Confucio

Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques

Lingua del testo
francese
Testo / traduzione
Guillaume Pauthier (1801–1873)
Edizione
1846

I testi storici possono usare ortografia o vocaboli antichi. L’edizione originale viene conservata: non è una nuova traduzione. Fonte ed edizione

Chapitre IV (continua)

4. Le Philosophe dit: Si la pensée est sincèrement dirigée vers les vertus de l'humanité, on ne commettra point d'actions vicieuses.

5. Le Philosophe dit: Les richesses et les honneurs sont l'objet du désir des hommes; si on ne peut les obtenir par des voies honnêtes et droites, il faut y renoncer. La pauvreté et une position humble ou vile sont l'objet de la haine et du mépris des hommes; si on ne peut en sortir par des voies honnêtes et droites, il faut y rester. Si l'homme supérieur abandonne les vertus de l'humanité, comment pourrait-il rendre sa réputation de sagesse parfaite? L'homme supérieur ne doit pas un seul instant[26] agir contrairement aux vertus de l'humanité. Dans les moments les plus pressés, comme dans les plus confus, il doit s'y conformer.

6. Le Philosophe dit: Je n'ai pas encore vu un homme qui aimât convenablement les hommes pleins d'humanité, qui eût une haine convenable pour les hommes vicieux et pervers. Celui qui aime les hommes pleins d'humanité ne met rien au-dessus d'eux; celui qui hait les hommes sans humanité pratique l'humanité; il ne permet pas que les hommes sans humanité approchent de lui.

Y a-t-il des personnes qui puissent faire un seul jour usage de toutes leurs forces pour la pratique des vertus de l'humanité? [S'il s'en est trouvé] je n'ai jamais vu que leurs forces n'aient pas été suffisantes [pour accomplir leur dessein], et, s'il en existe, je ne les ai pas encore vues.

7. Le Philosophe dit: Les fautes des hommes sont relatives à l'état de chacun. En examinant attentivement ces fautes, on arrivera à connaître si leur humanité était une véritable humanité.

8. Le Philosophe dit: Si le matin vous avez entendu la voix de la raison céleste, le soir vous pourrez mourir[27].

9. Le Philosophe dit: L'homme d'étude dont la pensée est dirigée vers la pratique de la raison, mais qui rougit de porter de mauvais vêtements et de se nourrir de mauvais aliments, n'est pas encore apte à entendre la sainte parole de la justice.

10. Le Philosophe dit: L'homme supérieur, dans toutes les circonstances de la vie, est exempt de préjugés et d'obstination; il ne se règle que d'après la justice.

11. Le Philosophe dit: L'homme supérieur fixe ses pensées sur la vertu; l'homme vulgaire les attache à la terre. L'homme supérieur ne se préoccupe que de l'observation des lois; l'homme vulgaire ne pense qu'aux profits.

12. Le Philosophe dit: Appliquez-vous uniquement aux gains et aux profits, et vos actions vous feront recueillir beaucoup de ressentiments.

13. Le Philosophe dit: L'on peut, par une réelle et sincère observation des rites, régir un royaume; et cela n'est pas difficile à obtenir. Si l'on ne pouvait pas, par une réelle et sincère observation des rites, régir un royaume, à quoi servirait de se conformer aux rites?

14. Le Philosophe dit: Ne soyez point inquiet de ne point occuper d'emplois publics; mais soyez inquiet d'acquérir les talents nécessaires pour occuper ces emplois. Ne soyez point affligé de ne pas encore être connu; mais cherchez à devenir digne de l'être.

15. Le Philosophe dit: San! (nom de Thsêng-tseu) ma doctrine est simple et facile à pénétrer. Thsêng-tseu répondit: Cela est certain.

Le Philosophe étant sorti, ses disciples demandèrent ce que leur maître avait voulu dire. Thsêng-tseu répondit: «La doctrine de notre maître consiste uniquement à avoir la droiture du cœur et à aimer son prochain comme soi-même[28].»

