Arthur Schopenhauer / Lingua del testo : francese

Aphorismes sur la sagesse dans la vie

Testo / traduzione : J.-A. Cantacuzène (1829–1897) · Edizione : 1887 · troisième édition

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Fonte ed edizione

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Notes (continua)

Il est frappant que cet extrême orgueil ne se rencontre qu'au sein de cette religion qui impose à ses adhérents l'extrême humilité; ni les époques antérieures; ni les autres parties du monde ne connaissent ce principe de l'honneur chevaleresque. Cependant ce n'est pas à la religion qu'il faut en attribuer la cause, mais au régime féodal sous l'empire duquel tout noble se considérait comme un petit souverain; il ne reconnaissait aucun juge parmi les hommes, qui fût placé au-dessus de lui; il apprenait à attribuer à sa personne une inviolabilité et une sainteté absolues; c'est pourquoi tout attentat contre cette personne, un coup, une injure, lui semblait un crime méritant la mort. Aussi le principe de l'honneur et le duel n'étaient-ils à l'origine qu'une affaire concernant les nobles; elle s'étendit plus tard aux officiers, auxquels s'adjoignirent ensuite parfois, mais jamais d'une manière constante, les autres classes plus élevées, dans le but de ne pas être dépréciées. Les ordalies, quoiqu'elles aient donné naissance aux duels, ne sont pas l'origine du principe de l'honneur; elles n'en sont que la conséquence et l'application: quiconque ne reconnaît à aucun homme le droit de le juger en appelle au Juge divin.--Les ordalies elles-mêmes n'appartiennent pas exclusivement au christianisme; on les retrouve fréquemment dans le brahmanisme, bien que le plus souvent aux époques reculées; cependant il en existe encore des vestiges aujourd'hui. (_Note de l'auteur._)]

[16: Le sens propre de ces mots est que la misère est le lot des fils d'Adam. (_Trad._)]

[17: Vingt ou trente coups de canne sur le derrière, c'est, pour ainsi dire, le pain quotidien des Chinois. C'est une correction paternelle du mandarin, laquelle n'a rien d'infamant, et qu'ils reçoivent avec actions de grâces. (_Lettres édifiantes et curieuses_, éd. 1819, vol. XI, p. 454.) (_Citation de l'auteur_).]

[18: Voici, selon moi, quel est le véritable motif pour lequel les gouvernements ne s'efforcent qu'en apparence de proscrire les duels, chose bien facile, surtout dans les universités, et d'où vient qu'ils prétendent ne pouvoir réussir: l'État n'est pas en mesure de payer les services de ses officiers et de ses employés civils à leur valeur entière en argent; aussi fait-il consister l'autre moitié de leurs émoluments en _honneur_, représenté par des titres, des uniformes et des décorations. Pour maintenir ce prix idéal de leurs services à un cours élevé, il faut, pur tous les moyens, entretenir, aviver et même exalter quelque peu le sentiment de l'honneur; comme à cet effet l'honneur bourgeois ne suffit pas, pour la simple raison qu'il est la propriété commune de tout le monde, on appelle au secours l'honneur chevaleresque que l'on stimule, comme nous l'avons montré. En Angleterre, où les gages des militaires et des civils sont beaucoup plus forts que sur le continent, on n'a pus besoin d'un pareil expédient; aussi, depuis une vingtaine d'années surtout, le duel y est-il presque complètement aboli; et, dans les rares occasions où il s'en produit encore, on s'en moque comme d'une folie, Il est certain que la grande _Anti-duelling Society_, qui compte parmi ses membres, une foule de lords, d'amiraux et de généraux, a beaucoup contribué à ce résultat, et le Moloch doit se passer de victimes.--(_Note de l'auteur_.)]

