Mark Aurel / Textsprache : Französisch

Pensées pour moi-même

Text / Übersetzung : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Ausgabe : 1876

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Quelle und Ausgabe

Livre IV (Fortsetzung)

58. Sans tunique. La tunique était un vêtement de dessous ; et il n’y avait que les gens les plus pauvres qui ne la portassent pas. Plus haut, liv. I, § 6, Marc-Aurèle a parlé de tous les ustensiles dont se compose la discipline des philosophes grecs. Le vêtement était réglé tout aussi bien que l’ameublement.

59. Sans livres. Marc-Aurèle proscrit l’usage excessif des livres quand on est arrivé à un certain âge. Voir plus haut, liv. II, §§ 2 et 3

60. L’aliment de la science. La métaphore est de Marc-Aurèle lui-même, qui a peut-être ici un peu d’orgueil.

61. Au pauvre métier que tu as appris. Conseil bien sage, mais qui ne peut être entendu que des âmes les plus vigoureuses et les plus indépendantes. Quand on a compris en quoi consiste la grandeur morale de l’homme et quel est son devoir ici-bas, on s’inquiète beaucoup moins des choses du dehors, précisément parce qu’on est tout occupé des choses du dedans. Socrate était sculpteur de son métier ; et, comme il n’avait pas un talent fort distingué, il est à croire que sa profession lui donnait tout juste ce qu’il fallait pour vivre. Il ne s’est jamais plaint de sa pauvreté, qu’il ressentait à peine. Épictète, au temps de Marc-Aurèle, en a été là également, pauvre esclave d’un affranchi.

62. Au temps de Vespasien. L’empereur Vespasien, le premier de la famille Flavienne, était mort en l’an 79, c’est-à-dire quarante et un ans avant la naissance de Marc-Aurèle. C’est un souvenir déjà un peu lointain au moment où il écrit.

63. Aux temps de Trajan. Trajan mourut en 117, après vingt ans de règne. Ce souvenir est plus rapproché que celui de Vespasien ; mais il a encore plus d’un demi-siècle.

64. À des choses inférieures. La première distinction à faire et la plus difficile, c’est précisément celle des vrais et des faux biens, recommandée par le platonisme, et que le stoïcisme a poussée plus loin qu’aucune autre école de philosophie.

65. Céson, Volesus. Pour nous, ce sont des personnages à peu près inconnus ; pour Marc-Aurèle, il semble qu’au contraire ils sont encore illustres.

66. Léonnatus. Ce personnage est peut-être le compagnon d’Alexandre, dont le courage extraordinaire a été célébré par Arrien, liv. VI, ch. IX et X. Léonnatus n’a pas d’ailleurs laissé un nom durable dans l’histoire.

67. Peu de temps après eux. Scipion l’Africain, qui est sans doute désigné ici, est d’un siècle environ postérieur à Alexandre.

68. Un éclat prodigieux. C’est vrai de quelques-uns des noms qu’on vient de citer ; ce ne l’est pas autant pour quelques autres.

69. On ne les connaît plus. Marc-Aurèle se sert ici des expressions qu’emploie Homère dans l’Odyssée, chant I, vers 242. Voilà pourquoi elles sont mises ici entre des guillemets.

70. Clotho. C’est la première des trois Parques ; elle tient le fuseau, et préside à la naissance des humains.

71. Tout est éphémère. Pensée digne de Pascal.

72. La chose dont il se souvient. Ceci se l’apporte à l’inanité de la gloire, dont il vient, d’être parlé au § 33.

73. Une opinion des plus grossières. Et qui est toute matérialiste.

74. Tu seras mort dans quelques instants. Voir plus haut, liv. II, §§ i, iv, v, et passim.

75. Les choses du dehors peuvent te nuire. Les choses du dehors ne peuvent nuire à l’homme proprement dit, à l’être raisonnable ; elles n’atteignent que l’être sensible et son corps. À cet égard, le stoïcien est aussi spiritualiste qu’il est possible de l’être. Voir un peu plus bas, § 39.

76. L’âme des sages. Que tu as auprès de toi et qui agissent sous tes yeux, sans t’occuper plus qu’il ne faut des conseils, d’ailleurs excellents, que les philosophes ont déposés dans leurs écrits. Le sens de la présente maxime est tout pratique.

