Confucio

Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques

Lingua del testo
francese
Testo / traduzione
Guillaume Pauthier (1801–1873)
Edizione
1846

I testi storici possono usare ortografia o vocaboli antichi. L’edizione originale viene conservata: non è una nuova traduzione. Fonte ed edizione

Chapitre XIII (continua)

Il poursuivit ainsi: Ceux qui sont de nos jours à la tête de l'administration publique, quels hommes sont-ils?

Le Philosophe dit: Hélas! ce sont des hommes de la même capacité que le boisseau nommé téou et la mesure nommée chao. Comment seraient-ils dignes d'être comptés?

21. Le Philosophe dit: Je ne puis trouver des hommes qui marchent dans la voie droite, pour leur communiquer la doctrine; me faudra-t-il recourir à des hommes qui aient les projets élevés et hardis, mais qui manquent de résolution pour exécuter, ou, à défaut de science, doués d'un caractère persévérant et ferme? Les hommes aux projets élevés et hardis, mais qui manquent de résolution pour exécuter, en avançant dans la voie droite, prennent, pour exemple à suivre, les actions extraordinaires des grands hommes; les hommes qui n'ont qu'un caractère persévérant et ferme s'abstiennent au moins de pratiquer ce qui dépasse leur raison.

22. Le Philosophe dit: Les hommes des provinces méridionales ont un proverbe ainsi conçu: «Un homme qui n'a point de persévérance n'est capable ni d'exercer l'art de la divination, ni celui de la médecine.» Ce proverbe est parfaitement juste.

«Celui qui ne persévère pas dans sa vertu éprouvera quelque honte.» [Y-king.]

Le Philosophe dit: Celui qui ne pénètre pas le sens de ces paroles n'est propre à rien.

23. L'homme supérieur vit en paix avec tous les hommes, sans toutefois agir absolument de même.

L'homme vulgaire agit absolument de même, sans toutefois s'accorder avec eux.

24. Tseu-koung fit une question en ces termes: Si tous les hommes de son village chérissent quelqu'un, qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Cela ne suffit pas pour porter sur lui un jugement équitable.--Si tous les hommes de son village haïssent quelqu'un, qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Cela ne suffit pas pour porter sur lui un jugement équitable. Ce serait, bien différent si les hommes vertueux d'entre les habitants de ce village le chérissaient, et si les hommes vicieux de ce même village le haïssaient.

25. Le Philosophe dit: L'homme supérieur est facilement servi, mais difficilement satisfait. Si on tâche de lui déplaire par des moyens contraires à la droite raison, il n'est point satisfait. Dans l'emploi qu'il fait des hommes, il mesure leur capacité [il les emploie selon leur capacité]. L'homme vulgaire est difficilement servi et facilement satisfait. Si on tâche de lui plaire, quoique ce soit par des moyens contraires à la raison, il est également satisfait. Dans l'emploi qu'il fait des hommes il ne cherche que son avantage personnel.

26. Le Philosophe dit: L'homme supérieur, s'il se trouve dans une haute position, ne montre point de faste et d'orgueil; l'homme vulgaire montre du faste et de l'orgueil, sans être dans une position élevée.

27. Le Philosophe dit: L'homme qui est ferme, patient, simple et naturel, sobre en paroles, approche beaucoup de la vertu de l'humanité.

28. Tseu-lou fit une question en ces termes: A quelles conditions un homme peut-il être appelé lettré du premier ordre, ou homme d'État? Le Philosophe dit: Rechercher le vrai avec sincérité, exposer le résultat de ses recherches ou de ses informations avec la même sincérité; avoir toujours un air affable et prévenant: voilà ce que l'on peut appeler les conditions d'un lettré de premier ordre. Les amis et les connaissances doivent être traités avec sincérité et franchise; les frères, avec affabilité et prévenance.

29. Le Philosophe dit: Si un homme vertueux instruisait le peuple pendant sept ans, il pourrait le rendre habile dans l'art militaire.

30. Le Philosophe dit: Employer à l'armée des populations non instruites dans l'art militaire, c'est les livrer à leur propre perte.

[14] Ces deux maximes sont exprimées dans le texte par quatre caractères: sian-tchi, lâo-tchî; PRÆEAS EO, LABORES EO.

