Pensées pour moi-même
Texte / traduction : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Édition : 1876
Ces textes historiques peuvent employer une orthographe ou un vocabulaire anciens. L’édition d’origine est conservée : il ne s’agit pas d’une nouvelle traduction.
Source et éditionLivre III (suite)
V. N’apporte jamais dans ce que tu fais ni mauvaise volonté, ni humeur insociable, ni hauteur inabordable[24], ni préoccupation qui te distraie. Que l’affectation ne soit jamais la parure de ta pensée ; ne dis jamais beaucoup de mots ; n’aie jamais beaucoup d’affaires[25]. Que le Dieu qui réside en toi[26] n’ait à y protéger qu’un être viril et fort, un être digne de respect, un ami de la société, un Romain[27], un être qui se commande en maître, parce qu’il s’est discipliné lui-même, comme un guerrier qui n’attend que l’appel de la trompette[28], toujours prêt à faire le sacrifice de sa vie, sans avoir besoin ni de prêter serment[29], ni d’être surveillé par qui que ce soit. C’est en cela que consiste l’indépendance qui sait se passer de tout secours étranger, et même de cette tranquillité que les autres peuvent nous assurer ; car ce qu’il faut à l’homme, c’est d’être droit ; ce n’est pas d’être redressé.
VI. Si, dans la vie telle qu’elle est faite à l’homme, tu trouves quelque chose de mieux que la justice, la vérité, la tempérance, le courage[30], en un mot, que la pleine domination de ta propre pensée, se suffisant à elle-même dans les choses où elle te fait agir selon la droite raison, et se résignant à la part que lui assigne le destin dans les choses qui ne dépendent pas de notre libre arbitre, si, dis-je, tu trouves quelque chose de mieux, tourne-toi de tout ton cœur vers ce trésor[31] ; et jouis du bien incomparable que tu auras su découvrir. Mais si tu ne trouves rien de supérieur au génie qui siége au dedans de toi[32], qui a soumis à son empire toutes les passions, qui maîtrise toutes les perceptions et qui doit t’arracher à toutes les séductions des sens, comme le dit Socrate[33], qui obéit docilement aux Dieux et qui se dévoue à l’intérêt des humains ; si auprès de lui tout le reste devient à tes regards petit et mesquin, ne laisse plus de place en ton cœur à nul autre objet qui, en t’attirant et en te faisant dévier, t’enlèverait désormais la force de préférer invariablement à tout le reste ce bien, qui est le bien propre de l’homme et qui n’appartient qu’à toi. En face de ce bien, qui est la règle de l’intelligence et de l’activité, il n’est pas permis de rien mettre en balance de tout ce qui est d’une autre espèce que lui, ni les louanges de la foule[34], ni le pouvoir, ni les jouissances du plaisir. Tous ces prétendus biens, pour peu qu’ils semblent à peu près d’accord avec celui-là, nous ont bien vite dominés et nous font dévier malgré nous. Prends donc uniquement, te dis-je, et avec pleine liberté, le bien qui vaut le mieux. Diras-tu : Ce bien suprême, c’est l’utile ? Oui, sans doute, si c’est ce qui t’est utile en tant qu’être raisonnable, recherche-le ; mais si c’est ce qui ne peut te servir qu’en tant qu’être animé[35], n’hésite pas à y renoncer. Garde ton jugement à l’abri de toute vanité ; ne serait-ce que pour te livrer avec le calme nécessaire aux réflexions indispensables.
VII. Ne regarde pas comme pouvant jamais t’être utile[36] rien de ce qui un jour te forcerait peut-être à te parjurer, à perdre ton honneur, à haïr un de tes semblables, à le soupçonner, à le maudire, ou à user de dissimulation, à désirer quelque chose qu’il faille cacher entre des murailles ou sous des voiles. Celui, en effet, qui préfère au monde entier la raison et le génie qu’il porte en lui[37] et les solennels mystères de cette puissance intime[38], n’a que faire de jouer la tragédie et de pousser des gémissements. Il n’aura besoin ni de la solitude, ni de la foule ; il vivra sans rechercher, ni fuir, la part qui lui est faite. Il ne se préoccupe absolument en rien de savoir s’il jouira pendant plus ou moins de temps de cette existence, où son âme est enveloppée dans son corps. Mais dût-il à l’instant même partir de la vie[39], il en sort comme s’il s’agissait d’un de ces actes qu’on peut toujours accomplir avec honneur et pleine sécurité, n’ayant qu’un seul souci durant le cours de sa vie entière, celui d’empêcher que jamais sa pensée ne soit dans une disposition indigne d’un être intelligent et fait pour vivre en société.
