Marc Aurèle

Pensées pour moi-même

Langue du texte
français
Texte / traduction
Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895)
Édition
1876

Ces textes historiques peuvent employer une orthographe ou un vocabulaire anciens. L’édition d’origine est conservée : il ne s’agit pas d’une nouvelle traduction. Source et édition

Livre VIII (suite)

LIV. Ne pas se borner à respirer l’air qui nous environne, mais s’associer en outre par la raison[156] au principe intelligent qui enveloppe toutes choses ; car la force intelligente est répandue dans l’univers entier, et elle ne se communique pas moins à celui qui veut la conquérir que la force de l’air ne se communique à celui qui est fait pour le respirer.

LV. Considéré d’une façon générale[157], le vice ne peut pas nuire au monde ; considéré dans un individu séparé, il ne nuit pas à autrui[158] ; mais il est exclusivement nuisible à l’être même, qui d’ailleurs a la possibilité d’en être délivré, pourvu que d’abord ce soit lui qui le veuille.

LVI. Pour tout ce qui regarde ma volonté personnelle[159], la volonté de mon voisin m’est aussi parfaitement indifférente et étrangère que sa respiration ou son corps. Sans doute, nous sommes faits les uns pour les autres autant que possible ; mais la raison qui nous conduit n’en a pas moins dans chacun de nous son domaine distinct. Autrement, le vice de mon voisin deviendrait mon vice personnel. Mais Dieu ne l’a pas voulu[160], afin qu’un autre ne pût pas à son gré faire mon malheur.

LVII. Le soleil semble épancher et répandre sa lumière, et en effet il l’épanche dans le monde entier ; mais, en s’épanchant, il ne s’épuise jamais[161]. Cet écoulement n’est qu’une simple extension. Le mot qui, dans la langue grecque[162], signifie ses Rayons a la même étymologie que le mot qui exprime l’idée de s’étendre et de s’épancher. Tu peux voir en effet ce qu’est précisément un rayon de soleil, en observant la lumière qui s’introduit dans une pièce obscure, à travers une ouverture étroite. Elle s’étend et marche en ligne droite ; puis elle se partage, pour ainsi dire[163], en rencontrant un obstacle solide, qui en prive l’air placé au-delà[164]. C’est sur cet obstacle que la lumière s’arrête, sans glisser en bas et sans tomber[165]. C’est justement ainsi que ton intelligence doit s’écouler et se répandre en tous sens. C’est une diffusion ; ce n’est pas un épuisement, et, quand elle rencontre des obstacles, elle ne doit montrer ni colère ni emportement[166] dans la résistance qu’elle leur oppose ; elle ne tombe pas ; elle reste debout, et elle éclaire de sa lumière tout ce qui la reçoit. Ce qui ne peut pas la réfléchir se prive soi-même de son splendide éclat.

LVIII. Quand on craint la mort, cela revient à craindre, ou de ne plus rien sentir[167] du tout, ou de sentir autrement que dans cette vie. Mais, si tu ne sens plus quoi que ce soit, tu ne peux par conséquent ressentir aucun mal ; et, si tu as une sensibilité différente, alors tu ne seras qu’un autre être ; mais tu ne cesses pas de vivre[168].

LIX. Les hommes sont faits évidemment les uns pour les autres[169]. Ainsi, éclaire-les, ou sache au moins les supporter.

LX. Autre est le mouvement d’une flèche, autre est celui de l’esprit. Mais l’esprit a cet avantage que, tout en procédant avec le soin nécessaire et en considérant les choses attentivement[170], il n’en va pas moins droit[171], et il n’en arrive pas moins sûrement à son but.

LXI. Il faut entrer dans l’esprit des autres[172], et toujours permettre aux autres d’entrer aussi dans ton esprit.

Notes de la traduction de 1876 :

1. Du moins à partir de ta jeunesse. Ceci semblerait indiquer un souvenir pénible de quelques désordres de jeunesse. Ces écarts ne peuvent pas être allés bien loin, dans une nature aussi élevée que celle de Marc-Aurèle. Dans le premier livre, § 22, il s’est félicité de n’avoir pas été homme avant le temps.