16. Le Philosophe dit: L'homme supérieur est influencé par la justice; l'homme vulgaire est influencé par l'amour du gain.

17. Le Philosophe dit: Quand vous voyez un sage, réfléchissez en vous-même si vous avez les mêmes vertus que lui. Quand vous voyez un pervers, rentrez en vous-même, et examinez attentivement votre conduite.

18. Le Philosophe dit: En vous acquittant de vos devoirs envers vos père et mère, ne faites que très-peu d'observations; si vous voyez qu'ils ne sont pas disposés à suivre vos remontrances, ayez pour eux les mêmes respects, et ne vous opposez pas à leur volonté; si vous éprouvez de leur part de mauvais traitements, n'en murmurez pas.

19. Le Philosophe dit: Tant que votre père et votre mère subsistent, ne vous éloignez pas d'eux; si vous vous éloignez, vous devez leur faire connaître la contrée où vous allez vous rendre.

20. Le Philosophe dit: Pendant trois années (depuis sa mort), ne vous écartez pas de la voie qu'a suivie votre père; votre conduite pourra être alors appelée de la piété filiale.

21. Le Philosophe dit: L'âge de votre père et de votre mère ne doit pas être ignoré de vous; il doit faire naître en vous, tantôt de la joie, tantôt de la crainte.

22. Le Philosophe dit: Les anciens ne laissaient point échapper de vaines paroles, craignant que leurs actions n'y répondissent point.

23. Le Philosophe dit: Ceux qui se perdent en restant sur leurs gardes sont bien rares!

24. Le Philosophe dit: L'homme supérieur aime à être lent dans ses paroles, mais rapide dans ses actions.

25. Le Philosophe dit: La vertu ne reste pas comme une orpheline abandonnée; elle doit nécessairement avoir des voisins.

26. Tseu-yeou dit: Si dans le service d'un prince il arrive de le blâmer souvent, on tombe bientôt en disgrâce. Si dans les relations d'amitié on blâme souvent son ami, on éprouvera bientôt son indifférence.

[24] Nous emploierons désormais ce terme pour rendre le caractère chinois jin, qui comprend toutes les vertus attachées à l'humanité.

[25] La même idée est exprimée presque avec les mêmes termes dans le Ta-hio, chap. X, paragr. 14.

[26] Littéralement: intervalle d'un repas.

[27] Le caractère Tao de cette admirable sentence, que nous avons traduit par voix de la raison divine, est expliqué ainsi par Tchou-hi: La raison ou le principe des devoirs dans les actions de la vie: sse we thang jan tchi li.

[28] En chinois, tchoung et chou. On croira difficilement que notre traduction soit exacte; cependant nous ne pensons pas que l'on puisse en faire une plus fidèle.

Chapitre V

COMPOSÉ DE 27 ARTICLES.

1. Le Philosophe dit que Kong-tchi-tchang (un de ses disciples) pouvait se marier, quoiqu'il fût dans les prisons, parce qu'il n'était pas criminel; et il se maria avec la fille du Philosophe.

Le Philosophe dit à Nan-young (un de ses disciples) que si le royaume était gouverné selon les principes de la droite raison, il ne serait pas repoussé des emplois publics; que si, au contraire, il n'était pas gouverné par les principes de la droite raison, il ne subirait aucun châtiment: et il le maria avec la fille de son frère aîné.

2. Le Philosophe dit que Tseu-tsien (un de ses disciples) était un homme d'une vertu supérieure. Si le royaume de Lou ne possédait aucun homme supérieur, où celui-ci aurait-il pris sa vertu éminente?

3. Tseu-koung fit une question en ces termes: Que pensez-vous de moi? Le Philosophe répondit: Vous êtes un vase.--Et quel vase? reprit le disciple.--Un vase chargé d'ornements[29], dit le Philosophe.