VIII. Dans un cœur qui a su se dominer et se rendre pur, on ne trouverait rien[40] qui sentît la corruption, la souillure ou la saleté du vice. Jamais non plus dans un tel homme le destin ne peut surprendre la vie en un état incomplet, comme le serait le cas d’un tragédien[41] sortant de la scène avant la fin de son rôle et le dénouement du drame. Jamais vous ne trouveriez non plus en lui rien qui sente la servilité, l’affectation, la dépendance, l’embarras, la discorde intérieure, et le sentiment de la faute, qui a besoin de se défendre ou de se cacher.
IX. Respecte en toi-même la force qui te permet de bien comprendre les choses ; car tout est là, afin que jamais en toi l’entendement ne vienne à être en contradiction avec la nature, qui est ton souverain guide[42], et avec le développement régulier de l’être doué de raison. Or la nature te recommande la circonspection la plus attentive[43], l’amour des hommes, et la soumission aux Dieux[44].
X. Ainsi donc, jette de côté tout le reste, et ne t’attache solidement qu’à ces quelques points. Souviens-toi toujours aussi que le seul temps qu’on vive[45] est uniquement le présent, c’est-à-dire un instant imperceptible ; et que, pour les autres parties de la durée, ou bien on les a vécues, ou bien on ne sait jamais si l’on doit les vivre. C’est donc bien peu de chose que le temps que vit chacun de nous ; c’est bien peu de chose que le misérable coin de terre[46] où l’on vit. C’est peu de chose même encore que cette renommée qui nous survit, prît-on celle qui dure le plus longtemps. Et cette renommée elle-même[47] ne tient qu’à la succession de ces pauvres hommes, qui vont mourir dans un moment[48] et qui ne se connaissent point eux-mêmes, loin de pouvoir connaître quelqu’un qui est mort depuis de si longues années.
XI. À la suite des recommandations qui précèdent, en voici une autre qu’il est bon d’y ajouter. Quand on a quelque objet dans l’esprit, il faut s’en faire toujours à soi-même une définition et une esquisse, afin de pouvoir considérer ce qu’est au juste[49], et dans son essence nue, cet objet spécial, en le prenant dans sa totalité séparément de tout le reste, et afin de pouvoir se dire à part soi son vrai nom et les noms de tous les éléments qui le constituent et dans lesquels il peut se décomposer. Rien, en effet, ne contribue autant à la grandeur d’âme que de pouvoir apprécier, chemin faisant et en toute vérité, chacun des événements de la vie, et de les si bien voir en eux-mêmes qu’on puisse discerner d’un coup d’œil à quel ordre de choses ils appartiennent, quel genre d’utilité ils peuvent offrir, quel rang ils occupent par rapport au reste du monde, et par rapport à l’homme, à ce citoyen de la cité suprême, dont les autres cités ne sont en quelque sorte que les maisons. Quel est donc cet objet qui se présente actuellement à mon esprit ? De quoi se compose-t-il ? Combien de temps doit-il naturellement durer ? Quelle vertu dois-je exercer à son occasion : douceur, courage, véracité, confiance, simplicité, indépendance ? Ainsi donc, il faut se dire à chaque événement : « Ceci vient de Dieu[50] ; c’est conforme à l’enchaînement des choses, à la combinaison qu’elles forment en s’entremêlant ; c’est l’effet de telle rencontre ; c’est l’effet de tel hasard ; c’est l’acte d’un de mes semblables, de la même espèce, de la même famille, de la même société que moi, qui ignore ce que vaut la nature, tandis que moi je ne l’ignore pas comme lui ; c’est là ce qui fait que je lui montre, dans mes rapports et selon la loi naturelle de l’association, bienveillance et justice, tout en m’efforçant, dans le cours ordinaire des choses, de n’attribuer à chacune que son véritable prix. »
XII. Si, dans l’affaire qui t’occupe[51] actuellement, tu n’obéis qu’à la droite raison avec amour, avec courage, avec douceur, sans la moindre déviation, gardant toujours pur et sans tache le génie qui réside en toi[52], comme si tu avais à le restituer à l’instant même ; si tu sais remplir toutes ces conditions sans rien craindre et sans rien éviter, ne t’occupant que de l’acte que tu as présentement à faire, selon la loi de la nature, et de l’héroïque vérité qui doit régner dans tout ce que tu dis ou tu exprimes, tu te conduiras aussi bien qu’il est possible de se conduire ; et personne au monde ne peut te ravir ce bonheur.
