Marc Aurèle / Langue du texte : français

Pensées pour moi-même

Texte / traduction : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Édition : 1876

Ces textes historiques peuvent employer une orthographe ou un vocabulaire anciens. L’édition d’origine est conservée : il ne s’agit pas d’une nouvelle traduction.

Source et édition

Livre IV (suite)

L. C’est un secours assez singulier, mais pourtant passablement efficace, pour s’apprendre à mépriser la mort[99], que de récapituler dans sa mémoire ceux qui ont tenu obstinément à la vie. Qu’y ont-ils gagné de plus que ceux qui sont morts avant le temps ? Cadicianus, Fabius, Julien, Lépidus, et tous ceux qui ont eu le même caractère, ont dû cependant tomber un jour ou l’autre, ici ou là. Eux qui avaient porté tant de gens au tombeau, ils y ont été portés à leur tour. Somme toute, l’intervalle est bien peu de chose. Et encore à quel prix, avec qui le passe-t-on, et dans quel misérable corps ! Que ce ne soit donc pas là une affaire. Regarde en effet derrière toi l’abîme insondable de la durée ; et devant toi, un autre infini. Au milieu de cette immensité, quelle différence y a-t-il à vivre trois jours ou trois âges d’homme ?

LI. Marcher toujours par le chemin le plus court ; et le plus court chemin, c’est celui qui est selon la nature[100] ; c’est-à-dire que nous devons nous conformer à la plus saine raison[101], dans toutes nos paroles et dans tous nos actes. Une fois prise, cette résolution nous délivre, et des soucis qui nous accablent, et des combats intérieurs, et de tous calculs et de toute vanité frivole.

Notes de la traduction de 1876 :

1. Le maître intérieur. C’est la raison, et comme le dit si souvent Marc-Aurèle dans son langage stoïcien, le génie qui réside en nous, qui nous domine en nous conduisant.

2. Où même encore il fait son choix. On peut comprendre ce passage en un autre sens, auquel se prêterait l’expression grecque, qui est un peu vague : « En s’élevant au-dessus de soi-même, en s’arrachant à tout. » La fin du § semblerait confirmer ce second sens. — Sénèque a dit : « Il faut régler notre vie comme si tout le monde la regardait, et nos pensées comme si l’on pouvait pénétrer le fond de notre cœur ; et on le peut aussi. Car que sert-il de se dérober à la connaissance des hommes, puisque Dieu connaît toutes choses, qu’il est présent dans notre âme, et qu’il se trouve au milieu de nos pensées ? » Épître LXXXIII, à Lucilius. Voir aussi plus haut, liv. III, § 4.

3. Ne fais jamais quoi que ce soit à la légère. Conseil très-pratique, et qu’observent instinctivement les esprits supérieurs en portant une vive attention à tout ce qu’ils font.

4. On va se chercher de lointaines retraites. La pensée de ce paragraphe est juste au fond ; mais il ne faudrait pas l’exagérer. L’isolement des champs, la retraite dans les diverses conditions où on peut la prendre, aident beaucoup au recueillement de l’âme, que Marc-Aurèle recommande avec tant de sagesse. Ce recueillement est beaucoup plus difficile au milieu du monde et des affaires, où, de plus, il n’est jamais assez complet. Il y a donc de bons motifs pour s’exiler. Mais ce qui est vrai, c’est que rarement les loisirs qu’on se donne par les voyages ou les séjours loin de la ville, sont au profit de l’âme. Ce sont des plaisirs divers qu’on se procure, et l’on ne rentre guère en soi-même, quoiqu’on n’eût rien de mieux à faire.

5. Ces ressources. Un peu plus bas, on verra que ces ressources toutes morales sont les fortes maximes qui doivent régler la vie et gouverner l’homme.

6. Se supporter réciproquement. Maxime aussi pratique que profonde, qui est faite pour adoucir et faciliter la société des hommes, mais qui n’est à l’usage que des cœurs les plus magnanimes et les plus désintéressés.

7. Ou il y a une Providence. Voir plus haut, liv. II, § 11, et liv. III, § 3, la même pensée plus développée qu’elle ne l’est ici.