2. Bien des gens l’ont su. Chacun de nous peut faire une égale confession ; et il est bien peu de mortels assez heureux pour s’être toujours maintenus dans les sages limites que la fougue de la jeunesse franchit si aveuglément.

3. Ta nature. Qui est celle d’un être raisonnable, fait pour vivre dans la société des hommes et de Dieu.

4. Sans jamais trouver le bonheur. L’expression grecque pourrait tout aussi bien signifier Vertu. J’ai préféré l’idée de Bonheur, à cause de ce qui suit, bien que la recherche du bonheur n’ait jamais été une des préoccupations du Stoïcisme.

5. D’immuables principes d’où ses actes découlent. C’est ce que fait la religion à l’aide de la foi ; c’est aussi ce que fait la philosophie.

6. Au bien et au mal. Discerner le bien du mal pour suivre l’un et éviter l’autre, c’est là toute la vie morale de l’homme ; et c’est le mot de l’énigme qu’il est à lui-même, tant qu’il ne se connaît pas et ne s’est pas rendu maître de ses passions.

7. Adresse-toi cette question. Il est clair qu’on ne doit s’adresser cette question que pour les choses qui valent la peine qu’on s’interroge, sur le caractère et les conséquences de l’acte qu’on va faire. Voir la même pensée admirablement développée, plus haut, liv. III, § 7.

8. Encore un peu, je meurs. On ne saurait se remettre trop souvent en mémoire cette brièveté nécessaire de la vie, sans même parler de tous les accidents imprévus qui l’abrègent encore. Sénèque a dit : « Hommes, vous vivez comme si vous deviez vivre toujours. Jamais il ne vous souvient de votre fragilité ; vous ne remarquez pas combien de temps a déjà passé. Vous le perdez comme s’il y avait plénitude, surabondance, tandis que ce jour même que vous sacrifiez à un homme, à une chose, sera peut-être le dernier. » De la Brièveté de la vie, ch. IV.

9. À Diogène, à Héraclite, à Socrate. Ceci ne veut pas dire que Marc-Aurèle mette ces philosophes sur la même ligne. Socrate est de beaucoup le plus grand ; et sa doctrine, de beaucoup la plus féconde.

10. Ne variaient point. On pourrait comprendre aussi : « Étaient absolument les mêmes. » J’ai préféré le premier sens à cause de la fin de ce paragraphe. Il semble que Marc-Aurèle veut surtout opposer la fixité des principes philosophiques à la mobilité nécessaire et déplorable des hommes d’État, surtout préoccupés des intérêts de leur ambition et prêts à tout pour la satisfaire. « Omnia serviliter pro dominatione. »

11. Dusses-tu en crever de fureur. L’expression grecque est aussi forte que celle de ma traduction. La pensée d’ailleurs est juste ; et l’indignation qu’on peut ressentir et exprimer contre le vice ne le corrige guère. Mais il est à la fois très-naturel d’éprouver ce sentiment en présence du mal, et d’essayer de l’arrêter en le reprochant à ceux qui le font, surtout quand ils sont nos amis et nos proches. En poussant cette idée un peu loin, on s’abstiendrait aussi de faire des lois contre le crime, sous le prétexte que les châtiments ne le suppriment pas en supprimant quelques criminels.

12. D’abord ne te trouble pas. C’est le premier précepte ou tout au moins un des premiers préceptes du Stoïcisme. J’ai déjà dit pourquoi. Voir liv. VII, § 73, note. C’est qu’avant tout, pour bien juger les choses, il faut être le plus calme possible afin que la raison ait tout son empire et toute sa lucidité.

13. Adrien ou Auguste. Ce souvenir de deux empereurs doit faire croire que Marc-Aurèle s’adresse directement à lui-même cette réflexion, et que l’apostrophe à la seconde personne n’est pas simplement une figure de rhétorique.