[19: Voici cette fameuse note, à laquelle Schopenhauer fait allusion: «Un soufflet et un démenti reçus et endurés ont des effets civils que nul sage ne peut prévenir et dont nul tribunal ne peut venger l'offensé. L'insuffisance des lois lui rend donc en cela son indépendance; il est alors seul magistrat, seul juge entre l'offenseur et lui: il est seul interprète et ministre de la loi naturelle; il se doit justice et peut seul se la rendre, et il n'y a sur la terre nul gouvernement assez insensé pour le punir de se l'être faite en pareil cas. Je ne dis pas qu'il doive s'aller battre, c'est une extravagance; je dis qu'il se doit justice et qu'il en est le seul dispensateur. Sans tant de vains édits contre les duels, si j'étais souverain, je réponds qu'il n'y aurait jamais ni soufflet ni démenti donné dans mes États, et cela par un moyen fort simple dont les tribunaux ne se mêleront point. Quoi qu'il en soit, Émile sait en pareil cas la justice qu'il se doit à lui-même, et l'exemple qu'il doit à la sûreté des gens d'honneur. Il ne dépend pas de l'homme le plus ferme d'empêcher qu'on ne l'insulte, mais il dépend de lui d'empêcher qu'on ne se vante longtemps de l'avoir insulté.»]

[20: Aussi est-ce faire un mauvais compliment lorsque, ainsi qu'il est de mode aujourd'hui, croyant faire honneur à des _œuvres_, on les intitule des _actes_. Car les œuvres sont, par leur essence, d'une espèce supérieure. Un acte n'est toujours qu'une action basée sur un _motif_, par conséquent, quelque chose d'isolé, de transitoire, et appartenant à cet élément général et primitif du monde, à la _volonté_. Une grande et belle œuvre est une chose durable, car son importance est universelle, et elle procède de l'intelligence, de cette intelligence innocente, pure, qui s'élève comme un parfum au-dessus de ce bas monde de la volonté.

Parmi les avantages de la gloire des actions, il y a aussi celui de se produire ordinairement d'un coup avec un grand éclat, si grand parfois que l'Europe entière en retentit, tandis que la gloire des œuvres n'arrive que lentement et insensiblement faible, d'abord, puis de plus en plus forte, et n'atteint souvent toute sa puissance qu'après un siècle; mais alors elle reste pendant des milliers d'années, parce que les œuvres restent aussi. L'autre gloire, la première explosion passée, s'affaiblit graduellement, est de moins en moins connue et finit par ne plus exister que dans l'histoire à l'état de fantôme.--(_Note de l'auteur_.)]

[21: Pour comprendre le sens de ces mots de Schopenhauer, le lecteur français a besoin de savoir que le philosophe pessimiste, dans son profond dédain des ignorants, ne traduit jamais les citations latines, et ne traduit les grecques qu'en latin; c'est donc une exception qu'il fait ici pour le «fabuleux» Epicharme.--(_Trad._)]

[22: Comme notre plus grand plaisir consiste en ce qu'on nous admire, mais comme les autres ne consentent que très difficilement à nous admirer même alors que l'admiration serait pleinement justifiée, il en résulte que celui-là est le plus heureux qui, n'importe comment, est arrivé à s'admirer sincèrement soi-même. Seulement il ne doit pas se laisser égarer par les autres.--(_Note de l'auteur._)]

[23: L'_Ecclésiaste;_ trad.]

[24: Ainsi que notre corps est enveloppé dans ses vêtements, ainsi notre esprit est revêtu de mensonges. Nos paroles, nos actions, tout notre être est menteur, et ce n'est qu'à travers cette enveloppe que l'on peut deviner parfois notre pensée vraie, comme à travers les vêtements les formes du corps. (_Note de l'auteur._)]

[25: En français dans le texte. (_Note du traducteur._)]

[26: Tout le monde sait qu'on allège les maux en les supportant en commun: parmi ces maux, les hommes semblent compter l'ennui, et c'est pourquoi ils se groupent, afin de s'ennuyer en commun. De même que l'amour de la vie n'est au fond que la peur de la mort, de même l'_instinct social_ des hommes n'est pas un sentiment direct, c'est-à-dire ne repose pas sur l'_amour de la société_, mais sur la _crainte de la solitude_, car ce n'est pas tant la bienheureuse présence des autres que l'on cherche; on fuit plutôt l'aridité et la désolation de l'isolement, ainsi que la monotonie de la propre conscience; pour échapper à la solitude, toute compagnie est bonne, même la mauvaise, et l'on se soumet volontiers à la fatigue et à la contrainte que toute société apporte nécessairement avec soi.--Mais quand le dégoût de tout cela a pris le dessus, quand, comme conséquence, on s'est fait à la solitude et l'on s'est endurci contre l'impression première qu'elle produit, de manière à ne plus en éprouver ces effets que nous avons retracés plus haut, alors on peut, tout à l'aise, rester toujours seul; on ne soupirera plus après le monde, précisément parce que ce n'est pas là un besoin direct et parce qu'on s'est accoutumé désormais aux propriétés bienfaisantes de la solitude. (_Note de Schopenhauer._)]

