les mêmes respects, et ne vous opposez pas à leur volonté; si vous éprouvez de leur part de mauvais traitements, n'en murmurez pas.
19. Le Philosophe dit: Tant que votre père et votre mère subsistent, ne vous éloignez pas d'eux; si vous vous éloignez, vous devez leur faire connaître la contrée où vous allez vous rendre.
20. Le Philosophe dit: Pendant trois années (depuis sa mort), ne vous écartez pas de la voie qu'a suivie votre père; votre conduite pourra être alors appelée de la piété filiale.
21. Le Philosophe dit: L'âge de votre père et de votre mère ne doit pas être ignoré de vous; il doit faire naître en vous, tantôt de la joie, tantôt de la crainte.
22. Le Philosophe dit: Les anciens ne laissaient point échapper de vaines paroles, craignant que leurs actions n'y répondissent point.
23. Le Philosophe dit: Ceux qui se perdent en restant sur leurs gardes sont bien rares!
24. Le Philosophe dit: L'homme supérieur aime à être lent dans ses paroles, mais rapide dans ses actions.
25. Le Philosophe dit: La vertu ne reste pas comme une orpheline abandonnée; elle doit nécessairement avoir des voisins.
26. Tseu-yeou dit: Si dans le service d'un prince il arrive de le blâmer souvent, on tombe bientôt en disgrâce. Si dans les relations d'amitié on blâme souvent son ami, on éprouvera bientôt son indifférence.
[24] Nous emploierons désormais ce terme pour rendre le caractère chinois jin, qui comprend toutes les vertus attachées à l'humanité.
[25] La même idée est exprimée presque avec les mêmes termes dans le Ta-hio, chap. X, paragr. 14.
[26] Littéralement: intervalle d'un repas.
[27] Le caractère Tao de cette admirable sentence, que nous avons traduit par voix de la raison divine, est expliqué ainsi par Tchou-hi: La raison ou le principe des devoirs dans les actions de la vie: sse we thang jan tchi li.
[28] En chinois, tchoung et chou. On croira difficilement que notre traduction soit exacte; cependant nous ne pensons pas que l'on puisse en faire une plus fidèle.
Chapitre V
COMPOSÉ DE 27 ARTICLES.
1. Le Philosophe dit que Kong-tchi-tchang (un de ses disciples) pouvait se marier, quoiqu'il fût dans les prisons, parce qu'il n'était pas criminel; et il se maria avec la fille du Philosophe.
Le Philosophe dit à Nan-young (un de ses disciples) que si le royaume était gouverné selon les principes de la droite raison, il ne serait pas repoussé des emplois publics; que si, au contraire, il n'était pas gouverné par les principes de la droite raison, il ne subirait aucun châtiment: et il le maria avec la fille de son frère aîné.
2. Le Philosophe dit que Tseu-tsien (un de ses disciples) était un homme d'une vertu supérieure. Si le royaume de Lou ne possédait aucun homme supérieur, où celui-ci aurait-il pris sa vertu éminente?
3. Tseu-koung fit une question en ces termes: Que pensez-vous de moi? Le Philosophe répondit: Vous êtes un vase.--Et quel vase? reprit le disciple.--Un vase chargé d'ornements[29], dit le Philosophe.
4. Quelqu'un dit que Young (un des disciples de KHOUNG-TSEU) était plein d'humanité, mais qu'il était dénué des talents de la parole. Le Philosophe dit: A quoi bon faire usage de la faculté de parler avec adresse? Les discussions de paroles que l'on a avec les hommes nous attirent souvent leur haine. Je ne sais pas s'il a les vertus de l'humanité; pourquoi m'informerais-je s'il sait parler avec adresse?
5. Le Philosophe pensait à faire donner à Tsi-tiao-kaï (un de ses disciples) un emploi dans le gouvernement. Ce dernier dit respectueusement à son maître: Je suis encore tout à fait incapable de comprendre parfaitement les doctrines que vous nous enseignez. Le Philosophe fut ravi de ces paroles.
6. Le Philosophe dit: La voie droite (sa doctrine) n'est point fréquentée. Si je me dispose à monter un bateau pour aller en mer, celui qui me suivra, n'est-ce pas Yeou (surnom de Tseu-lou)? Tseu-lou, entendant ces paroles, fut ravi de joie. Le Philosophe dit: Yeou, vous me surpassez en force et en audace, mais non en ce qui consiste à saisir la raison des actions humaines.
7. Meng-wou-pe (premier ministre du royaume de Lou) demanda si Tseu-lou était humain. Le Philosophe dit: Je l'ignore. Ayant répété sa demande, le Philosophe répondit: S'il s'agissait de commander les forces militaires d'un royaume de mille chars, Tseu-lou en serait capable; mais je ne sais pas quelle est son humanité.
--Et Kieou, qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Kieou? s'il s'agissait d'une ville de mille maisons, ou d'une famille de cent chars, il pourrait en être le gouverneur: je ne sais pas quelle est son humanité.
--Et Tchi (un des disciples de KHOUNG-TSEU), qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Tchi, ceint d'une ceinture officielle, et occupant un poste à la cour, serait capable, par son élocution fleurie, d'introduire et de reconduire les hôtes: je ne sais pas quelle est son humanité.
8. Le Philosophe interpella Tseu-koung, en disant: Lequel de vous, ou de Hoeï, surpasse l'autre en qualités? [Tseu-koung] répondit avec respect: Moi Sse, comment oserais-je espérer d'égaler seulement Hoeï? Hoeï n'a besoin que d'entendre une partie d'une chose pour en comprendre de suite les dix parties; moi Sse, d'avoir entendu cette seule partie, je ne puis en comprendre que deux [sur dix].