77. Le changement de ton enveloppe matérielle. C’est-à-dire de ton corps. L’expression grecque n’est pas d’ailleurs assez précise pour qu’on ne puisse la comprendre aussi en un autre sens : « Le changement du monde qui t’entoure et t’enveloppe. » J’ai cru devoir préférer le premier sens, parce que la même pensée se retrouve à peu près liv. X, § 1, et que, dans ce nouveau passage, l’âme est directement opposée au corps. Il est probable qu’ici également c’est cette opposition que Marc-Aurèle veut signaler. La maxime est d’ailleurs excellente ; et l’âme de l’homme n’est jamais plus grande que quand elle sait se distinguer profondément du corps auquel elle est jointe. Mais combien, même parmi les philosophes et les ascètes les plus austères, peuvent arriver à ce renoncement !

78. Se représenter continuellement le monde. C’est ici un des côtés faibles de la métaphysique stoïcienne. Elle n’a jamais assez complètement distingué Dieu et le monde ; et, tout en croyant fermement à la Providence, elle paraît ignorer les conditions essentielles d’une intelligence toute-puissante. De là, des accusations de panthéisme trop spécieuses, quoiqu’au fond elles soient moins méritées qu’elles ne le semblent, comme on peut s’en convaincre par la lecture de Sénèque.

79. Dans l’ensemble de l’univers. Régi, après avoir été créé, par un Dieu personnel et souverainement intelligent.

80. Épictète. Ni dans le Manuel, ni dans les Dissertations recueillies par Arrien, on ne trouve cette pensée. Plus haut, liv. I, § 7, Marc-Aurèle remercie un de ses maîtres de lui avoir fait connaître les Commentaires d’Épictète. Il en reparle encore plus bas, liv. VII, § 19, et liv. XI, §§ 34 et 36. Il est probable que ce que Marc-Aurèle appelle Commentaires est précisément le recueil d’Arrien, intitulé Dissertations. La pensée a peut-être quelque exagération. Notre corps n’est pas, à vrai dire, un cadavre ; mais souvent il est un obstacle pour l’âme, qui n’a pas su le régler assez bien, ni s’en rendre maîtresse. La plupart des hommes sont esclaves de leur corps, loin de savoir s’en servir comme d’un instrument. — « Ce corps de mort », a dit Bossuet, Préambule sur les états d’oraison, d’après saint Paul, Épître aux Romains, ch. VII, § 24.

81. À être absorbés dans un changement. Le texte n’est pas aussi précis ; mais j’ai dû donner à la pensée une forme un peu plus arrêtée, afin que l’opposition fût plus claire et plus frappante. La mort n’est pas plus un mal pour les êtres que leur naissance n’est un bien pour eux.

82. Le temps est comme un fleuve. Ces images, qui peuvent nous sembler aujourd’hui un peu usées parce qu’elles sont trop connues, étaient neuves au temps de Marc-Aurèle.

83. La rose au printemps, la moisson en été. Images gracieuses, pour une idée qui au fond est assez triste.

84. La maladie, la mort, la calomnie. Cette pensée n’est peut-être pas très-juste ; et le sage ne peut mettre sur la même ligne ce qui dépend de la nature et ce qui dépend de la volonté libre de l’homme. On peut dédaigner la calomnie, et c’est ce que le philosophe a de mieux à faire ; mais elle est faite pour indigner sa conscience, tandis que la mort réglée par les décrets mêmes de Dieu, doit toujours nous paraître un bienfait, dont nous n’avons qu’à le remercier, loin d’avoir à nous en plaindre.

85. Qui jouissent d’une existence perpétuelle. Le texte dit simplement : « Qui sont », par opposition aux choses qui se produisent, et qui passent sans être permanentes. La traduction a dû être un peu plus précise que l’original.

86. Cette sentence d’Héraclite. Si l’on en croit une citation de Clément d’Alexandrie, Héraclite aurait emprunté lui-même cette pensée à Orphée. Voir les Stromates, liv. VI, p. 196, édition de 1779. Ici, Marc-Aurèle veut simplement rappeler au philosophe que toutes les choses de ce monde sont dans un changement perpétuel.

87. Qu’Héraclite a oublié. Le texte n’est peut-être pas aussi précis. Il peut d’ailleurs paraître corrompu dans tout ce passage ; mais il n’y a pas de variante qui puisse servir à le corriger.

88. Comme on le fait en rêve. La pensée n’est pas assez développée ; elle signifie que la vie doit être prise au sérieux, et que l’homme doit apporter à tout ce qu’il fait la plus grave attention. Dans le rêve, au contraire, tout se passe sans l’intervention de la conscience et de la personne, qui est alors purement passive.