8. La vaine opinion des hommes. Pascal n’est pas plus dédaigneux de l’opinion commune. La pensée n’est pas fausse ; mais il faut la bien comprendre ; et si l’homme doit supporter ses semblables et ses frères afin d’être réciproquement supporté par eux, il ne doit pas trop mépriser ce qu’ils pensent ; car, à ce prix, la vie serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, avec eux.

9. L’abîme du temps pris dans les deux sens. Ces deux infinis de la durée, le passé et l’avenir, que sépare sans cesse un instant, qui est lui-même insaisissable. Voir plus haut des réflexions analogues, liv. II, §§ 13, 14 et 17.

10. Ceux qui entonneront tes louanges. La colonne Antonine, qu’on voit encore à Rome, a été élevée à Marc-Aurèle post mortem. Quoi qu’en dise ici le philosophe, on peut croire que son âme stoïque aurait été touchée de cet hommage posthume, que lui rendait la reconnaissance d’un grand peuple.

11. Que tu peux toujours faire retraite. C’est profondément vrai ; mais il faut une longue habitude et un ascétisme énergique pour arriver à se posséder si pleinement soi-même.

12. Les choses ne touchent pas directement notre âme. C’est la grande distinction d’Épictète entre les choses qui dépendent de nous, et celles qui n’en dépendent pas.

13. Vont changer dans un instant. C’est là ce qui fait que dans la vie il ne faut jamais se décourager en face des revers, pas plus qu’il ne faut avoir une confiance aveugle à des succès passagers. Comme tout change, en effet, le malheur est tout près de finir ; et la prospérité n’est pas moins éphémère. Mais combien d’âmes sont assez vigoureuses pour être si sensées ! Sénèque a dit : « De là ces voyages sans suite, ces courses errantes sur les rivages, cette mobilité qui essaie tantôt de la mer, tantôt de la terre, toujours ennemie du présent. Maintenant, allons en Campanie. Bientôt on se dégoûte des belles campagnes ; il faut voir des pays incultes ; parcourons les forêts du Bruttium et de la Lucanie. » De la tranquillité de l’âme, ch. II. Lucrèce, cité par Sénèque, avait dit avant lui : « C’est ainsi que chacun se fuit toujours soi-même. » Job, traduit par Bossuet, avait dit : « Ô vous qui naviguez sur les mers, vous qui trafiquez dans les contrées lointaines et qui nous en rapportez des marchandises si précieuses, dites-nous, n’avez-vous point reconnu dans vos longs et pénibles voyages, n’avez-vous point reconnu où réside l’intelligence, et dans quelles bienheureuses provinces la sagesse s’est retirée ? » Sermon sur la Loi de Dieu, premier point.

14. Nous sommes concitoyens. Ce mot est pris ici dans toute sa force, Membres d’une même Cité, la cité du monde, comme il est dit quelques lignes plus bas.

15. Cette cité commune. Gouvernée par l’être infini, tout-puissant et parfaitement bon, Dieu, d’où nous viennent toute notion et toute pratique du bien.

16. L’intelligence doit nous venir de quelque part. Notre intelligence, toute bornée qu’elle est, doit nous paraître certainement la plus forte démonstration de l’intelligence infinie. Une inscription grecque trouvée à Énos tout récemment atteste que les idées spiritualistes avaient cours parmi les païens au temps de Marc-Aurèle, même en dehors de l’École. Voir la Revue archéologique, août 1873, p. 94, article de M. E. Miller, de l’Institut. Sénèque a dit : « Embrassons par la pensée deux républiques : l’une grande et vraiment publique qui renferme et les dieux et les hommes, où nous n’adoptons pas tel ou tel coin, mais où nous mesurons notre cité par le cours entier du soleil ; l’autre, à laquelle nous attache la condition de notre naissance. » Du repos du sage, ch. XXXI.

17. Un mystère de la nature. Il est à remarquer que cette grande question de la naissance et de la mort n’a guère été traitée que par les religions. La philosophie, sauf le stoïcisme et Sénèque, l’a généralement négligée, malgré toute son importance.