[27: Voici l'apologue mentionné ci-dessus:

«Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c'est la _politesse_ et les _belles manières_. En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance: _Keep your distance!_--Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n'est, à la vérité, satisfait qu'à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants.--Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n'éprouver ni ne causer de peine. (_Note du traducteur._)]

[28: _Envie_, dans les hommes, montre combien ils se sentent malheureux, et la constante _attention_ qu'ils portent à tout ce que font ou ne font pas les autres montre combien ils s'ennuient.--(_Note de l'auteur_).]

[29: En français dans le texte.]

[30: Le sommeil est une petite portion de _mort_ que nous empruntons _anticipando_ et par le moyen de laquelle nous regagnons et renouvelons la vie épuisée dans l'espace d'un jour. _Le sommeil est un emprunt fait à la mort_[31]. Le sommeil emprunte à la mort pour entretenir la vie. Ou bien, il est l'_intérêt payé provisoirement à la mort_, qui elle-même est le payement intégrai du capital. Le remboursement total est exigé dans un délai d'autant plus long que l'intérêt est plus élevé et se paye plus régulièrement. (_Note de l'auteur_.)]

[31: En français dans le texte]

[32: En français dans le texte.]

[33: Voici le texte de la maxime à laquelle Schopenhauer fait allusion: «Il est difficile d'aimer ceux que nous n'estimons point; mais il ne l'est pas moins d'aimer ceux que nous estimons beaucoup plus que nous.» (La Roch., édit. de la _Bibl. nationale_, p. 71, 303.)]

[34: Si dans les hommes, tels qu'ils sont pour la plupart, le bon dépassait le mauvais, il serait plus sage de se fier à leur justice, à leur équité, leur fidélité, leur affection ou leur charité qu'à leur crainte; mats, comme c'est tout l'inverse, c'est l'inverse qui est le plus sage. _(Note de l'auteur.)_]

[35: Ce mémoire, traduit en français, a reçu pour titre: _Essai sur le libre arbitre._ 1 vol. in-18. Germer Baillière et Cie. Paris.]

[36: Schopenhauer force la note; car La Rochefoucauld a dit: nous trouvons _souvent_... _(Note du traducteur.)_]

[37: Pour _faire son chemin dans le monde_, amitiés et camaraderie sont, entre tous, le moyen le plus puissant. Or _les grandes capacités donnent de la fierté_; on est peu fait alors à flatter ceux qui n'en ont guère et devant lesquels, à cause de cela même, il faut dissimuler et renier ses hautes qualités. La conscience de n'avoir que des moyens bornés agit à l'inverse; elle s'accorde parfaitement avec l'humilité, l'affabilité, la complaisance, et le respect de ce qui est mauvais; elle aide, par conséquent, à se faire des amis et des protecteurs.

Ceci ne s'applique pas seulement aux fonctions de l'État, mais aussi aux places honorifiques, aux dignités, et même à la gloire dans le monde savant; ce qui fait que, par exemple, dans les académies, la bonne et brave médiocrité occupe toujours la haute place, et que les gens de mérite n'y entrent que tard ou pas du tout: il en est de même en toute chose.]

[38: Voy. _De augmentis scientiarum_, Lud. Batav., 1645, l. VIII, ch. 2, p. 644 et suiv.]

[39: Je ne puis résister à la tentation de citer le proverbe analogue, populaire en Roumanie:

Fa-me, mamà, cu noroc (Donne-moi, mère, du bonheur), Si aruncà-me in foc (Et jette-moi au feu).

(_Le trad_.) ]

[40: Le _hasard_ a un si grand rôle dans toutes les choses humaines, que lorsque nous cherchons à obvier par des sacrifices immédiats à quelque danger qui nous menace de loin, celui-ci disparaît souvent par un tour imprévu que prennent les événements, et non seulement les sacrifices faits restent perdus, mais le changement qu'ils ont amené devient lui-même désavantageux en présence du nouvel état des choses. Aussi avec nos mesures ne devons-nous pas pénétrer trop avant dans l'avenir; il faut compter aussi sur les hasard et affronter hardiment plus d'un danger, en se fondant sur l'espoir de le voir s'éloigner, comme tant de sombres nuées d'orage.]