4. Quelqu'un dit que Young (un des disciples de KHOUNG-TSEU) était plein d'humanité, mais qu'il était dénué des talents de la parole. Le Philosophe dit: A quoi bon faire usage de la faculté de parler avec adresse? Les discussions de paroles que l'on a avec les hommes nous attirent souvent leur haine. Je ne sais pas s'il a les vertus de l'humanité; pourquoi m'informerais-je s'il sait parler avec adresse?

5. Le Philosophe pensait à faire donner à Tsi-tiao-kaï (un de ses disciples) un emploi dans le gouvernement. Ce dernier dit respectueusement à son maître: Je suis encore tout à fait incapable de comprendre parfaitement les doctrines que vous nous enseignez. Le Philosophe fut ravi de ces paroles.

6. Le Philosophe dit: La voie droite (sa doctrine) n'est point fréquentée. Si je me dispose à monter un bateau pour aller en mer, celui qui me suivra, n'est-ce pas Yeou (surnom de Tseu-lou)? Tseu-lou, entendant ces paroles, fut ravi de joie. Le Philosophe dit: Yeou, vous me surpassez en force et en audace, mais non en ce qui consiste à saisir la raison des actions humaines.

7. Meng-wou-pe (premier ministre du royaume de Lou) demanda si Tseu-lou était humain. Le Philosophe dit: Je l'ignore. Ayant répété sa demande, le Philosophe répondit: S'il s'agissait de commander les forces militaires d'un royaume de mille chars, Tseu-lou en serait capable; mais je ne sais pas quelle est son humanité.

--Et Kieou, qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Kieou? s'il s'agissait d'une ville de mille maisons, ou d'une famille de cent chars, il pourrait en être le gouverneur: je ne sais pas quelle est son humanité.

--Et Tchi (un des disciples de KHOUNG-TSEU), qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Tchi, ceint d'une ceinture officielle, et occupant un poste à la cour, serait capable, par son élocution fleurie, d'introduire et de reconduire les hôtes: je ne sais pas quelle est son humanité.

8. Le Philosophe interpella Tseu-koung, en disant: Lequel de vous, ou de Hoeï, surpasse l'autre en qualités? [Tseu-koung] répondit avec respect: Moi Sse, comment oserais-je espérer d'égaler seulement Hoeï? Hoeï n'a besoin que d'entendre une partie d'une chose pour en comprendre de suite les dix parties; moi Sse, d'avoir entendu cette seule partie, je ne puis en comprendre que deux [sur dix].

Le Philosophe dit: Vous ne lui ressemblez pas; je vous accorde que vous ne lui ressemblez pas.

9. Tsaï-yu se reposait ordinairement sur un lit pendant le jour. Le Philosophe dit: Le bois pourri ne peut être sculpté; un mur de boue ne peut être blanchi; à quoi servirait-il de réprimander Yu?

Le Philosophe dit: Dans le commencement de mes relations avec les hommes, j'écoutais leurs paroles, et je croyais qu'ils s'y conformaient dans leurs actions. Maintenant, dans mes relations avec les hommes, j'écoute leurs paroles, mais j'examine leurs actions. Tsaï-yu a opéré en moi ce changement.

10. Le Philosophe dit: Je n'ai pas encore vu un homme qui fût inflexible dans ses principes. Quelqu'un lui répondit avec respect: Et Chin-tchang? Le Philosophe dit: Chang est adonné au plaisir; comment serait-il inflexible dans ses principes?

11. Tseu-koung dit: Ce que je ne désire pas que les hommes me fassent, je désire également ne pas le faire aux autres hommes. Le Philosophe dit: Sse, vous n'avez pas encore atteint ce point de perfection.

12. Tseu-koung dit: On peut souvent entendre parler notre maître sur les qualités et les talents nécessaires pour faire un homme parfaitement distingué; mais il est bien rare de l'entendre discourir sur la nature de l'homme et sur la raison céleste.

13. Tseu-lou avait entendu (dans les enseignements de son maître) quelque maxime morale qu'il n'avait pas encore pratiquée; il craignait d'en entendre encore de semblables.