XIII. De même que les médecins[53] ont toujours sous la main leurs appareils et leurs instruments tout prêts, afin de pouvoir soigner sur-le-champ les accidents imprévus, de même sois toujours muni de quelques préceptes qui te permettent de comprendre les choses divines et humaines, et de tout faire, même pour les objets les plus ordinaires, en vue du lien étroit qui les enchaîne les uns aux autres ; car il n’est pas une affaire humaine qu’on réussisse à bien conduire, si on ne la rapporte point aux choses divines ; et réciproquement.
XIV. Cesse enfin de t’égarer ; tu n’as plus le temps de lire[54], ni tes mémoires personnels[55], ni les hauts faits des anciens Romains et des Grecs, ni ces extraits d’ouvrages choisis[56] que tu avais réservés pour charmer ta vieillesse. Ne tarde donc plus à en finir ; et, si tu as quelque souci de toi-même, laisse là les espérances vaines, et ne pense plus qu’à ton propre salut, tandis que tu peux encore y songer.
XV. On ne sait pas assez[57] toutes les nuances de significations diverses que peuvent recevoir des mots tels que : Voler, Semer, Acheter, Se Reposer, Voir ce qu’on doit faire ; car on ne voit pas ces nuances par les yeux du corps, mais par une vue toute différente.
XVI. Corps, âme, raison. Les sensations sont le fait du corps ; les passions se rapportent à l’âme, et les principes n’apparaissent qu’à la raison. Recevoir les impressions des phénomènes est aussi une faculté des brutes ; éprouver l’ébranlement nerveux que produisent les passions est à la portée des animaux sauvages, des hommes qui sont à moitié femmes, à la portée d’un Phalaris et d’un Néron[58] ; prendre en tout sa raison pour guide dans des devoirs purement extérieurs, ce peut être à la portée même des gens qui ne croiraient pas aux Dieux, qui trahissent leur patrie en péril, ou qui se livrent à la débauche quand ils ont une fois leurs portes fermées. Mais si toutes les autres facultés sont encore communes à ces êtres, outre celles que je viens de nommer, le caractère qui reste propre à l’homme de bien, c’est d’aimer du fond du cœur tout ce qui lui arrive[59] et le sort qui lui est tissu ; c’est de ne jamais souiller le génie intérieur qui réside en son âme[60], de ne le point laisser troubler par la foule confuse de ses idées, mais de se ménager toujours sa faveur en suivant humblement les lois de Dieu, en ne disant jamais un mot qui ne soit vrai, en ne faisant jamais un acte qui ne soit juste. Tous les hommes viendraient à nier que l’homme de bien vit ainsi avec simplicité, avec dignité, avec plein contentement, il ne s’irriterait aucunement contre eux ; et il ne se détournerait peut-être pas de cette route qui conduit au terme de la vie, où l’on doit arriver, pur, tranquille, prêt à quitter sa chaîne[61], et s’accommodant sans peine à la destinée qui nous est faite.
Notes de la traduction de 1876 :
1. Nous ne sommes jamais sûrs… C’est une autre abréviation de la vie, et comme une mort anticipée. Le conseil est juste comme tous ceux qui recommandent l’emploi le meilleur de la vie ; mais il n’est peut-être pas très-pratique, parce que les cas de démence sur la fin de l’existence sont assez rares, surtout parmi ceux qui ont vécu de l’esprit et beaucoup exercé leur intelligence.
