Mark Aurel / Textsprache : Französisch

Pensées pour moi-même

Text / Übersetzung : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Ausgabe : 1876

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Quelle und Ausgabe

Livre V (Fortsetzung)

48. La société est le bien propre de l’être doué de raison. C’est la préoccupation la plus ordinaire de Marc-Aurèle, et le conseil qu’il donne le plus habituellement à l’homme : Rendre toujours à la société tout ce qu’on lui doit. Ce précepte est encore plus vrai de nos jours, parce que les bienfaits que l’homme reçoit de la société sont de plus en plus grands, à mesure qu’elle se perfectionne. Voir plus haut, liv. IV, § 34, et liv. V, § 1. Aristote, le premier, avait démontré que l’homme est un être essentiellement sociable, Politique, liv. I, ch. i, § 9, de ma traduction.

49. Il est bien impossible de toujours empêcher les méchants. Marc-Aurèle a donné antérieurement des motifs plus graves pour tolérer nos semblables, y compris les méchants. Voir plus haut, liv. II, § 1. D’abord, les méchants sont de la même famille que nous, quoi qu’ils fassent ; et plus ils sont coupables, plus ils sont dignes de pitié. En outre, on peut toujours espérer les ramener au bien. Ce sont là autant de motifs de patience et de charité. Voir un peu plus loin, § 20.

50. Que la nature ne vous ait mis en état de le supporter. On peut voir plus loin, liv. VIII, § 46, et liv. X. § 3, quelques développements de cette pensée, qui, à première vue, peut ne pas paraître très-juste. Il ne faut pas d’ailleurs perdre de vue que les préceptes de Marc-Aurèle ne s’adressent qu’au sage, ou du moins qu’à celui qui veut le devenir. Comme il ne doit pas craindre la mort, à plus forte raison peut-il braver tous les accidents de la vie, quels qu’ils soient.

51. Plus d’effet que… la sagesse. C’est là en réalité l’ordinaire de la vie. Mais la sagesse doit évidemment l’emporter sur l’ignorance, qui ne sait ce qu’elle fait, et sur la vanité, qui n’a que des motifs insuffisants pour agir.

52. N’ont pas le moindre contact avec notre âme. C’est peut-être dire trop. Les choses n’ont pas de contact matériel avec notre âme ; mais, par l’intermédiaire des sens, elles agissent sur nous d’une manière puissante, et quelquefois même à peu près irrésistible. Mais l’âme peut se rendre indépendante de toutes leurs surprises et de leurs séductions. C’est un des plus grands côtés du stoïcisme d’avoir tant présumé des forces de l’âme humaine. Voir, plus loin, des pensées tout à fait analogues, liv. XI, § 16.

53. Un être indifférent. L’homme ne peut jamais être indifférent, au même titre qu’un corps quelconque de la nature, parce qu’il est le seul être libre et responsable. Les stoïciens donnaient au mot Indifférent un sens spécial ; ils entendaient par là les choses qui ne sont ni bonnes ni mauvaises moralement, et qui par conséquent doivent être sans importance pour le sage, qui ne les recherche ni ne les repousse : la richesse, la santé, la gloire, la puissance.

54. De vrais obstacles à ma volonté. Il est impossible de proclamer plus énergiquement le libre arbitre de l’homme et son indépendance morale.

55. Le principe qui met toutes choses en œuvre. En d’autres termes, Dieu et sa toute-puissance, avec sa bonté infinie. Seulement, les stoïciens laissent dans le doute le problème de la création. Mais, selon leur doctrine, l’éternité du monde se confond avec celle même de Dieu.

56. De même ordre que le principe universel. C’est en ce sens que la Bible dit aussi que Dieu a fait l’homme à son image, Genèse, ch. I, verset 27.

57. Elle ne peut pas non plus nuire au citoyen. À un certain point de vue superficiel, la pensée peut paraître n’être pas juste, puisque dans quelques cas exceptionnels le citoyen doit se sacrifier à la patrie. Mais, dans l’austérité de la doctrine stoïcienne, ce sacrifice même est un profit, loin d’être une perte pour le citoyen. Ainsi considéré, le principe est vrai ; mais il faut l’âme d’un Curtius ou celle d’un Caton pour l’appliquer, et même pour le comprendre en l’approuvant. Du reste, il est probable qu’il manque une conclusion à ce paragraphe et qu’il faudrait une réponse à l’interrogation. On doit apprendre à celui qui a fait une faute en quoi il a péché, afin qu’il se corrige, s’il en est encore capable.