[15] Un laps de temps de trente années. (TCHOU-HI.)

[16] Wêï kiùn, nân; wêï tchin, pòu ì: agere principem, difficile; agere ministrum, non facile.

Chapitre XIV

COMPOSÉ DE 47 ARTICLES.

1. Hien[17] demanda ce que c'était que la honte. Le Philosophe dit: Quand l'État est gouverné par les principes de la droite raison, recevoir des émoluments[18]; quand l'État n'est pas gouverné par les principes de la droite raison, recevoir également des émoluments: c'est là de la honte.

2.--Aimer à dompter son désir de combattre, et ne pas satisfaire ses ressentiments, ni ses penchants avides; cela ne peut-il pas être considéré comme la vertu de l'humanité?

Le Philosophe dit: Si cela peut être considéré comme difficile, comme la vertu de l'humanité, c'est ce que je ne sais pas.

3. Le Philosophe dit: Si un lettré aime trop l'oisiveté et le repos de sa demeure, il n'est pas digne d'être considéré comme lettré.

4. Le Philosophe dit: Si l'État est gouverné par les principes de la droite raison, parlez hautement et dignement, agissez hautement et dignement. Si l'État n'est pas gouverné par les principes de la droite raison, agissez toujours hautement et dignement, mais parlez avec mesure et précaution.

5. Le Philosophe dit: Celui qui a des vertus doit avoir la faculté de s'exprimer facilement; celui qui a la faculté de s'exprimer facilement ne doit pas nécessairement posséder ces vertus. Celui qui est doué de la vertu de l'humanité doit posséder le courage viril; celui qui est doué du courage viril ne possède pas nécessairement la vertu de l'humanité.

6. Nan-koung-kouo questionna KHOUNG-TSEU en ces termes: Y savait parfaitement tirer de l'arc; Ngao savait parfaitement conduire un navire, même dans un bassin à sec. L'un et l'autre cependant ne trouvèrent-ils pas la mort? Yu et Tsie labouraient la terre de leur propre personne, et cependant ils obtinrent l'empire. Le maître ne répondit point. Nan-koung-kouo sortit. Le Philosophe dit: C'est un homme supérieur que cet homme-là! comme il sait admirablement rehausser la vertu!

7. Le Philosophe dit: Il y a eu des hommes supérieurs qui n'étaient pas doués de la vertu de l'humanité; mais il n'y a pas encore eu d'homme sans mérite qui fût doué de la vertu de l'humanité.

8. Le Philosophe dit: Si l'on aime bien, ne peut-on pas aussi bien châtier[19]? Si l'on a de la droiture et de la fidélité, ne peut-on pas faire des remontrances?

9. Le Philosophe dit: S'il fallait rédiger les documents d'une mission officielle, Pi-chin en traçait le plan et les esquissait; Chi-chou les examinait attentivement et y plaçait les dits des anciens; l'ambassadeur chargé de remplir la mission, Tseu-yu, corrigeait le tout; Tseu-tchan, de Thoung-li, y ajoutait les divers ornements du style.

10. Quelqu'un demanda quel était Tseu-tchan? Le Philosophe dit: C'était un homme bienfaisant.

On demanda aussi quel était Tseu-si? [Le Philosophe] dit: Celui-là? celui-là? [cette question est déplacée].

On demanda quel était Kouan-tchoung? Il dit: C'est un homme qui avait enlevé à Pe-chi[20] un fief de trois cents familles. [Cependant ce dernier] se nourrissant d'aliments grossiers, ne laissa échapper jusqu'à la fin de ses jours aucune parole de ressentiment ou d'indignation.

11. Le Philosophe dit: Il est difficile d'être pauvre, et de n'éprouver aucun ressentiment; il est facile en comparaison d'être riche, et de ne pas s'en enorgueillir.

12. Le Philosophe dit: Meng-kong-tcho (grand fonctionnaire du royaume de Lou) est très-propre à être le premier intendant des familles Tchao et Weï[21]; mais il n'est pas capable d'être grand fonctionnaire des petits États de Ting et de Sie.

13. Tseu-lou demanda en quoi consistait l'homme accompli. Le Philosophe répondit: S'il réunit la science de Wou-tchoung[22], la modération de Kong-tcho[22b], la force virile de Tchouang-tseu de Pian[23], l'habileté dans les arts de Jen-khieou; si, outre cela, il est versé dans la connaissance des rites et de la musique, il peut être considéré comme un homme accompli.