14. Tseu-koung fit une question en ces termes: Pourquoi Khoung-wen-tseu est-il appelé lettré, ou d'une éducation distinguée (wen)? Le Philosophe dit: Il est intelligent, et il aime l'étude; il ne rougit pas d'interroger ses inférieurs (pour en recevoir d'utiles informations); c'est pour cela qu'il est appelé lettré ou d'une éducation distinguée.

15. Le Philosophe dit que Tseu-tchan (grand de l'Etat de Tching) possédait les qualités, au nombre de quatre, d'un homme supérieur; ses actions étaient empreintes de gravité et de dignité; en servant son supérieur, il était respectueux; dans les soins qu'il prenait pour la subsistance du peuple, il était plein de bienveillance et de sollicitude; dans la distribution des emplois publics, il était juste et équitable.

16. Le Philosophe dit: Ngan-ping-tchoung (grand de l'Etat de Thsi) savait se conduire parfaitement dans ses relations avec les hommes; après un long commerce avec lui, les hommes continuaient à le respecter.

17. Le Philosophe dit: Tchang-wen-tchoung (grand du royaume de Lou) logea une grande tortue dans une demeure spéciale, dont les sommités représentaient des montagnes, et les poutres des herbes marines. Que doit-on penser de son intelligence?

18. Tseu-tchang fit une question en ces termes: Le mandarin Tseu-wen fut trois fois promu aux fonctions de premier ministre (ling-yin) sans manifester de la joie, et il perdit par trois fois cette charge sans montrer aucun regret. Comme ancien premier ministre, il se fit un devoir d'instruire de ses fonctions le nouveau premier ministre. Que doit-on penser de cette conduite? Le Philosophe dit qu'elle fut droite et parfaitement honorable. [Le disciple] reprit: Etait-ce de l'humanité? [Le Philosophe] répondit: Je ne le sais pas encore: pourquoi [dans sa conduite toute naturelle] vouloir trouver la grande vertu de l'humanité?

Tsouï-tseu (grand du royaume de Thsi), ayant assassiné le prince de Thsi, Tchin-wen-tseu (également grand dignitaire, ta-fou, de l'Etat de Thsi), qui possédait dix quadriges (ou quarante chevaux de guerre), s'en défit, et se retira dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Il s'éloigna de là, et se rendit dans un autre royaume. Lorsqu'il y fut arrivé, il dit encore: «Ici aussi il y a des grands comme notre Tsouï-tseu.» Et il s'éloigna de nouveau. Que doit-on penser de cette conduite? Le Philosophe dit: Il était pur.--Etait-ce de l'humanité? [Le Philosophe] dit: Je ne le sais pas encore; pourquoi [dans sa conduite toute naturelle] vouloir trouver la grande vertu de l'humanité?

19. Ki-wen-tseu (grand du royaume de Lou) réfléchissait trois fois avant d'agir. Le Philosophe ayant entendu ces paroles, dit: Deux fois peuvent suffire.

20. Le Philosophe dit: Ning-wou-tseu (grand de l'Etat de Weï), tant que le royaume fut gouverné selon les principes de la droite raison, affecta de montrer sa science; mais, lorsque le royaume ne fut plus dirigé par les principes de la droite raison, alors il affecta une grande ignorance. Sa science peut être égalée; sa [feinte] ignorance ne peut pas l'être.

21. Le Philosophe étant dans l'Etat de Tchin s'écria: Je veux m'en retourner! je veux m'en retourner! les disciples que j'ai dans mon pays ont de l'ardeur, de l'habileté, du savoir, des manières parfaites; mais ils ne savent pas de quelle façon ils doivent se maintenir dans la voie droite.

22. Le Philosophe dit: Pe-i et Chou-tsi[30] ne pensent point aux fautes que l'on a pu commettre autrefois [si l'on a changé de conduite]; aussi il est rare que le peuple éprouve des ressentiments contre eux.