14. Tu dois être homme de bien. Marc-Aurèle applique le conseil qu’il se donne ; et il est homme de bien dans toute sa conduite, après s’être dit qu’il doit l’être. C’est un exemple plus efficace encore que ses recommandations.

15. Franchise. C’est l’horreur du mensonge, un des vices les plus dangereux et les plus habituels de l’homme.

16. Il se produise jamais rien de nouveau. Plus haut, liv. VII, § 1, la même pensée s’est déjà présentée. On peut y voir la note dans laquelle cette pensée a été combattue, ou plutôt, restreinte dans ses vraies limites.

17. Les répartitions. Le mot grec est aussi vague ; mais la pensée est parfaitement claire : L’homme n’a point à se plaindre de la part que Dieu lui a faite, parce que sa bonté n’est pas plus douteuse que sa puissance. La réflexion qui suit est une sorte de développement de celle-ci.

18. Suivre son droit chemin. C’est la figure dont se sert le texte et qui est comprise dans l’étymologie du mot qu’il emploie.

19. À ce qui dépend de nous seuls. C’est la première réflexion du Manuel d’Épictète.

20. La faculté d’agir. Peut-être faut-il comprendre ceci en un sens plus général : « La réalité, l’existence actuelle. » Le mot du texte peut avoir ces deux significations.

21. L’égalité d’un détail isolé avec le tout. Le texte grec n’est pas plus précis ; et il serait difficile de l’interpréter d’une manière absolument claire. Je crois que la pensée au fond est simplement celle-ci : « Pour bien juger du destin de deux individus que l’on compare, il ne faut pas s’arrêter à un détail ; il faut prendre la vie entière de l’un et de l’autre, et apprécier les deux existences dans leur totalité. »

22. Il ne t’est plus permis de lire. Il est possible que ceci fasse allusion à quelque infirmité prématurée dont Marc-Aurèle aurait été atteint. On ne connaissait pas de son temps l’art de l’opticien et tous les moyens que nous avons pour suppléer à l’affaiblissement naturel de la vue. Dans un autre passage, on a vu liv. II, § 2, que Marc-Aurèle, tout en faisant le plus grand cas de l’étude, trouve cependant qu’à un certain moment de la vie, il faut laisser les livres de côté. D’ailleurs il a raison ; et, quelle que soit la situation de santé où l’on soit, il reste toujours bien des vertus qu’on peut exercer malgré la défaillance des organes.

23. À leur faire du bien. C’est une idée qui peut toujours consoler de l’ingratitude que l’on rencontre ; continuer de faire du bien aux gens, c’est souvent un moyen de les corriger et de provoquer leur reconnaissance, en les ramenant à de meilleurs sentiments. Sénèque a excellemment dit : « En cette occasion, la prudence ne vous servira qu’à vous empêcher d’être bienfaisant, si pour éviter l’ingratitude vous ne faites jamais plaisir à personne. Ainsi, de peur qu’un bienfait ne périsse entre les mains d’autrui, vous le laissez périr entre les vôtres. » Épître LXXXI, à Lucilius.

24. Contre la vie qu’on mène à la cour. On peut se faire aisément une idée des ennuis et des fatigues que la vie de la cour, si vide et si occupée tout ensemble, devait causer à une âme telle que celle de Marc-Aurèle. Mais il la supportait par devoir, et il ne s’en est plaint que rarement.

25. Ni contre ta propre vie. Le sage n’a jamais à se plaindre de sa vie personnelle, parce qu’il dépend toujours de lui de la changer en l’améliorant.

26. Le regret. Ou le repentir.

27. Le plaisir n’est pas notre intérêt. Voir plus haut, liv. V, § 15, une très-noble pensée, qui est analogue à celle-ci et qui peut servir à la compléter.

28. Cet objet que j’ai sous les yeux. Un peu plus haut, liv. VI, § 13, Marc-Aurèle a recommandé de toujours se rendre compte des choses avec la plus grande attention. C’est un exemple d’analyse de ce genre qu’il donne ici. Voir un peu plus loin, § 13.