2. S’éconduire soi-même de la vie. C’est le suicide, permis par la sagesse stoïcienne et autorisé par de nombreux et illustres exemples dans le monde romain, avant l’Empire et sous la République. Le suicide se comprend d’autant moins dans la doctrine des Stoïciens, que le plus spécieux motif de s’éconduire de la vie serait la honte intolérable d’une faute commise, et que le sage, tel que le Portique essayait de le concevoir, ne peut pas commettre une faute de ce genre. Il peut se tromper ; mais il ne se déshonore jamais.
3. Des motifs de se hâter. Ici se hâter ne signifie pas autre chose que de renoncer au plus vite à la vie des sens et de l’instinct pour se donner tout entier, dès qu’on le peut, à la vie de la sagesse et de la raison, conformément à la nature, comme disent les Stoïciens. Sénèque, dans l’Épître LVIII, à Lucilius, traite la même question et la résout aussi par l’affirmative : « Si le corps devient inutile à toutes sortes d’emplois, pourquoi ne pas délivrer l’âme qui souffre en sa compagnie, et de bonne heure, de peur qu’on ne le puisse plus faire quand il sera temps de le faire ? » À un autre point de vue, Bossuet a dit : « Se déterminer à mourir avec connaissance et par raison, malgré toute la disposition du corps qui s’oppose à ce dessein, marque un principe supérieur au corps ; et, parmi tous les animaux, l’homme est le seul où se trouve ce principe. » Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. V, § 97.
4. D’autres considérations analogues. Les considérations qui suivent sont très-justes et très-délicates ; mais elles ne semblent pas se rattacher bien directement à celles qui précèdent. Il n’y a guère que la fin de ce paragraphe qui indique le rapport qui a pu s’établir dans la pensée de Marc-Aurèle, entre la vieillesse qui altère nos facultés, et les accidents fortuits qui altèrent les choses et leur communiquent une certaine grâce qu’elles n’auraient pas si elles restaient plus entières et plus complètes.
5. Concluons donc. Idée profonde, qui est en parfait accord avec le système de l’optimisme.
6. Les traits d’une vieille femme ou d’un vieillard. Ceci est très-vrai pour quelques physionomies, que le regard de l’observateur bienveillant rajeunit très-aisément, parce qu’elles sont restées jeunes et charmantes par leur expression.
7. Pénétrer ces mystères… avec ses œuvres. Il semble que, pour bien marquer le lien entre ce paragraphe et le précédent, l’auteur aurait dû revenir à la pensée de la mort et à la décadence prématurée de notre esprit. — Sénèque a dit : « Admirer, étudier, méditer ces grands problèmes, n’est-ce pas franchir la sphère de sa mortalité et s’inscrire citoyen d’un monde meilleur ?… Je saurai du moins que tout est borné, quand j’aurai voulu mesurer Dieu. » Préface des Questions naturelles.
8. Héraclite… l’embrasement du monde. Héraclite soutenait que le monde vient du feu et qu’il y retournerait en se dissolvant. Voir Diogène de Laërte, liv. IX, ch. i, § 7, édition de Firmin-Didot.
9. Couvert de bouse de vache. Diogène de Laërte, loc. cit., § 3, raconte le même fait, et il ajoute que les médecins ne sachant que conseiller à Héraclite pour guérir son hydropisie, ce fut lui qui imagina ce remède. L’historien de la philosophie invoque les témoignages d’Hermippe et de Néanthès de Cyzique. Héraclite n’avait que soixante ans quand il mourut.
10. La vermine a fait mourir Démocrite. Diogène de Laërte, liv. IX, ch. vii, § 43, prétend, d’après Hermippe, que Démocrite est mort à cent neuf ans, de vieillesse et sans la moindre douleur, comme le rapporte Hipparque. Diogène de Laërte cite deux quatrains qu’il avait faits lui-même sur la mort des deux philosophes.