58. Considère souvent en ton cœur. Admirable maxime, exprimée avec une simplicité qui en augmente encore la profondeur. Pourtant, quelque vraie et quelque utile qu’elle soit, elle est d’une application difficile au milieu des affaires et de toutes les diversions de la vie extérieure. Mais, puisqu’un empereur pouvait la faire, ce doit être une démonstration pour tout le monde et un encouragement à l’imiter. Cette considération de la mobilité de toutes choses est d’une grande importance ; et il est certain que, dans la plupart des cas, elle pourrait beaucoup contribuer à assagir l’âme de l’homme. C’est le Dabit deus his quoque finem de Virgile. Ce n’est pas là du reste diminuer le prix de la vie ; c’est la mesurer à sa véritable valeur ; et la philosophie donne en cela les mains à la doctrine chrétienne et biblique.

59. Que tout cela puisse vous enfler d’orgueil. Cette humilité a d’autant plus de poids qu’elle est dans la bouche d’un maître du monde. Bossuet a dit : « Qu’est-ce donc que ma substance, ô grand Dieu ! J’entre dans la vie pour en sortir bientôt : je vais me montrer comme les autres. Après, il faudra disparaître. Tout nous appelle à la mort ; la nature, comme si elle était presque envieuse du bien qu’elle nous a fait, nous déclare souvent et nous fait signifier qu’elle ne peut pas nous laisser longtemps ce peu de matière qu’elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains et qui doit être éternellement dans le commerce. Elle en a besoin pour d’autres formes ; elle le redemande pour d’autres ouvrages. » Sermon sur la Mort.

60. Pense à la totalité de l’être. Suite des pensées du paragraphe précédent. Celle-ci est tout à fait digne de Pascal ; elle a toute la grandeur de ses propres tristesses sans en avoir l’amertume. C’est la situation de l’homme dans toute sa vérité, exposée simplement, sans exagération ni dans un sens ni dans l’autre. Marc-Aurèle pense comme Pascal ; mais il ne se désole pas comme lui. L’âme est plus saine, si le génie est moins grand. Voir plus haut, liv. II, § 12 ; et plus loin, liv. XII, § 32, où les mêmes idées sont éloquemment développées.

61. Un autre commet une faute. La pensée n’est peut-être pas exprimée assez clairement. Je n’ai pas voulu la préciser davantage, de peur de l’altérer.

62. C’est à lui de voir. Le texte présente cette indécision.

63. Inaccessible à toute émotion de la chair. Ici, le spiritualisme de Marc-Aurèle est complet ; le platonisme ne pourrait distinguer mieux les deux principes dont l’homme est composé.

64. Toute émotion de la chair. C’est l’expression même du texte, qui a une nuance chrétienne, sans que cette nuance probablement soit une imitation.

65. Qu’elle ne se confonde pas. C’est ce que nous devrions nous dire sans cesse, et surtout pratiquer. Il faut qu’en nous la bête soit renfermée dans ses justes limites.

66. Il ne faut pas essayer de lutter contre la sensation. En tant que sensation ; car il est clair qu’à cet égard la sensation est nécessaire, et nous ne pouvons pas éviter de la percevoir. Mais c’est à notre raison d’y imposer un frein et de résister aux conséquences qu’elle peut avoir.

67. Ni un bien ni un mal. Ceci ne doit pas être pris en un sens trop étroit ; car il y a des sensations bonnes ou mauvaises, par les suites qu’elles entraînent après elles. Sénèque a dit : « Je suis de trop bon lieu, je suis destiné à des choses trop grandes pour me rendre esclave de mon corps ; l’âme qui l’habite est franche et libre. Jamais cette chair ne me soumettra à la crainte ni à la dissimulation, qui est indigne d’un homme de bien. Jamais je ne commettrai un mensonge en sa faveur. Je romprai notre société quand bon me semblera. » Épître LXV, à Lucilius. Ailleurs, Épître LXXIV, Sénèque ajoute : « Ce n’est pas dans la chair qu’il faut établir notre félicité. » — Bossuet a dit : « Quoique nous soyons relégués dans cette dernière partie de l’univers qui est le théâtre des changements et l’empire de la mort ; bien plus, quoiqu’elle nous soit inhérente, et que nous la portions dans notre sein, toutefois, au milieu de cette matière et dans l’obscurité de nos connaissances, qui vient des préjugés de nos sens, si nous savons rentrer en nous-mêmes, nous y trouverons quelque chose qui montre bien, par une certaine vigueur, son origine céleste et qui n’appréhende pas la corruption. » Sermon sur la Mort.