29. Quand tu as de la peine à t’arracher au sommeil. Déjà, liv. V, § 1, Marc-Aurèle s’est fait une recommandation toute pareille. On peut en inférer qu’il avait quelque peine à se lever de grand matin, et qu’il se met en garde contre lui-même.

30. Des actes utiles à la communauté. Ici, comme dans plusieurs autres passages, j’ai préféré le mot de Communauté à celui de Société ; il répond davantage à l’étymologie grecque, et aussi à la pensée générale du Stoïcisme. À proprement parler, la Communauté stoïcienne, c’est l’ordre universel des choses, dont l’homme a sa part ainsi que Dieu, qui a bien voulu le prendre pour son associé.

31. En présence de toute perception sensible. Voir un peu plus haut, § 11.

32. Et les raisonnements que tu en tires. Lesquels raisonnements dépendent toujours de nous.

33. Demande-toi sur-le-champ à toi-même. Le précepte est excellent ; il contribue certainement à nous inspirer de l’indulgence. Il ne faudrait pas cependant le pousser trop loin, et croire que les opinions des hommes soient absolument nécessaires. Ce serait alors nous réduire à n’être que de pauvres machines, sous l’impulsion de forces extérieures, ou des instruments entièrement passifs sous la main de Dieu. Il y a du vrai sans doute dans ces doctrines ; mais il faut tenir compte avant tout du libre arbitre ; et, bien que nos pensées ne dépendent pas absolument de nous, elles ne dépendent toujours assez pour que nous en soyons responsables, soit devant la société, soit devant Dieu, et avant tout devant notre propre conscience.

34. Dans la nécessité de faire ce qu’elle fait. Il faut entendre la Nécessité dans le sens restreint que je viens de dire.

35. On a tort de s’irriter. C’est la modération dans les sentiments que cette maxime recommande ; mais elle ne supprime ni ne blâme les trop justes sentiments que peut nous inspirer le spectacle de la vie. Il y a des choses qu’on doit aimer et admirer ; il y en a d’autres qu’il faut haïr et réprouver. Autrement tout se confondrait ; et il n’y aurait plus de distinction entre le bien et le mal, ni entre les diverses impressions qu’ils doivent faire sur nous.

36. Se choquer de ce que le malade a la fièvre. Le médecin peut aussi avoir pitié de son malade, et il cherche à le soulager autant qu’il le peut.

37. Savoir profiter de la juste critique. C’est là une humilité qui est toujours bien difficile, même pour les simples particuliers ; mais pour un prince, il faut presque avoir une âme héroïque comme celle de Marc-Aurèle. En tout cas, il faut aimer la vérité comme bien peu d’hommes savent l’aimer. La raison d’ailleurs que donne Marc-Aurèle est très-solide ; et elle peut contribuer à apaiser l’amour-propre, qui se révolte toujours contre une rétractation. Voir plus haut, livre VI, § 21.

38. Aux atomes ou aux Dieux. C’est-à-dire à la matière ou à l’intelligence, à la force aveugle qui mène la nature, ou à la Providence divine ? Dans un cas, sa plainte est puérile ; et dans l’autre, elle est sacrilége. Voir plus haut, liv. IV, § 3, la même opposition entre les atomes et Dieu.

39. N’en sort pas pour cela. La chose est évidente de soi : car rien ne peut être anéanti, quoique tout se transforme.

40. Et ils ne s’en plaignent pas. Tandis que l’homme se plaint presque toujours, tant qu’il ne s’est pas rendu compte de sa nature et de sa destinée.