11. Une vermine d’une autre espèce. Le mot n’est pas trop dur, quand on pense aux accusateurs de Socrate. Mais, dans la bouche du philosophe, l’expression dépasse peut-être les convenances. Dans l’Évangile, le Christ emploie des expressions plus dures encore contre les Pharisiens. « Races de vipères, sépulcres blanchis ! »
12. Rien au monde n’est vide des Dieux. Voir plus haut, liv. II, § 11, la même pensée.
13. Le peu qui te reste de vie. Il semble que le conseil excellent qui est donné ici ne se rapporte qu’à une époque assez avancée de l’existence, et qu’on doit songer à soi plus qu’aux autres surtout quand on approche du terme. Mais ce conseil a, je crois, plus de portée que cette application restreinte ; et dans la jeunesse tout aussi bien que dans l’âge le plus mûr, on doit ne s’occuper que fort peu de ce que font les autres, si ce n’est quand il s’agit de l’intérêt général. Que de médisances, que de discordes, que de luttes, que de fautes même on éviterait en pratiquant cet utile précepte !
14. Le principe directeur. La raison, l’intelligence.
15. C’est de ne penser jamais… Plus haut, liv. I, § 3, Marc-Aurèle loue, parmi les vertus de sa mère, « l’habitude de s’abstenir, non pas seulement de faire le mal, mais même d’en concevoir jamais la pensée. » Le moyen de surveillance perpétuelle sur soi-même qu’il indique ici est très-pratique ; on est alors sur ses gardes comme une sentinelle vigilante, toujours prête à répondre à l’appel qui lui est fait.
16. Le ministre et l’agent des Dieux. Quand l’homme fait le bien, il peut se dire sans orgueil qu’il est l’instrument de Dieu et en quelque sorte son coopérateur, dans la mesure où le comporte l’infirmité de notre nature finie.
17. L’athlète de la plus noble des luttes. Belle et simple expression, dont l’idée est empruntée à la philosophie platonicienne. Socrate parle souvent du combat de la vie, le plus périlleux et le plus noble des combats, puisque nous y sommes placés sans cesse, entre le bien et le mal, la vertu et le vice.
18. Qui trempe l’homme profondément dans la justice. Métaphore aussi juste que grande.
19. De ce que dit un autre. Retour à la pensée principale de ce paragraphe.
20. D’aimer tous les hommes en général. Voir plus haut, liv. II, § 1.
21. Regarder uniquement à l’opinion de ceux… Ce sont les philosophes, c’est-à-dire ceux d’entre les hommes qui ont pu prendre la peine d’approfondir leurs pensées et de se rendre un compte sérieux des choses.
22. Conformément à la nature. En d’autres termes, conformément à la raison et à l’ordre universel des choses, dont l’homme fait partie.
23. Le moindre état de la louange de pareilles gens. L’idée n’est peut-être pas assez pratique pour tout le monde. Ce dédain peut convenir à un simple particulier plus qu’à un empereur, à un philosophe plus qu’au maître du monde. Il faut toujours dans certaines situations tenir compte de l’opinion publique ; et on ne peut la braver complètement que quand on est résolu, comme Socrate, à mettre sa vie en jeu, en y tenant aussi peu que lui. D’ailleurs on ne peut douter pour Marc-Aurèle que cet héroïsme n’eût été à son usage, si les circonstances l’eussent exigé. Il le dit dans le paragraphe suivant, et l’on ne peut le soupçonner d’une vaine ostentation. Il aurait agi comme il parle. — Sénèque a dit : « Dieu est près de vous ; il est avec vous ; il est au dedans de vous. Oui, mon cher Lucile, je vous dis qu’il réside au dedans de nous un Esprit saint, qui observe et qui garde comme un dépôt le bien et le mal que nous faisons ; il nous traite selon que nous l’avons traité. Sans ce Dieu, personne n’est homme de bien. » Épître xli, à Lucilius.
24. Ni hauteur inabordable. Ces préceptes sont bien dignes d’estime quand on songe au poste que Marc-Aurèle occupait.
25. Beaucoup de mots… beaucoup d’affaires. Cette opposition est encore plus marquée dans le texte.
26. Le Dieu qui réside en toi. C’est notre raison, notre intelligence, qui est en nous, mais qui vient d’une source plus haute.
Droits et provenance
Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.
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