89. Ce n’est pas grand état. La pensée est juste si on la considère relativement à l’éternité ; elle ne l’est plus autant si l’on regarde à l’homme lui-même. Une assez longue existence lui permet de faire d’autant plus de bien pendant son passage sur la terre, et d’en apprendre un peu davantage sur lui-même et sur la nature dans laquelle il a été placé.

90. Froncé le sourcil au lit des malades. Expression pittoresque, et qui fait parfaitement image, toute simple qu’elle est.

91. De tant de philosophes. Cette pointe d’ironie contre les philosophes n’est pas déplacée dans la bouche d’un philosophe, qui se comprend lui-même dans la critique qu’il fait des autres.

92. Hélice. Ville d’Achaïe, dans le Péloponnèse, qu’il ne faut pas confondre avec une autre ville de même nom en Thessalie. Deux ans avant la bataille de Leuctres, 373 avant Jésus-Christ, Hélice fut submergée par la mer, que soulevait un tremblement de terre ; la ville était cependant à une lieue de distance environ du rivage. Toute la population y périt. Voir Strabon, liv. VIII, ch. VII, § 2, p. 330, édit. Firmin Didot. Cet événement avait déjà plus de cinq cents ans de date à l’époque de Marc-Aurèle. La catastrophe d’Herculanum et de Pompéi est à un siècle de distance quand il écrit. Toutes les découvertes qu’on fait chaque jour dans les ruines de ces deux villes attestent combien la catastrophe fut affreuse.

93. Repasse en ta mémoire. Conseils fort pratiques, mais qu’on écoute peu en général, parce que les plus sages eux-mêmes se laissent entraîner au courant ; et la mort est une des choses auxquelles on pense le moins.

94. Éphémères et de bien peu de prix. La sagesse de tous les temps a parlé de même ; et elle ne cessera de présenter à la pensée de l’homme ces considérations, dont il tiendra toujours aussi peu de compte.

95. Comme une olive mûre. Image gracieuse et juste. C’est ainsi que Marc-Aurèle lui-même a accueilli la mort, quand elle est venue le surprendre à un âge peu avancé, et au milieu des plus graves devoirs, qu’il accomplissait énergiquement dans des contrées barbares, pour défendre l’Empire qui lui était confié. Sénèque a dit : « Craindrai-je donc de périr quand la terre elle-même périt avant moi, quand le globe, qui fait trembler toutes choses, tremble le premier et ne me porte atteinte qu’à ses propres dépens ? Hélice et Buris ont été totalement englouties par la mer ; et je craindrais pour ma chétive et unique personne ! » Questions naturelles, liv. VI, ch. XXXII.

96. Comme le roc. Voir une comparaison toute pareille dans Homère, Iliade, chant XV, vers 620 et 621.

97. À l’abri de tout chagrin. C’est la fermeté inébranlable du sage selon le stoïcisme, et sa constante tranquillité d’âme, même au milieu des événements que le vulgaire regarde comme d’effroyables malheurs. C’est la résignation chrétienne, jointe au plus réel courage. Sous les empereurs despotiques qui avaient précédé Marc-Aurèle, le stoïcisme avait préparé au martyre bien des âmes qui ne fléchirent pas. Horace avait déjà célébré et recommandé ces vertus, qui élèvent l’homme au-dessus de lui-même : Justum ac tenacem propositi virum. Le stoïcisme n’a jamais rien dit de mieux ; et l’exemple de Thraséas, avec tant d’autres, a montré que ce n’étaient pas de vains mots.

98. Si je sais le supporter. Tout est là, quoique bien souvent la sensibilité de l’homme se révolte, et qu’elle résiste à la raison. Sénèque, qui avait si bien parlé, au nom du stoïcisme, du repos du sage et de la tranquillité de l’âme, a su mourir avec un courage inébranlable, quoique sa conscience ne fût peut-être pas absolument tranquille à ce moment suprême.