41. Tout a été fait en vue d’un certain résultat. Le grand principe des causes finales éclate dans l’homme lui-même bien plus encore que dans la nature. Il est de toute évidence que notre œil a été fait pour voir, notre oreille pour entendre, et que chacun de nos organes a son but spécial dont nous ne pouvons pas douter. Au contraire, les objets du dehors sont employés par nous selon leurs conditions et leurs aptitudes ; mais on ne peut pas dire aussi précisément en vue de quoi ils ont été faits. Le cheval est un admirable auxiliaire de l’homme ; mais on ne peut pas dire que le cheval ait été fait expressément pour devenir une monture, ni la vigne pour que nous en tirions une liqueur excellente. Cette incertitude n’existe pas en ce qui nous concerne directement ; et notre organisation si complexe et si merveilleuse est une preuve manifeste que nous portons sans cesse en nous-mêmes, indépendamment et au-dessus de toutes les œuvres extérieures.

42. Le soleil même te dira. Tournure d’un goût assez douteux. Voir plus haut, l. VII, § 68.

43. La nature se propose toujours un but. C’est le grand principe qu’Aristote a énoncé et justifié de toutes les manières : « La nature ne fait jamais rien en vain. »

44. Elle ressemble assez à un joueur de ballon. La comparaison n’est peut-être pas très-juste ; et il n’est pas possible de croire que la Providence se joue de ses créatures, comme le joueur s’amuse du ballon, qu’il pousse. Les créatures humaines sont autre chose, sans parler de tous les autres êtres. Marc-Aurèle le sait bien et il l’a dit souvent ; c’est la rhétorique qui l’emporte et l’égare un instant.

45. Retourne un peu le corps. L’idée de Corps n’est pas exprimée positivement dans le texte ; mais elle est évidemment sous-entendue.

46. Pour celui qui loue. Voir plus haut, liv. IV, § 35, la même pensée ; voir surtout liv. III, § 10, et liv. IV, § 3.

47. N’est qu’un point dans l’univers. On pouvait déjà faire cette très-juste remarque du temps de Marc-Aurèle ; mais à combien plus forte raison ne peut-on pas la faire aujourd’hui ! Notre terre se réduit chaque jour de toute l’immensité que nos sciences découvrent et agrandissent chaque jour dans l’univers. Notre terre ne perd rien pour cela de son importance relativement à nous ; mais elle en perd sans cesse relativement à l’ensemble dont elle fait partie. Voir plus haut, liv. VI, § 36.

48. Applique bien ton attention. Conseils excellents qui sont toujours de mise et dont chacun de nous peut faire l’application. Aucune école n’y a insisté plus que l’école stoïcienne. Mais ces conseils sont peut-être plus difficiles à observer de nos jours, où les devoirs de la société et la multiplicité des affaires nous laissent si peu de temps pour nous recueillir et nous observer nous-mêmes. Voir plus haut, liv. VII, § 30.

49. Un accident me survient-il. Voir, à la fin du liv. XII, la dernière pensée de Marc-Aurèle, qui exprime une profonde et suprême résignation à la volonté des Dieux.

50. Voilà ce qu’est la vie dans toutes ses parties. Ce tableau n’est pas juste, et la vie est encore autre chose qu’un ramas d’ordures. C’est à un accès de misanthropie que cède en ce moment Marc-Aurèle. Dans une foule d’autres passages, il a beaucoup mieux apprécié la vie, en en reconnaissant toute la grandeur, quand elle s’applique au bien, pour lequel nous sommes faits.

51. Tout objet, quel qu’il soit. Il y a des distinctions à faire, et Marc-Aurèle les a faites mille fois, en contredisant ce qu’il dit ici.

52. Vérus. C’est Lucius Vérus, frère adoptif de Marc-Aurèle, à qui il avait marié sa fille.

53. Lucille. Fille de Marc-Aurèle, femme de Lucius Vérus, associé à l’Empire.

54. Maximus. Sans doute, le Stoïcien, un des maîtres de Marc-Aurèle, et dont il a fait plus haut un magnifique éloge, liv. I, § 15.