Il ajouta: Qu'est-il besoin que l'homme accompli de nos jours soit tel qu'il vient d'être décrit? Si, en voyant un profit à obtenir, il pense à la justice; si, en voyant un danger, il dévoue sa vie; si, lorsqu'il s'agit d'anciens engagements, il n'oublie pas les paroles de ses jours d'autrefois, il pourra aussi être considéré comme un homme accompli.

14. Le Philosophe questionna Kong-ming, surnommé Kia[24], sur Kong-tcho-wen-tseu[25], en ces termes: Faut-il le croire? on dit que votre maître ne parle pas, ne rit pas, et n'accepte rien de personne?

Kong-ming-kia répondit avec respect: Ceux qui ont rapporté cela vont trop loin. Mon maître parle en temps opportun; il ne fatigue pas les autres de ses discours. Quand il faut être joyeux, il rit; mais il ne fatigue pas les autres de sa gaîté. Quand cela est juste, il reçoit ce qu'on lui offre; mais on n'est pas fatigué de sa facilité à recevoir. Le Philosophe dit: Il se comporte ainsi! commeut se peut-il comporter ainsi!

15. Le Philosophe dit: Tsang-wou-tchoung cherchait à obtenir du prince de Lou que sa postérité eût toujours la terre de Fang en sa possession. Quoiqu'il eût dit qu'il ne voulait pas l'exiger de son prince, je n'ajoute pas foi à ses paroles.

16. Le Philosophe dit: Wen-kong, prince de Tçin, était un fourbe sans droiture; Wan-kong, prince de Thsi, était un homme droit sans fourberie.

17. Tseu-lou dit: Wan-kong tua Kong-tseu-kieou. Tchao-hoü mourut avec lui; Kouan-tchoung ne mourut pas: ne doit-on pas dire qu'il a manqué de la vertu de l'humanité?

Le Philosophe dit: Wan-kong réunit et pacifia tous les grands de l'État, sans recourir à la force des armes; ce résultat fut dû à l'habileté de Kouan-tchoung: quel est celui dont l'humanité peut égaler la sienne!

18. Tseu-koung dit: Kouan-tchoung n'était pas dénué de la vertu de l'humanité. Lorsque Wan-kong tua Kong-tseu-kieou, [Kouan-tchoung, son ministre] ne sut pas mourir; mais il aida le meurtrier dans ses entreprises.

Le Philosophe dit: Kouan-tchoung aida Wan-kong à soumettre les grands de tous les ordres, à remettre de l'unité et de l'ordre dans l'empire. Le peuple, jusqu'à nos jours, a conservé les bienfaits de son administration. Sans Kouan-tchoung j'aurais les cheveux rasés, et ma robe suspendue en nœuds à mon côté gauche [selon la coutume des barbares][26].

Pourquoi [Kouan-tchoung], comme un homme ou une femme vulgaire, aurait-il accompli le devoir d'une médiocre fidélité, en s'étranglant ou en se jetant dans un fossé plein d'eau, sans laisser un souvenir dans la mémoire des hommes[27]!

19. L'intendant de Kong-tcho-wen-tseu, étant devenu ministre par le choix et avec l'appui de ce grand dignitaire, se rendit avec lui à la cour du prince. Le Philosophe ayant appris ce fait, dit: Il était digne par ses vertus et ses connaissances d'être considéré comme paré des ornements de l'éducation (wen).

20. Le Philosophe ayant dit que Ling-kong, prince de Weï, était sans principes, Khang-tseu observa que s'il en était ainsi, pourquoi n'avait-il pas été privé de sa dignité?

KHOUNG-TSEU dit: Tchoung-cho-yu préside à la réception des hôles et des étrangers; Chou-to préside aux cérémonies du temple des ancêtres; Wang-sun-kia préside aux affaires militaires: cela étant ainsi, pourquoi l'aurait-on privé de sa dignité?