23. Le Philosophe dit: Qui peut dire que Weï-sang-kao était un homme droit? Quelqu'un lui ayant demandé du vinaigre, il alla en chercher chez son voisin pour le lui donner.

24. Le Philosophe dit: Des paroles fleuries, des manières affectées, et un respect exagéré, voilà ce dont Tso-kieou-ming rougit. Moi KHIEOU (petit nom du Philosophe) j'en rougis également. Cacher dans son sein de la haine et des ressentiments en faisant des démonstrations d'amitié à quelqu'un, voilà ce dont Tso-kieou-ming rougit. Moi KHIEOU, j'en rougis également.

25. Yen-youan et Ki-lou étant à ses côtés, le Philosophe leur dit: Pourquoi l'un et l'autre ne m'exprimez-vous pas votre pensée? Tseu-lou dit: Moi, je désire des chars, des chevaux, des pelisses fines et légères, pour les partager avec mes amis. Quand même ils me les prendraient, je n'en éprouverais aucun ressentiment.

Yen-youan dit: Moi, je désire de ne pas m'enorgueillir de ma vertu ou de mes talents, et de ne pas répandre le bruit de mes bonnes actions.

Tseu-lou dit: Je désirerais entendre exprimer la pensée de notre maître. Le Philosophe dit: Je voudrais procurer aux vieillards un doux repos; aux amis et à ceux avec lesquels on a des relations, conserver une fidélité constante; aux enfants et aux faibles, donner des soins tout maternels[31].

26. Le Philosophe dit: Hélas! je n'ai pas encore vu un homme qui ait pu apercevoir ses défauts et qui s'en soit blâmé intérieurement.

27. Le Philosophe dit: Dans un village de dix maisons, il doit y avoir des hommes aussi droits, aussi sincères que KHIEOU (lui-même); mais il n'y en a point qui aiment l'étude comme lui.

[29] Vase hou-lien, richement orné, dont en faisait usage pour mettre le grain dans le temple des ancêtres. On peut voir les nos. 21, 22, 23 (45e planche) des vases que l'auteur de cette traduction a fait graver, et publier dans le 1er volume de sa Description historique, géographique et littéraire de l'empire de la Chine; Paris, F. Didot, 1837.

[30] Deux fils du prince Kou-tchou.

[31] «Laissez venir à moi les petits enfants.» (Évangile.)

Chapitre VI

COMPOSÉ DE 28 ARTICLES.

1. Le Philosophe dit: Young peut remplir les fonctions de celui qui se place sur son siège, la face tournée vers le midi (c'est-à-dire gouverner un État).

Tchoung-koung (Young) dit: Et Tsang-pe-tseu? Le Philosophe dit: Il le peut; il a le jugement libre et pénétrant.

Tchoung-koung dit: Se maintenir toujours dans une situation digne de respect, et agir d'une manière grande et libérale dans la haute direction des peuples qui nous sont confiés, n'est-ce pas là aussi ce qui rend propre à gouverner? Mais si on n'a que de la libéralité, et que toutes ses actions répondent à cette disposition de caractère, n'est-ce pas manquer des conditions nécessaires et ne posséder que l'excès d'une qualité?

Le Philosophe dit: Les paroles de Young sont conformes à la raison.

2. Ngaï-kong demanda quel était celui des disciples du Philosophe qui avait le plus grand amour de l'étude.

KHOUNG-TSEU répondit avec déférence: Il y avait Yan-hoeï qui aimait l'étude avec passion; il ne pouvait éloigner de lui l'ardent désir de savoir; il ne commettait pas deux fois la même faute. Malheureusement sa destinée a été courte, et il est mort jeune. Maintenant il n'est plus[32]! je n'ai pas appris qu'un autre eût un aussi grand amour de l'étude.