55. Sécunda. Probablement femme de Maximus.

56. Diotimus… Épitynchanus. Tous deux inconnus. Diotimus est encore nommé un peu plus loin, § 37.

57. Antonin. L’Empereur et père adoptif de Marc-Aurèle, Voir plus haut, livre I, § 16, le portrait d’Antonin le Pieux.

58. Faustine. La première Faustine, femme d’Antonin.

59. Adrien. L’Empereur, qui avait adopté Antonin le Pieux.

60. Céler. Rhéteur illustre, qu’Antonin avait donné pour maître à Marc-Aurèle et à son frère. Au premier livre, Marc-Aurèle ne le cite pas parmi ses maîtres.

61. Charax. On ne connaît point ce philosophe ; peut-être le nom est-il altéré, comme l’ont cru quelques éditeurs.

62. Démétrius le Platonicien…. Eudémon. Ces deux personnages ne sont pas autrement connus.

63. Tout cela a vécu un jour. Cette tournure un peu dédaigneuse est dans le texte ; elle ne s’adresse pas aux personnes, mais à la fragilité des choses de ce monde.

64. S’éteigne. Ce serait le néant.

65. Ou se déplace. Ce serait l’immortalité.

66. Et qu’il aille recevoir ailleurs une autre vie. Nulle part plus nettement qu’ici, Marc-Aurèle n’a pressenti une autre vie et n’a paru accepter cette doctrine. En se rappelant quelle distance il met toujours entre l’âme et le corps, et quelle supériorité il donne à notre âme, on doit croire qu’il attribue aussi des destinées fort différentes aux deux éléments dont notre être est composé.

67. Le privilége de l’homme. Il est impossible de se faire de la nature humaine une idée plus vraie, plus haute, ni plus pratique.

68. De contempler la nature universelle. C’est le propre de la philosophie, qui puise dans l’étude des lois de l’univers une force nouvelle pour agir, comme il convient, dans la vie pratique. — Il faut lire dans Sénèque la préface des Questions naturelles, pour voir quelle haute idée le Stoïcisme s’était faite de la nature, de l’univers et de Dieu : « Oui, je rends surtout grâce à la nature lorsque, non content de ce qu’elle montre à tous les yeux, je pénètre dans ses plus secrets mystères ; lorsque je m’enquiers de quels éléments l’univers se compose ; quel en est l’architecte ou le conservateur ; ce que c’est que Dieu ; s’il est absorbé dans sa propre contemplation, ou s’il abaisse parfois sur nous ses regards, etc., etc. »

69. Trois relations que nous avons à soutenir. Cette doctrine est essentiellement spiritualiste ; et aujourd’hui, après tant de siècles, on ne saurait dire mieux, soit au nom de la philosophie, soit au nom de la religion.

70. Avec la cause divine. Qui a réglé l’ordre universel des choses, et, dans cet ordre, a compris ce qui regarde particulièrement chacune de ses créatures.

71. C’est à lui de le dire. Voir plus haut, livre VII, § 14, et liv. IV, § 7. Au premier coup d’œil, cette séparation si absolue de l’âme isolée de son enveloppe corporelle a quelque chose qui étonne. Rien n’est plus réel cependant, et, lorsque l’âme s’est habituée à rentrer en elle-même, comme le lui conseille le Stoïcisme, elle se comprend si bien dans cet isolement que c’est à peine si elle sait encore qu’elle est jointe à un autre principe. Platon déjà avait donné ces conseils, que l’école d’Alexandrie devait pousser jusqu’à l’extrême, en aboutissant à l’extase. L’école stoïcienne a été plus modérée que les ascètes de l’hellénisme ou que les ascètes chrétiens.

72. Son calme parfait et son absolue sérénité. Pour arriver à cet état d’ataraxie, il faut une grande énergie naturelle, et une longue et persévérante pratique. Ce n’est pas l’insensibilité que le Stoïcisme recommande, comme on le lui a reproché si souvent ; c’est la paix intérieure, qui permet à la raison d’exercer tout son empire.

73. Pas de mal qui soit assez puissant. Lorsque l’âme est absolument maîtresse d’elle-même.

74. Efface les impressions sensibles. Voir plus haut, liv. VII, § 29, la même pensée exprimée dans des termes presque identiques.