68. Vivre avec les Dieux. Grande et pratique pensée, d’une piété profonde ; c’est vivre avec les Dieux que de vivre en leur présence, ne faisant rien qu’on puisse désirer de leur cacher, soumis à leurs volontés et prêt à les suivre partout où ils veulent nous mener. L’ascétisme chrétien a pu se produire sous d’autres formes ; mais il n’a pas d’autre but ni d’autres préceptes. C’est d’ailleurs l’axiome platonicien qui prescrit pour objet suprême aux efforts de l’homme de se rendre semblable à Dieu, autant que le permet l’infirmité de sa nature.

69. Jupiter. En d’autres termes Dieu. Mare-Aurèle reste fidèle aux habitudes du langage reçu ; mais le Jupiter dont il parle n’est plus le Jupiter païen.

70. Parcelle détachée de lui-même. Cette expression doit être entendue dans un sens très-large ; et il n’est pas probable que Marc-Aurèle l’entende ici comme le fait la doctrine de l’émanation. Sénèque a dit : « Soit que la destinée nous lie par une nécessité immuable, soit que Dieu comme arbitre de l’univers ordonne de toutes choses, soit que le hasard roule et conduise aveuglément les affaires humaines, il est certain que la philosophie nous assistera toujours. Elle nous exhortera de nous soumettre volontairement à Dieu, de résister constamment à la fortune, de suivre les ordres de la Providence et de supporter les coups du hasard. » Épître LVI, à Lucilius. — Bossuet a dit : « Il faut être libre de toute inquiétude, de toute passion forte ; en un mot, il faut un silence et une récollection parfaite pour entendre intérieurement la voix de Dieu… Prenez donc garde de ne pas vous étourdir vous-même, et n’empêchez pas l’Esprit saint, qui est en vous, de parler à vos cœurs. » Deuxième Exhortation à la communauté de Sainte-Ursule de Meaux. C’est là aussi toute la doctrine de l’Imitation, qui n’est, au fond, qu’une Récollection perpétuelle de l’âme, dans le silence du cloître et de la cellule. Le vrai problème est d’accommoder cette vie intérieure avec les devoirs du dehors.

71. Provoque donc en lui. Conseils pleins de douceur et de bienveillance pratique, qui peuvent s’appliquer d’une manière générale. Il faut souffrir patiemment les défauts des autres, pour qu’ils souffrent réciproquement les nôtres, dans la mesure d’une tolérance raisonnable. Autrement, la société ne serait pas possible.

72. Des éclats de voix de l’acteur tragique. Cette recommandation est à remarquer de la part d’un empereur, dont la vie, malgré tous ses efforts, n’a pas dû toujours être aussi simple qu’il l’aurait voulu, au milieu des démonstrations dont les courtisans devaient l’accabler. Bossuet a dit : « Faites comme les médecins : pendant qu’un malade troublé leur dit des injures, ils lui appliquent des remèdes. Suivez l’exemple de saint Cyprien, dont saint Augustin a dit ce beau mot, qu’il reprenait les pécheurs avec une force invincible, et aussi qu’il les supportait avec une patience infatigable. » Sermon sur la Charité fraternelle. Bossuet a dit encore : « Voici une belle règle de saint Augustin pour l’application de la charité : L’obligation de s’aimer est égale dans tous les hommes et pour tous les hommes. Mais, comme on ne peut pas également les servir tous, on doit s’attacher principalement à servir ceux que les lieux, les temps et les autres rencontres semblables nous unissent d’une façon particulière comme une espèce de sort. » Politique tirée de l’Écriture, liv, I, art. 5.