21. Le Philosophe dit: Celui qui parle sans modération et sans retenue met difficilement ses paroles en pratique.

22. Tchin-tching-tseu (grand de l'État de Thsi) mit à mort Kien-kong (prince de Thsi).

KHOUNG-TSEU se purifia le corps par un bain, et se rendit à la cour (de Lou), où il annonça l'événement à Ngai-kong (prince de Lou) en ces termes: Tchin-heng a tué son prince, je viens demander qu'il soit puni.

Le prince dit: Exposez l'affaire à mes trois grands dignitaires.

KHOUNG-TSEU dit: Comme je marche immédiatement après les grands dignitaires, je n'ai pas cru devoir me dispenser de vous faire connaître l'événement. Le prince dit: C'est à mes trois grands dignitaires qu'il faut exposer le fait.

Il exposa le fait aux trois grands dignitaires, qui jugèrent que cette démarche ne convenait pas. KHOUNG-TSEU ajouta: Comme je marche immédiatement après les grands dignitaires, je n'ai pas cru devoir me dispenser de vous faire connaître le fait.

23. Tseu-lou demanda comment il fallait servir le prince. Le Philosophe dit: Ne l'abusez pas, et résistez-lui dans l'occasion.

24. Le Philosophe dit: L'homme supérieur s'élève continuellement en intelligence et en pénétration; l'homme sans mérites descend continuellement dans l'ignorance et le vice.

25. Le Philosophe dit: Dans l'antiquité, ceux qui se livraient à l'étude le faisaient pour eux-mêmes; maintenant, ceux qui se livrent à l'étude le font pour les autres [pour paraître instruits aux yeux des autres][28].

26. Kieou-pe-yu (grand dignitaire de l'État de Weï) envoya un homme à KHOUNG-TSEU pour savoir de ses nouvelles. KHOUNG-TSEU fit asseoir l'envoyé près de lui, et lui fit une question en ces termes: Que fait votre maître? L'envoyé repondit avec respect: Mon maître désire diminuer le nombre de ses défauts, mais il ne peut en venir à bout. L'envoyé étant sorti, le Philosophe dit: Quel digne envoyé! quel digne envoyé!

27. Le Philosophe dit: Que lorsqu'une chose ne rentrait pas dans ses fonctions, il ne fallait pas se mêler de la diriger.

28. THSÊNG-TSEU dit: «Quand l'homme supérieur médite sur une chose, il ne sort pas de ses fonctions.» (Y-King.)

29. Le Philosophe dit: L'homme supérieur rougit de la crainte que ses paroles ne dépassent ses actions.

30. Le Philosophe dit: Les voies droites, ou vertus principales de l'homme supérieur, sont au nombre de trois, que je n'ai pas encore pu complètement atteindre: la vertu de l'humanité, qui dissipe les tristesses; la science, qui dissipe les doutes de l'esprit; et le courage viril, qui dissipe les craintes.

Tseu-koung dit: Notre maître parle de lui-même avec trop d'humilité.

31. Tseu-koung s'occupait à comparer entre eux les hommes des diverses contrées. Le Philosophe dit: Sse, vous êtes sans doute un sage très-éclairé; quant à moi, je n'ai pas assez de loisir pour m'occuper de ces choses.

32. Ne vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent point; mais affligez-vous plutôt de ce que vous n'avez pas encore pu mériter d'être connu.

33. Le Philosophe dit: Ne pas se révolter d'être trompé par les hommes, ne pas se prémunir contre leur manque de foi, lorsque cependant on l'a prévu d'avance, n'est-ce pas là être sage?

34. Weï-seng, surnommé Mèou, s'adressant à KHOUNG-TSEU, lui dit: KHIEOU [petit nom du Philosophe], pourquoi êtes-vous toujours par voies et par chemins pour propager votre doctrine? N'aimez-vous pas un peu trop à en parler?

KHOUNG-TSEU dit: Je n'oserais me permettre d'aimer trop à persuader par la parole; mais je hais l'obstination à s'attacher à une idée fixe.

35. Le Philosophe dit: Quand on voit le beau cheval nommé Ki, on ne loue pas en lui la force, mais les qualités supérieures.

36. Quelqu'un dit: Que doit-on penser de celui qui rend bienfaits pour injures[29]?

Le Philosophe dit: [Si l'on agit ainsi], avec quoi payera-t-on les bienfaits mêmes?

Il faut payer par l'équité la haine et les injures, et les bienfaits par des bienfaits.