75. Par aucun trouble, quel qu’il soit. C’est un des premiers principes du Stoïcisme, si ce n’est peut-être le premier de tous. Être maître de soi avant tout, afin de se diriger comme on le doit.

76. Tu jouis de cette puissance supérieure. C’est le privilége de l’homme ; c’est l’attribut qui le fait proprement ce qu’il est, et qui lui permet de devenir tout ce qu’il doit être.

77. Soit dans le Sénat. C’est un conseil tout personnel que semble se donner l’Empereur ; mais cette recommandation peut s’adresser à toutes les conditions, depuis la plus haute jusqu’à la plus humble. Il n’y a jamais nécessité de parler avec violence, ni dans aucun lieu, ni à qui que ce soit. Mais, pour se régler avec tant de sagesse, il faut être complètement maître de son humeur ; et cette égalité de caractère, qui est un signe de grande politesse, ne s’obtient que par l’éducation et une discipline constante.

78. Sain et mesuré. Il n’y a que le premier mot dans le texte.

79. Vois la cour d’Auguste. Marc-Aurèle cite, en particulier, la cour d’Auguste, parce qu’elle était fort nombreuse, comme le prouve l’énumération seule qu’il en fait. L’exemple n’en est que plus frappant ; mais il le serait encore pour une société ou une famille plus restreinte.

80. La fin de tous les membres d’une famille. La réflexion est triste ; mais elle est la vérité même.

81. La famille de Pompée. Elle ne paraît pas avoir été aussi nombreuse que celle de César et d’Auguste.

82. Le dernier de sa race. Que d’exemples du même genre on rencontrerait dans nos cimetières !

83. Ordonner toutes les actions de ta vie une à une. Sous une autre forme, c’est le précepte déjà donné plusieurs fois, liv. II, § 5, liv. VI, § 2, et un peu plus haut, dans ce même liv. VIII, § 2.

84. Rien ne peut faire. Puissance souveraine de la volonté de l’homme et de son libre arbitre ; aucun obstacle du dehors ne peut prévaloir ; toute l’action est intérieure et ne dépend que de nous.

85. De bon cœur. C’est l’expression même du texte.

86. Une action nouvelle. La tienne propre, qui relève de toi seul, au lieu de l’action étrangère, qui peut relever d’une foule de causes, qui sont toutes hors de notre portée.

87. Que je viens de te recommander. Le texte n’est peut-être pas aussi précis. Voir plus bas, § 32, et plus haut, liv. IV, § 1.

88. Recevoir les choses… les perdre. Je n’ai pas voulu rendre cette pensée avec plus de précision ; le texte est très-concis ; et sans qu’il s’exprime assez clairement, il est possible qu’il s’agisse ici de la vie et de la mort. Jouis de l’une sans excès, et accepte l’autre sans murmure.

89. Une main, un pied ou une tête coupés. Image qui, au premier abord, ne laisse pas que de faire une singulière impression ; mais ce spectacle de corps mutilés et de carnages devait se renouveler assez souvent dans une existence toute militaire comme celle de Marc-Aurèle.

90. Qu’il s’isole volontairement. Voir plus haut, livre V, § 8, une pensée presque semblable, où l’homme qui résiste à l’ordre universel des choses est comparé à un abcès dans un corps sain.

91. L’honneur dont Dieu a gratifié l’homme. Nulle part Marc-Aurèle n’a montré mieux qu’ici les rapports qui unissent l’homme à Dieu, et la reconnaissance sans bornes que nous devons à l’auteur de notre être.

92. Libre de ne pas briser l’union. C’est la grandeur de l’homme pris dans toute sa pureté avant la faute.

93. Il lui a donné de pouvoir revenir. C’est le repentir après la chute, et la raison revenant à suivre et à aimer les lois dont elle s’était d’abord écartée.