73. Après que tu en seras sorti. Cette fin de phrase rend la pensée presque inintelligible, si l’on comprend, comme il semble bien, qu’il s’agit ici de la mort. S’il s’agit uniquement du monde spécial où vit un empereur, c’est-à-dire de la cour et du train des affaires, la pensée alors est fort claire ; mais le texte n’est pas assez précis pour que le lecteur puisse se décider très-nettement. Un peu plus bas, quand Marc-Aurèle parle de sortir de la vie, il pense évidemment au suicide, que le stoïcisme permettait au sage, et que même dans certains cas il lui recommandait.

74. Il y a ici de la fumée ; je quitte la place. Je ne crois pas qu’on puisse ainsi généraliser les choses ; et il faut prendre garde à se contredire soi-même lorsqu’on dispose si légèrement de son existence, en même temps qu’on se flatte d’être parfaitement soumis à la volonté de Dieu et d’accepter tout ce qu’il nous envoie.

75. Jouissant de ma pleine liberté. C’est le point essentiel dans la pratique de la vie, aussi bien que dans la doctrine stoïcienne.

76. Ami de l’association. Les développements qui suivent éclaircissent cette expression, qui dans le texte est aussi obscure que dans la traduction.

77. Une mutuelle harmonie. Bien que Marc-Aurèle n’entre ici dans aucun détail, on voit bien qu’il a des choses de l’univers la même impression qui, dans des siècles d’une science et d’une civilisation plus avancées, a produit des études nombreuses sur les harmonies de la nature. C’est un sujet inépuisable, parce qu’en cela l’esprit de l’homme s’adresse à l’infini, comme en tant d’autres matières.

78. Comment jusqu’à ce jour t’es-tu comporté ? C’est un examen de conscience que chacun peut utilement s’imposer à soi-même, et qui doit avoir sa place presque chaque jour dans nos réflexions. C’est une source constante des informations les plus délicates sur notre conduite personnelle. Si le passé donne des regrets, il porte aussi avec lui de fructueuses leçons ; et, par le souvenir des fautes commises, on peut éviter d’en commettre de nouvelles.

79. Jamais ne dire ou faire aucun mal à personne. Marc-Aurèle emprunte les mots dont il se sert ici à Homère, en les appropriant d’ailleurs à sa pensée et au tour de sa phrase. Voir l’Odyssée, chant IV, vers 690. Quant à la pensée elle-même, elle se retrouve aussi développée tout au long dans le Criton, de Platon, pp. 142 et 143, de la traduction de M. V. Cousin. Socrate établit comme un principe inébranlable qu’il ne faut jamais faire mal sous quelque prétexte que ce puisse être, même au prix de la vie.

80. Et aussi tous tes ingrats. Je crois qu’il est mieux de laisser ce genre de souvenirs dans l’oubli. Penser aux ingrats qu’on a faits, ce serait peut-être se donner bien inutilement, ou de la vanité, ou des chagrins.

81. Peuvent-elles troubler une âme savante et cultivée ? Il semble que cette réflexion peut répondre à celle qui termine le paragraphe précédent. L’ingratitude est tout à la fois une ignorance et une grossièreté. Comment pourrait-elle avoir tant d’influence sur le sage, qui sait clairement pourquoi il a rendu service à ceux qui oublient ses bienfaits, et qui doit être assez maître de lui-même pour ne pas sentir de telles blessures ?

82. La raison répandue dans la création entière. L’intelligence divine. Voir la préface des Questions naturelles de Sénèque.

83. Encore un instant. Ce sentiment de l’infirmité humaine et du vide de toutes choses ici-bas est d’autant plus remarquable qu’il vient d’un souverain absolu, placé au faite des grandeurs, et qui a su par expérience ce que valent tout cet éclat et tout ce faste. C’est là une considération qu’il ne faut jamais perdre de vue en lisant et en méditant Marc-Aurèle ; l’élévation incomparable de son rang ajoute encore à la force et à l’utilité de ses conseils, qu’on pourrait suivre presque aveuglément, si la première règle de la philosophie n’était pas de suivre d’abord sa propre lumière. Chacun de nous, d’ailleurs, peut, dans sa sphère plus ou moins étroite, s’appliquer cette réflexion ; mais une sagesse aussi désintéressée est difficile dans tous les rangs ; et l’obscurité de la situation n’y aide guère.

84. La bonne foi, la pudeur. Il y a dans cette pensée une misanthropie qui n’est pas habituelle à Marc-Aurèle.

85. Remontant vers l’Olympe. Ce vers est d’Hésiode, les Œuvres et les Jours, vers 197 de l’édition de Firmin Didot ; 195 des éditions ordinaires.