3. Tseu-hoa ayant été envoyé (par le Philosophe) dans le royaume de Tchi, Yan-tseu demanda du riz pour la mère de Tseu-hoa, qui était momentanément privée de la présence de son fils. Le Philosophe dit: Donnez-lui-en une mesure. Le disciple en demanda davantage. Donnez-lui-en une mesure et demie, répliqua-t-il. Yan-tseu lui donna cinq ping de riz (ou huit mesures).

Le Philosophe dit: Tchi (Tseu-hoa), en se rendant dans l'État de Thsi, montait des chevaux fringants, portait des pelisses fines et légères; j'ai toujours entendu dire que l'homme supérieur assistait les nécessiteux, et n'augmentait pas les richesses du riche.

Youan-sse (un des disciples du Philosophe) ayant été fait gouverneur d'une ville, on lui donna neuf cents mesures de riz pour ses appointements. Il les refusa.

Le Philosophe dit: Ne les refusez pas; donnez-les aux habitants des villages voisins de votre demeure.

4. Le Philosophe, interpellant Tchoung-koung, dit: Le petit d'une vache de couleur mêlée, qui aurait le poil jaune et des cornes sur la tête, quoiqu'on puisse désirer ne l'employer à aucun usage, [les génies] des montagnes et des rivières le rejetteraient-ils?

5. Le Philosophe dit: Quant à Hoeï, son cœur pendant trois mois ne s'écarta point de la grande vertu de l'humanité. Les autres hommes agissent ainsi pendant un jour ou un mois; et voilà tout!

6. Ki-kang-tseu demanda si Tchoung-yeou pourrait occuper un emploi supérieur dans l'administration publique. Le Philosophe dit: Yeou est certainement propre à occuper un emploi dans l'administration publique; pourquoi ne le serait-il pas?--Il demanda ensuite: Et Sse est-il propre à occuper un emploi supérieur dans l'administration publique?--Sse a un esprit pénétrant, très-propre à occuper un emploi supérieur dans l'administration publique; pourquoi non?--Il demanda encore: Kieou est-il propre à occuper un emploi supérieur dans l'administration publique?--Kieou, avec ses talents nombreux et distingués, est très-propre à occuper un emploi supérieur dans l'administration publique; pourquoi non?

7. Ki-chi envoya un messager à Min-tseu-kien (disciple de KHOUNG-TSEU), pour lui demander s'il voudrait être gouverneur de Pi. Min-tseu-kien répondit: Veuillez remercier pour moi voire maître; et s'il m'envoyait de nouveau un messager, il me trouverait certainement établi sur les bords de la rivière Wan (hors de ses États).

8. Pe-nieou (disciple de KHOUING-TSEU) étant malade, le Philosophe demanda à le voir. Il lui prit la main à travers la croisée, et dit: Je le perds! c'était la destinée de ce jeune homme qu'il eut cette maladie; c'était la destinée de ce jeune homme qu'il eût cette maladie!

9. Le Philosophe dit: O qu'il était sage, Hoeï! il avait un vase de bambou pour prendre sa nourriture, une coupe pour boire, et il demeurait dans l'humble réduit d'une rue étroite et abandonnée; un autre homme que lui n'aurait pu supporter ses privations et ses souffrances. Cela ne changeait pas cependant la sérénité de Hoeï: ô qu'il était sage, Hoeï!

10. Yan-kieou dit: Ce n'est pas que je ne me plaise dans l'étude de votre doctrine, maître; mais mes forces sont insuffisantes. Le Philosophe dit: Ceux dont les forces sont insuffisantes font la moitié du chemin et s'arrêtent; mais vous, vous manquez de bonne volonté.

11. Le Philosophe, interpellant Tseu-hia, lui dit: Que votre savoir soit le savoir d'un homme supérieur, et non celui d'un homme vulgaire.

12. Lorsque Tseu-yeou était gouverneur de la ville de Wou, le Philosophe lui dit: Avez-vous des hommes de mérite? Il répondit: Nous avons Tan-taï, surnommé Mie-ming, lequel en voyageant ne prend point de chemin de traverse, et qui, excepté lorsqu'il s'agit d'affaires publiques, n'a jamais mis les pieds dans la demeure de Yen (Tseu-yeou).