37. Le Philosophe dit: Je ne suis connu de personne.

Tseu-koung dit: Comment se fait-il que personne ne vous connaisse? Le Philosophe dit: Je n'en veux pas au ciel, je n'en accuse pas les hommes. Humble et simple étudiant, je suis arrivé par moi-même à pénétrer les choses. Si quelqu'un me connaît, c'est le ciel!

38. Kong-pe-liao calomniait Tseu-lou près de Ki-sun. Tseu-fou, king-pe (grand de l'État de Lou) en informa le Philosophe en ces termes: Son supérieur [Ki-sun] a certainement une pensée de doute d'après le rapport de Kong-pe-liao. Je suis assez fort pour châtier [le calomniateur], et exposer son cadavre dans la cour du marché.

Le Philosophe dit: Si la voie de la droite raison doit être suivie, c'est le décret du ciel; si la voie de la droite raison doit être abandonnée, c'est le décret du ciel. Comment Kong-pe-liao arrêterait-il les décrets du ciel?

39. Le Philosophe dit: Les sages fuient le siècle.

Ceux qui les suivent immédiatement fuient leur patrie.

Ceux qui suivent immédiatement ces derniers fuient les plaisirs.

Ceux qui viennent après fuient les paroles trompeuses.

40. Le Philosophe dit: Ceux qui ont agi ainsi sont au nombre de sept.

41. Tseu-lou passa la nuit à Chi-men. Le gardien de la porte lui dit: D'où venez-vous? Tseu-lou lui dit: Je viens de près de KHOUNG-TSEU. Le gardien ajouta: Il doit savoir sans doute qu'il ne peut pas faire prévaloir ses doctrines, et cependant il s'applique toujours activement à les propager.

42. Le Philosophe étant un jour occupé à jouer de son instrument de pierre nommé king, dans l'État de Weï, un homme, portant un panier sur ses épaules, vint à passer devant la porte de KHOUNG-TSEU, et s'écria: Oh! qu'il a de cœur celui qui joue ainsi du king!

Après un instant de silence, il ajouta: O les hommes vils! quelle harmonie! king! king! personne ne sait l'apprécier. Il a cessé de jouer; c'est fini.

«Si l'eau est profonde, alors ils la passent sans relever leur robe;

Si elle n'est pas profonde, alors ils la relèvent[30].»

Le Philosophe dit: Pour celui qui est persévérant et ferme, il n'est rien de difficile.

43. Tseu-tchang dit: Le Chou-king rapporte que Kao-tsoung passa dans le Lyang-yn[31] trois années sans parler; quel est le sens de ce passage?

Le Philosophe dit: Pourquoi citer seulement Kao-tsoung? Tous les hommes de l'antiquité agissaient ainsi. Lorsque le prince avait cessé de vivre, tous les magistrats ou fonctionnaires publics qui continuaient leurs fonctions recevaient du premier ministre leurs instructions pendant trois années.

44. Le Philosophe dit: Si celui qui occupe le premier rang dans l'État aime à se conformer aux rites, alors le peuple se laisse facilement gouverner.

45. Tseu-lou demanda ce qu'était l'homme supérieur. Le Philosophe répondit: Il s'efforce constamment d'améliorer sa personne pour s'attirer le respect.--C'est là tout ce qu'il fait?--Il améliore constamment sa personne pour procurer aux autres du repos et de la tranquillité.--C'est là tout ce qu'il fait?--Il améliore constamment sa personne pour rendre heureuses toutes les populations. Il améliore constamment sa personne pour rendre heureuses toutes les populations: Yao et Chun eux-mêmes agirent ainsi.

46. Youan-jang (un ancien ami du Philosophe), plus âgé que lui, était assis sur le chemin les jambes croisées. Le Philosophe lui dit: Étant enfant, n'avoir pas eu de déférence fraternelle; dans l'âge mûr, n'avoir rien fait de louable; parvenu à la vieillesse, ne pas mourir: c'est être un vaurien. Et il lui frappa les jambes avec son bâton [pour le faire relever].

47. Un jeune homme du village de Kiouë-thang était chargé par le Philosophe de recevoir les personnes qui le visitaient. Quelqu'un lui demanda s'il avait fait de grands progrès dans l'étude.