99. Pour s’apprendre à mépriser la mort. C’est en effet un apprentissage pour le philosophe, parce que l’instinct de la nature nous porte en sens contraire. D’ailleurs, il est certain que, dans ce mépris de la vie, l’ignorance la plus grossière nous fortifie autant que les méditations les plus profondes de la sagesse. Les sauvages et les barbares savent en général mourir avec une impassibilité que le stoïcisme n’a point dépassée. La vraie différence, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Sénèque a dit : « Il faut prendre garde de ne pas trop aimer ni aussi de ne pas trop haïr la vie ; et quand la raison nous oblige de la quitter, il ne le faut pas faire légèrement et avec précipitation. » Épître XXIV, à Lucilius. Bossuet a dit : « Ô mortels, venez contempler le spectacle des choses mortelles ; ô hommes, venez apprendre ce que c’est que l’homme. Vous serez peut-être étonnés que je vous adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes, et vous croirez que ce n’est pas bien représenter l’homme que de le montrer où il n’est plus. Mais si vous prenez soin de vouloir entendre ce qui se présente à nous dans le tombeau, vous accorderez aisément qu’il n’est point de plus véritable interprète ni de plus fidèle miroir des choses humaines. » Sermon sur la Mort. Bossuet ajoute encore : « Ainsi, comme nous en voyons passer d’autres devant nous, d’autres nous verront passer, qui doivent à leurs successeurs le même spectacle. Ô Dieu ! encore une fois qu’est-ce que de nous ? Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! Si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne suis plus ! Et que j’occupe peu de place dans cet immense abîme du temps ! » Ibidem.

100. Celui qui est selon la nature. C’est la formule générale du stoïcisme ; mais on voit par les pensées de Marc-Aurèle que la doctrine ne s’en tenait pas à ces généralités nécessairement très-vagues, et qu’elle savait préciser le détail des choses.

101. La plus saine raison. Que l’homme entend toujours assez, quand il sait imposer silence à ses passions et à son égoïsme.

Livre V

I. Le matin, quand tu as de la peine à te lever[1], voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ? — Mais cela me fait plus de plaisir ! » — Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature ! — Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose. — D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes[2], et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les œuvres que cet art leur inspire, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire ! Quand tous ces gens-là sont à leur ardent labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres[3] moins importants et moins dignes de tes soins !

II. Qu’il est commode d’écarter et d’effacer toute imagination fâcheuse ou inconvenante, et de retrouver aussitôt un calme profond[4] !

III. Juge digne de toi toute parole et tout acte qui est selon la nature[5]. Ne t’en laisse détourner ni par le blâme, ni par les calomnies, dont parfois le blâme est suivi. Du moment que ce que tu as fait, ou ce que tu as dit, est bien, ne crois jamais que ce soit au-dessous de ta dignité. Les autres ont leur propre raison qui les conduit, et ils obéissent à leur impulsion propre ; ne regarde donc pas à autrui ; mais suis tout droit ton chemin, en te conformant tout ensemble à ta nature particulière et à la nature commune ; car pour toutes les deux, il n’y a qu’une seule et même voie[6].

IV. Je marche dans les sentiers que me trace la nature[7], jusqu’à ce que je me repose en tombant[8], exhalant mon dernier souffle dans cet élément où je puise à chaque instant le souffle de ma vie, tombant sur cette terre[9] d’où mon père a tiré le germe de mon être, d’où ma mère a tiré son sang, d’où ma nourrice a tiré son lait ; sur cette terre, dont moi-même, depuis tant d’années, je me nourris et m’abreuve chaque jour ; sur cette terre, qui me porte, quand je la parcours et que j’en abuse de tant de façons.

V. Je veux bien[10] que tu n’aies pas une profondeur d’esprit qui provoque l’admiration générale ; mais il est une foule d’autres qualités pour lesquelles tu ne peux pas dire : « La nature ne m’a pas favorisé. » Fais donc tout ce qui dépend absolument de toi seul. Sois franc, sérieux, patient à la fatigue, sans passion pour le plaisir, sans plainte contre le sort, vivant de peu, cordial, libre, dédaigneux du superflu, sobre de paroles, magnanime. Est-ce que tu ne le vois pas ? Que de choses ne peux-tu pas faire dès à présent, pour lesquelles tu n’as pas la moindre excuse d’incapacité naturelle ou d’inaptitude, et où cependant tu restes, de ton plein gré, dans une inertie qui te rabaisse ! Est-ce par hasard une impuissance de nature qui te nécessite à gronder sans cesse, à être nonchalant, à te flatter, à écouter ton malheureux corps[11], que tu accuses de tous tes maux, à t’occuper de toi avec complaisance, à t’ajuster, et à troubler ton âme de ces vains soucis ? Non certainement ; et tu aurais pu dès longtemps te débarrasser de ces défauts. Seulement, tout ce qu’on aurait pu encore te reprocher, c’eût été d’avoir tant tardé à le faire et d’avoir eu trop de peine à écouter la raison ; car tu aurais dû depuis longues années t’y exercer, en désapprouvant dans ton cœur cette inertie et en n’en faisant point tes délices.

Rechte und Herkunft

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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