94. Qu’il y occupait précédemment. Avant l’infraction à l’ordre universel des choses.

95. La nature universelle des êtres raisonnables. En d’autres termes, c’est Dieu et sa providence, qui a donné à l’homme une partie des facultés qu’il possède lui-même.

96. La nature de l’univers. L’expression du texte est encore plus vague.

97. À l’accomplissement de son premier dessein. Voir plus haut, § 32.

98. L’ensemble de ta vie. Ceci semble se rapporter plus particulièrement, au passé, de même que ce qui suit se rapporte davantage à l’avenir. La suite du paragraphe précise ce sens plus que ne le font les deux premières phrases.

99. T’occuper uniquement du présent. Il ne faudrait pas appliquer ce conseil à la rigueur, car ce serait renoncer à la fois et aux leçons de l’expérience que donne le passé, et aux prévisions que la prudence de l’homme essaie d’arracher à l’avenir.

100. De vraiment intolérable. Voir plus haut, liv. VII, § 64.

101. De t’avouer ta faiblesse. Le texte est moins précis ; mais le sens ne peut être douteux.

102. Le présent se réduit à bien peu de chose. Ceci n’est pas toujours vrai ; mais ce qui l’est, c’est que l’homme, fortifié par la sagesse, peut toujours résister et triompher moralement, si d’ailleurs son corps succombe à des causes irrésistibles et toutes physiques.

103. Panthée. Maîtresse de Lucius Vérus, qui l’avait ramenée de Smyrne à Rome, et qui la traitait en véritable impératrice, par le luxe sans bornes dont il l’entourait. Dans le dialogue intitulé « Les Portraits », Lucien fait de la beauté de Panthée une description enthousiaste. Voir ce dialogue, et ch. X particulièrement.

104. Pergame. Affranchi de Lucius Vérus.

105. Chabrias. Personnage inconnu.

106. Diotimus. Ce personnage, aussi inconnu que Chabrias, a déjà été nommé plus haut, § 25.

107. Y fussent-ils à demeure fixe. Comme des statues qui ornent un sarcophage.

108. Mauvaise odeur que tout cela. Peut-être ce ton d’ironie convient-il peu au caractère personnel de Marc-Aurèle, et en un pareil sujet. Voir plus haut, livre VI, § 13. Il faut préférer la solennité de Bossuet parlant de ce « je ne sais quoi, qui n’a plus de nom dans aucune langue ».

109. Dit le philosophe. Le texte a simplement : Dit-il. On ne sait pas de quel philosophe est cet adage ; c’est peut-être de Platon. D’ailleurs, le texte est altéré en cet endroit, et j’en ai tiré le sens qui paraît le plus vraisemblable. C’est celui que la plupart des traducteurs ont adopté.

110. Qui puisse supplanter la justice. Le mot du texte a la même valeur à peu près que celui de Supplanter dans notre langue. Seulement, on doit dire qu’une vertu ne peut pas en supplanter une autre ; elle s’y ajoute peut-être ; mais deux vertus ne peuvent pas être incompatibles entre elles ; la tempérance est au contraire incompatible avec le plaisir.

111. Si tu supprimes ton opinion. C’est une des théories les plus importantes du Stoïcisme, quoiqu’elle puisse à première vue sembler paradoxale. Ce serait aller trop loin de prétendre que nos maux n’ont que la réalité que notre jugement leur donne. Notre sensibilité, dont nous ne pouvons nous séparer, est là pour réclamer si haut qu’il nous faut bien l’entendre. Mais ce qui est vrai, c’est que la raison peut dominer la sensibilité, et parvenir, par un exercice persévérant, à lui imposer silence. L’imagination joue également un rôle dans presque tous les instants de notre vie ; elle simplifie ou diminue singulièrement nos biens et nos maux. C’est à la raison de restreindre l’imagination, et même de la supprimer tout à fait. Rien de toute cette lutte intérieure n’est impossible ; mais la nature a bien de la peine à se soumettre au joug de la raison. Voir plus haut, dans ce livre, § 28.

Droits et provenance

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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