[41: En français dans le texte.]

[42: Dans l'âge mûr, on s'entend mieux à se garder contre le malheur, dans la jeunesse à le supporter. (_Note de l'auteur._)]

[43: Il y a erreur: ce n'est pas au chapitre 5, mais au chapitre 8, que se trouve l'observation citée par Schopenhauer. (_Le trad._)]

[44: La vie humaine, à proprement parler, ne peut être dite ni longue ni courte, car, au fond, elle est l'échelle avec laquelle nous mesurons toutes les autres longueurs de temps.--L'_Oupanischad du Véda_ (vol. 2) donne 100 ans pour la _durée naturelle_ de la vie, et avec raison, à mon avis; car j'ai remarqué que ceux-là seulement qui dépassent 90 ans finissent par l'euthanasie, c'est-à-dire qu'ils meurent sans maladie, sans apoplexie, sans convulsion, sans râle, quelquefois même sans pâlir, le plus souvent assis, principalement après leur repas: il serait plus exact de dire qu'ils ne meurent pas, ils cessent de vivre seulement. À tout autre âge antérieur à celui-là, on ne meurt que de maladie, donc prématurément.--Dans l'Ancien Testament (Ps. 90, 10), la durée de la vie humaine est évaluée à 70, au plus à 80 ans; et, chose plus importante, Hérodote (I, 32, et III, 22) en dit autant. Mais c'est faux et ce n'est que le résultat d'une manière grossière et superficielle d'interpréter l'expérience journalière. Car, si la durée naturelle de la vie était de 70-80 ans, les hommes entre 70 et 80 ans devraient _mourir de vieillesse;_ ce qui n'est pas du tout: ils _meurent de maladies_, comme leurs cadets; or la maladie, étant essentiellement une anomalie, n'est pas la fin naturelle. Ce n'est qu'entre 90 et 100 ans qu'il devient normal de _mourir de vieillesse,_ sans maladie, sans lutte, sans râle, sans convulsions, parfois sans pâlir, en un mot d'_euthanasie_.--Sur ce point aussi, l'_Oupanischad_ a donc raison en fixant à 100 ans la durée naturelle de la vie. (_Note de Schopenhauer._)]

[45: J'ai cru devoir mettre en italiques et entre crochets [ ] ces quelques lignes, parce qu'elles ne se rapportent en aucune façon à ce qui précède immédiatement; le lecteur a pu remarquer que le même cas s'est présenté plusieurs fois déjà dans le cours du volume, notamment au chapitre 5. Cela s'explique très facilement si l'on admet que ce sont là des intercalations plus ou moins heureusement pratiquées par M. Frauenstaedt (éditeur des éditions postérieures à la 1re), à qui Schopenhauer a légué ses manuscrits et ses nombreuses notices. Je suis, d'autant plus porté à croire mon explication la vraie, que des personnes autorisées, entre autres M. de Gr...ch, m'ont affirmé que la 1re édition ne contient aucune de ces incohérences ni de ces trop fréquentes redites, dans des termes presque identiques, que l'on peut également constater. Pour ma part, malheureusement, je n'ai eu sous les yeux, comme texte pour la traduction, que les 2e et 3e éditions. (_Note du traducteur._)]

[46: Environ 62 planètes télescopiques ont encore été découvertes depuis; mais c'est là une innovation dont je ne veux pas entendre parler. Aussi j'en use à leur égard comme les professeurs de philosophie en ont usé vis-à-vis de moi: je n'en veux rien savoir, car elles discréditent la marchandise que j'ai en boutique. (_Note de l'auteur._)]

Diritti e provenienza

Introduction, six chapitres et notes de cette traduction historique, troisième édition publiée en 1887. Schopenhauer est mort en 1860 et le traducteur Cantacuzène en 1897. Orthographe et notes historiques conservées ; elles ne constituent pas une édition critique moderne. Source vérifiée le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France. Fichier source Project Gutenberg, crédits de transcription et licence conservés dans /texts/aphorisms-cantacuzene-fr-source.txt.

Texte historique dans le domaine public en France. Source et conditions Project Gutenberg conservées.

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