86. Honorer et bénir les Dieux. La sagesse de l’homme ne peut aller plus loin ; et, depuis Marc-Aurèle, personne n’a parlé mieux que lui ; pour sa part, il a su agir comme il parlait.

87. Et ne dépend pas de toi. C’est la distinction profonde par où commence le Manuel d’Épictète.

88. Heureuse et bonne. Il n’y a qu’un mot dans le texte ; mais il présente les deux sens. Il est clair que le stoïcien s’inquiète médiocrement du bonheur dans la vie, et qu’il y recherche avant tout l’accomplissement du devoir.

89. L’âme de Dieu et celle de l’homme. Voilà la véritable grandeur de l’homme ; et le stoïcisme a raison.

90. De n’être jamais entravée par un autre. C’est l’indépendance absolue du libre arbitre.

91. De borner là tous ses désirs. C’est la limite extrême de la vertu humaine ; il ne lui est pas possible d’aller au delà. C’est ainsi que, dans le platonisme, l’idée du bien est la plus haute de toutes les idées.

92. Le fait de ma méchanceté actuelle. Le texte n’est pas aussi précis ; et j’ai dû le paraphraser pour le rendre plus clair.

93. À la communauté. Il faut entendre ceci dans le sens le plus large. Il ne s’agit pas seulement de la communauté civile et politique ; mais il s’agit de la société universelle de l’homme avec ses semblables, avec les choses et avec Dieu.

94. À son imagination. On pourrait traduire aussi : « Ne pas se laisser emporter aveuglément à l’apparence. » Mais j’ai préféré la première traduction à cause de ce qui suit : Ne pas s’imaginer, etc., passage où il n’y a pas à se méprendre.

95. C’est l’habitude qui est mauvaise. Tout ce passage est profondément altéré ; et la sagacité des éditeurs n’a pu le rétablir, d’après les manuscrits, qui n’offrent pas de remèdes suffisants. Je l’ai traduit du mieux que j’ai pu, sans répondre que j’aie bien saisi le sens, que d’autres ont compris tout différemment.

96. De son petit-fils. Ou de son élève.

97. Toi aussi tu agis comme lui. C’est-à-dire qu’au moment de la mort, tu songes encore aux choses les plus futiles de la vie.

98. Et moi aussi je l’ai jadis perdue. Cet aveu a quelque chose à la fois de sincère et de bienveillant ; mais, dans l’état où est le texte, il serait possible d’y trouver un autre sens. Celui que j’adopte est très-acceptable.

99. Bien partagé. C’est la traduction littérale du mot grec.

Livre VI

I. La substance de l’univers est docile et maniable. L’intelligence qui la gouverne[1] ne peut trouver en soi aucun motif de mal faire[2], attendu qu’elle n’a aucun vice qui l’y pousse ; elle ne fait rien d’une façon mauvaise ; et rien ne peut éprouver d’elle le moindre dommage, puisque c’est grâce à elle que toute chose se produit ou s’achève.

II. Ne t’inquiète pas de savoir si tu as chaud, ou froid, quand tu fais ce que tu dois[3] ; si tu as besoin de sommeil, ou si tu as suffisamment dormi ; si l’on te blâme, ou si l’on te loue[4] ; si tu t’exposes à la mort, ou à toute autre épreuve ; car le fait même de mourir n’est qu’une des fonctions de la vie ; et, dans ce cas comme dans tous les autres, il suffit que tu disposes bien du moment où tu es.

III. Regarde le dedans des choses[5] ; et ne te laisse jamais abuser, ni sur leur qualité, ni sur leur mérite.

IV. Toutes les choses de ce monde sont sujettes aux plus rapides changements. Ou elles s’évaporent, si leur substance est uniforme ; ou elles se dissolvent en éléments divers.

V. L’intelligence qui régit l’univers[6] connaît les conditions où elle opère[7], les choses qu’elle fait, et la matière sur laquelle elle agit.

VI. Le meilleur moyen de se défendre contre eux[8], c’est de ne pas leur ressembler.

VII. Que ton seul plaisir, que ton unique délassement soit de passer, en te souvenant toujours de Dieu[9], d’un acte d’utilité générale et commune à un autre acte qui soit également utile à la communauté[10].

Rechte und Herkunft

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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