Le Philosophe dit: J'ai vu ce jeune homme s'asseoir sur le siège[32]; je l'ai vu marchant de pair avec ses maîtres[33]; je ne cherche pas à lui faire faire des progrès dans l'étude, je désire seulement qu'il devienne un homme distingué.

[17] Petit nom de Youan-sse.

[18] Pour des fonctions que l'on ne remplit pas, ou que l'on n'a pas besoin de remplir.

«L'État étant bien gouverné, ne pas remplir activement ses fonctions; l'État étant mal gouverné, ne pas avoir le courage d'être seul vertueux, et cependant savoir consommer ses émoluments; dans l'un et l'autre cas on doit éprouver de la honte.» (TCHOU-HI)

[19] «Qui aime bien, châtie bien,» dit aussi un proverbe français.

[20] Grand de l'État de Thsi.

[21] Familles de l'État de Tçin, ayant le rang de king, donné aux premiers dignitaires.

[22] Grand fonctionnaire de Lou.

[23] Grand fonctionnaire de la ville de Pian, dans l'État de Lou.

[24] De l'État de Weï.

[25] Grand dignitaire de l'État de Weï.

[26] Commentaire.

[27] Ces paroles éloquentes du philosophe chinois sont une admirable leçon pour ceux qui placent la loi du devoir dans de vaines et stériles doctrines. Oh! sans doute il vaut cent fois mieux consacrer sa vie au service de son pays, au bonheur de l'humanité tout entière, que de la jeter en holocauste à une vaine poussière! Si, comme le dit le grand philosophe que nous traduisons, Kouan-tchoung s'était suicidé, comme des esprits étroits l'auraient voulu, pour ne pas survivre à la défaite et à la mort du prince dont il était le ministre, il n'aurait pas accompli les grandes réformes populaires qu'il accomplit, et, par suite de l'état de barbarie où serait tombée la Chine, KHOUNG-TSEU n'aurait été lui-même qu'un barbare!

[28] Commentaire.

[29] Voyez l'Évangile et le Koran. L'Évangile dit qu'il faut rendre le bien pour le mal; le Koran, qu'il faut rendre le mal pour le mal. Le précepte du Philosophe chinois nous parait moins sublime que celui de Jésus, mais peut-être plus conforme aux lois équitables de la nature humaine. Tchou-hi, sur cette phrase, renvoie au livre de Lao-tseu, où le caractère té, ordinairement vertu, est expliqué par Ngan-hoeï, bienfaisant, bienfaits.

[30] Citation du Livre des Vers. Weï-foung, ode Pao-yéou-kou.

[31] Demeure pour passer les années de deuil.

[32] Au lieu de se tenir à un angle de l'appartement, comme il convenait à un jeune homme.

[33] Au lieu de marcher à leur suite.

Chapitre XV

COMPOSÉ DE 41 ARTICLES.

1. Ling-kong, prince de Weï, questionna KHOUNG-TSEU sur l'art militaire. KHOUNG-TSEU lui répondit avec déférence: Si vous m'interrogiez sur les affaires des cérémonies et des sacrifices, je pourrais vous répondre en connaissance de cause. Quant aux affaires de l'art militaire, je ne les ai pas étudiées. Le lendemain matin il partit.

Étant arrivé dans l'État de Tching, les vivres lui manquèrent complètement. Les disciples qui le suivaient tombaient de faiblesse, sans pouvoir se relever.

Tseu-lou, manifestant son mécontentement, dit: Les hommes supérieurs éprouvent donc aussi les besoins de la faim? Le Philosophe dit: L'homme supérieur est plus fort que le besoin; l'homme vulgaire, dans le besoin, se laisse aller à la défaillance.

2. Le Philosophe dit: Sse, ne pensez-vous pas que j'ai beaucoup appris, et que j'ai retenu tout cela dans ma mémoire?

[Le disciple] répondit avec respect: Assurément; n'en est-il pas ainsi?

Il n'en est pas ainsi; je ramène tout à un seul principe.

3. Le Philosophe dit: Yeou [petit nom de Tseu-lou], ceux qui connaissent la vertu sont bien rares!

Diritti e provenienza

Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.

Texte historique dans le domaine public en France. Source et conditions Project Gutenberg conservées.

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