13. Le Philosophe dit: Meng-tchi-fan (grand de l'État de Lou) ne se vantait pas de ses belles actions. Lorsque l'armée battait en retraite, il était à l'arrière-garde; mais lorsqu'on était près d'entrer en ville, il piquait son cheval et disait: Ce n'est pas que j'aie eu plus de courage que les autres pour rester en arrière; mon cheval ne voulait pas avancer.

14. Le Philosophe dit: Si l'on n'a pas l'adresse insinuante de To, intendant du temple des ancêtres, et la beauté de Soung-tchao, il est difficile, hélas! d'avancer dans le siècle où nous sommes.

15. Le Philosophe dit: Comment sortir d'une maison sans passer par la porte? pourquoi donc les hommes ne suivent-ils pas la droite voie?

16. Le Philosophe dit: Si les penchants naturels de l'homme dominent son éducation, alors ce n'est qu'un rustre grossier; si, au contraire, l'éducation domine les penchants naturels de l'homme [dans lesquels sont compris la droiture, la bonté de cœur, etc.], alors ce n'est qu'un homme politique. Mais lorsque l'éducation et les penchants naturels sont dans d'égales proportions, ils forment l'homme supérieur.

17. Le Philosophe dit: La nature de l'homme est droite; si cette droiture du naturel vient à se perdre pendant la vie, on a repoussé loin de soi tout bonheur.

18. Le Philosophe dit: Celui qui connaît les principes de la droite raison n'égale pas celui qui les aime; celui qui les aime n'égale pas celui qui en fait ses délices et les pratique.

19. Le Philosophe dit: Les hommes au-dessus d'une intelligence moyenne peuvent être instruits dans les plus hautes connaissances du savoir humain; les hommes au-dessous d'une intelligence moyenne ne peuvent pas être instruits des hautes connaissances du savoir humain.

20. Fan-tchi demanda ce que c'était que le savoir. Le Philosophe dit: Employer toutes ses forces pour faire ce qui est juste et convenable aux hommes; révérer les esprits et les génies, et s'en tenir toujours à la distance qui leur est due: voilà ce que l'on peut appeler savoir. Il demanda ce que c'était que l'humanité. L'humanité [dit le Philosophe], c'est ce qui est d'abord difficile à pratiquer, et que l'on peut cependant acquérir par beaucoup d'efforts: voilà ce qui peut être appelé humanité.

21. Le Philosophe dit: L'homme instruit est [comme] une eau limpide qui réjouit; l'homme humain est [comme] une montagne qui réjouit. L'homme instruit a en lui un grand priucipe de mouvement, l'homme humain un principe de repos. L'homme instruit a en lui des motifs instantanés de joie; l'homme humain a pour lui l'éternité.

22. Le Philosophe dit: L'État de Thsi, par un changement ou une révolution, arrivera à la puissance de l'Etat de Lou; l'Etat de Lou, par une révolution, arrivera au gouvernement de la droite raison.

23. Le Philosophe dit: Lorsqu'une coupe à anses a perdu ses anses, est-ce encore une coupe à anses, est-ce encore une coupe à anses?

24. Tsaï-ngo fit une question en ces termes: Si un homme plein de la vertu de l'humanité se trouvait interpellé en ces mots: «Un homme est tombé dans un puits,» pratiquerait-il la vertu de l'humanité, s'il l'y suivait? Le Philosophe dit: Pourquoi agirait-il ainsi? Dans ce cas, l'homme supérieur doit s'éloigner; il ne doit pas se précipiter lui-même dans le puits; il ne doit point s'abuser sur l'étendue du devoir, qui ne l'oblige point à perdre la vie [pour agir contrairement aux principes de la raison].

25. Le Philosophe dit: L'homme supérieur doit appliquer toute son étude à former son éducation, à acquérir des connaissances; il doit attacher une grande importance aux rites ou usages prescrits. En agissant ainsi, il pourra ne pas s'écarter de la droite raison.