Le Philosophe dit: Vous ne lui ressemblez pas; je vous accorde que vous ne lui ressemblez pas.
9. Tsaï-yu se reposait ordinairement sur un lit pendant le jour. Le Philosophe dit: Le bois pourri ne peut être sculpté; un mur de boue ne peut être blanchi; à quoi servirait-il de réprimander Yu?
Le Philosophe dit: Dans le commencement de mes relations avec les hommes, j'écoutais leurs paroles, et je croyais qu'ils s'y conformaient dans leurs actions. Maintenant, dans mes relations avec les hommes, j'écoute leurs paroles, mais j'examine leurs actions. Tsaï-yu a opéré en moi ce changement.
10. Le Philosophe dit: Je n'ai pas encore vu un homme qui fût inflexible dans ses principes. Quelqu'un lui répondit avec respect: Et Chin-tchang? Le Philosophe dit: Chang est adonné au plaisir; comment serait-il inflexible dans ses principes?
11. Tseu-koung dit: Ce que je ne désire pas que les hommes me fassent, je désire également ne pas le faire aux autres hommes. Le Philosophe dit: Sse, vous n'avez pas encore atteint ce point de perfection.
12. Tseu-koung dit: On peut souvent entendre parler notre maître sur les qualités et les talents nécessaires pour faire un homme parfaitement distingué; mais il est bien rare de l'entendre discourir sur la nature de l'homme et sur la raison céleste.
13. Tseu-lou avait entendu (dans les enseignements de son maître) quelque maxime morale qu'il n'avait pas encore pratiquée; il craignait d'en entendre encore de semblables.
14. Tseu-koung fit une question en ces termes: Pourquoi Khoung-wen-tseu est-il appelé lettré, ou d'une éducation distinguée (wen)? Le Philosophe dit: Il est intelligent, et il aime l'étude; il ne rougit pas d'interroger ses inférieurs (pour en recevoir d'utiles informations); c'est pour cela qu'il est appelé lettré ou d'une éducation distinguée.
15. Le Philosophe dit que Tseu-tchan (grand de l'Etat de Tching) possédait les qualités, au nombre de quatre, d'un homme supérieur; ses actions étaient empreintes de gravité et de dignité; en servant son supérieur, il était respectueux; dans les soins qu'il prenait pour la subsistance du peuple, il était plein de bienveillance et de sollicitude; dans la distribution des emplois publics, il était juste et équitable.
16. Le Philosophe dit: Ngan-ping-tchoung (grand de l'Etat de Thsi) savait se conduire parfaitement dans ses relations avec les hommes; après un long commerce avec lui, les hommes continuaient à le respecter.
17. Le Philosophe dit: Tchang-wen-tchoung (grand du royaume de Lou) logea une grande tortue dans une demeure spéciale, dont les sommités représentaient des montagnes, et les poutres des herbes marines. Que doit-on penser de son intelligence?
18. Tseu-tchang fit une question en ces termes: Le mandarin Tseu-wen fut trois fois promu aux fonctions de premier ministre (ling-yin) sans manifester de la joie, et il perdit par trois fois cette charge sans montrer aucun regret. Comme ancien premier ministre, il se fit un devoir d'instruire de ses fonctions le nouveau premier ministre. Que doit-on penser de cette conduite? Le Philosophe dit qu'elle fut droite et parfaitement honorable. [Le disciple] reprit: Etait-ce de l'humanité? [Le Philosophe] répondit: Je ne le sais pas encore: pourquoi [dans sa conduite toute naturelle] vouloir trouver la grande vertu de l'humanité?
Tsouï-tseu (grand du royaume de Thsi), ayant assassiné le prince de Thsi, Tchin-wen-tseu (également grand dignitaire, ta-fou, de l'Etat de Thsi), qui possédait dix quadriges (ou quarante chevaux de guerre), s'en défit, et se retira dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Il s'éloigna de là, et se rendit dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit encore: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Et il s'éloigna de nouveau. Que doit-on penser de cette conduite? Le Philosophe dit: Il était pur.--Etait-ce de l'humanité? [Le Philosophe] dit: Je ne le sais pas encore; pourquoi [dans sa conduite toute naturelle] vouloir trouver la grande vertu de l'humanité?
19. Ki-wen-tseu (grand du royaume de Lou) réfléchissait trois fois avant d'agir. Le Philosophe ayant entendu ces paroles, dit: Deux fois peuvent suffire.
20. Le Philosophe dit: Ning-wou-tseu (grand de l'Etat de Weï), tant que le royaume fut gouverné selon les principes de la droite raison, affecta de montrer sa science; mais, lorsque le royaume ne fut plus dirigé par les principes de la droite raison, alors il affecta une grande ignorance. Sa science peut être égalée; sa [feinte] ignorance ne peut pas l'être.
21. Le Philosophe étant dans l'Etat de Tchin s'écria: Je veux m'en retourner! je veux m'en retourner! les disciples que j'ai dans mon pays ont de l'ardeur, de l'habileté, du savoir, des manières parfaites; mais ils ne savent pas de quelle façon ils doivent se maintenir dans la voie droite.
22. Le Philosophe dit: Pe-i et Chou-tsi[30] ne pensent point aux fautes que l'on a pu commettre autrefois [si l'on a changé de conduite]; aussi il est rare que le peuple éprouve des ressentiments contre eux.
23. Le Philosophe dit: Qui peut dire que Weï-sang-kao était un homme droit? Quelqu'un lui ayant demandé du vinaigre, il alla en chercher chez son voisin pour le lui donner.
Derechos y procedencia
Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.
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