26. Le Philosophe ayant fait une visite à Nan-tseu (femme de Ling-koung, prince de l'Etat de Weï), Tseu-lou n'en fut pas satisfait. KHOUNG-TSEU s'inclina en signe de résignation, et dit: «Si j'ai mal agi, que le ciel me rejette, que le ciel me rejette.»

27. Le Philosophe dit: L'invariabilité dans le milieu est ce qui constitue la vertu; n'en est-ce pas le faite même? Les hommes rarement y persévèrent.

28. Tseu-koung dit: S'il y avait un homme qui manifestât une extrême bienveillance envers le peuple, et ne s'occupât que du bonheur de la multitude, qu'en faudrait-il penser? pourrait-on l'appeler homme doué de la vertu de l'humanité? Le Philosophe dit: Pourquoi se servir [pour le qualifier] du mot humanité? ne serait-il pas plutôt un saint? Yao et Chun sembleraient même bien au-dessous de lui.

L'homme qui a la vertu de l'humanité désire s'établir lui-même, et ensuite établir les autres hommes; il désire connaître les principes des choses, et ensuite les faire connaître aux autres hommes.

Avoir assez d'empire sur soi-même pour juger des autres par comparaison avec nous, et agir envers eux comme nous voudrions que l'on agît envers nous-même, c'est ce que l'on peut appeler la doctrine de l'humanité; il n'y a rien au delà.

[32] Yan-hoeï mourut à trente-deux ans.

Chapitre VII

COMPOSÉ DE 37 ARTICLES.

1. Le Philosophe dit: Je commente, j'éclaircis (les anciens ouvrages), mais je n'en compose pas de nouveaux. J'ai foi dans les anciens, et je les aime; j'ai la plus haute estime pour notre Lao-pang[33].

2. Le Philosophe dit: Méditer en silence et rappeler à sa mémoire les objets de ses méditations; se livrer à l'étude, et ne pas se rebuter; instruire les hommes, et ne pas se laisser abattre: comment parviendrai-je à posséder ces vertus?

3. Le Philosophe dit: La vertu n'est pas cultivée; l'étude n'est pas recherchée avec soin; si l'on entend professer des principes de justice et d'équité, on ne veut pas les suivre; les méchants et les pervers ne veulent pas se corriger: voilà ce qui fait ma douleur!

4. Lorsque le Philosophe se trouvait chez lui, sans préoccupation d'affaires, que ses manières étaient douces et persuasives! que son air était affable et prévenant!

5. Le Philosophe dit: O combien je suis déchu de moi-même! depuis longtemps, je n'ai plus vu en songe Tcheou-koung[34].

6. Le Philosophe dit: Que la pensée soit constamment fixée sur les principes de la droite voie;

Que l'on tende sans cesse à la vertu de l'humanité;

Que l'on s'applique, dans les moments de loisir, à la culture des arts[35].

7. Le Philosophe dit: Dès l'instant qu'une personne est venue me voir, et m'a offert les présents d'usage[36], je n'ai jamais manqué de l'instruire.

8. Le Philosophe dit: Si un homme ne fait aucun effort pour développer son esprit, je ne le développerai point moi-même. Si un homme ne veut faire aucun usage de sa faculté de parler, je ne pénétrerai pas le sens de ses expressions; si, après avoir fait connaître l'angle d'un carré, on ne sait pas la dimension des trois autres angles, alors je ne renouvelle pas la démonstration.

9. Quand le Philosophe se trouvait à table avec une personne qui éprouvait des chagrins de la perte de quelqu'un, il ne pouvait manger pour satisfaire son appétit. Le Philosophe, dans ce jour (de deuil) se livrait lui-même à la douleur, et il ne pouvait chanter.

Diritti e provenienza

Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.

Texte historique dans le domaine public en France. Source et conditions Project Gutenberg conservées.

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