18. Le plan raisonné du système entier. Dans les choses inaccessibles à notre raison, le mieux est encore de s’en fier à la Providence, infinie en bonté comme en justice, et de reconnaître avec humilité les bornes infranchissables de notre entendement fini et insuffisant.

19. Que la figue n’ait pas de suc. Il est assez probable que c’était là un dicton proverbial.

20. Et toi et lui. Il semble qu’il y ait ici quelque lacune de pensée. Lui, peut s’adresser à un fâcheux, contre lequel Marc-Aurèle aurait eu de l’humeur, ou à tel personnage qui aurait provoqué sa juste colère.

21. Vous serez morts tous les deux. Considération bien vraie, mais à laquelle on pense rarement.

22. Supprime l’idée que tu t’es faite. Cette pensée a beaucoup de vrai ; mais cependant elle a aussi ses limites. Autrement, l’idéalisme absolu aurait seul raison ; le monde tout entier, avec la série infinie de ses phénomènes, se réduirait à une pure apparence, et notre pensée seule aurait une réalité qu’elle-même perdrait bientôt. Mais il est certain que, dans une foule de cas, guérir notre imagination, c’est guérir notre mal, ou du moins l’atténuer beaucoup. Sénèque a dit : « La douleur ne sera pas grande, pourvu que l’opinion n’y ajoute point. Au contraire, si vous prenez courage et que vous vous disiez en vous-mêmes : « Ce n’est rien, ou en tout cas c’est bien peu de chose, ayons patience, » elle cessera bientôt. Vous l’adoucirez même en vous figurant qu’elle est douce à supporter. » Épître LXXVIII, à Lucilius.

23. L’homme plus mauvais vis-à-vis de lui-même. Voir plus haut, liv. II, § 11, la même pensée exprimée dans des termes presque identiques.

24. Est contrainte nécessairement. Cette pensée doit être comprise en ce sens que Dieu est nécessité au bien, puisque nécessairement il ne peut faire le mal ; ce qui serait contradictoire à sa propre nature.

25. Mais, en outre, selon la justice. C’est un axiome absolument incontestable en le prenant dans toute sa généralité ; mais la difficulté est de bien comprendre comment la justice s’applique dans les cas particuliers.

26. Continue donc à le reconnaître. C’est comme une profession de foi d’optimisme.

27. Dans toute l’étendue de ce mot. On peut dire de ce précepte comme l’Évangile le dit d’un autre : « C’est là toute la loi et les prophètes. » Saint Matthieu, ch. VII, verset 12. — Bossuet a dit : « La règle de la raison, c’est Dieu même ; et lorsque la raison humaine compose ses mouvements selon la volonté de son Dieu, de là résulte ce juste tempérament, de là cette médiocrité raisonnable qui fait toute la beauté de nos âmes. » Sermon sur la Loi de Dieu. Et dans le même sermon : « La volonté divine, qui préside à cet univers, étant elle-même sa règle, elle est par conséquent la règle infaillible de toutes les choses du monde, et la loi immuable par laquelle elles sont gouvernées. »

28. La raison, qui doit te régir souverainement… changer d’avis. Deux préceptes excellents, d’une application très-difficile pour tout le monde, mais surtout pour un homme revêtu de la toute-puissance, qui ne permet guère d’être docile à la raison, ni surtout de paraître avoir jamais eu tort.

29. Que peux-tu vouloir de plus ? C’est l’absolue résignation à la volonté de Dieu, et la soumission absolue aux ordres de la raison, le seul et direct intermédiaire entre l’homme et son créateur. Sénèque a dit : « Ce qui sert beaucoup à la liberté de l’âme, c’est de se dire que tout est composé de Dieu et de la matière, que Dieu gouverne tous les êtres, qui sont répandus autour de lui et le suivent comme leur maître et leur conducteur. Or Dieu, qui agit sur la matière, est plus puissant que la matière, qui reçoit l’action de Dieu. Le rang que Dieu tient dans le monde, notre âme le doit tenir dans l’homme. » Épître LXV, à Lucilius. — Bossuet a dit : « La divine Providence a établi la raison dans la suprême partie de notre âme pour adresser nos pas à la bonne voie et considérer aux environs les empêchements qui nous en détournent. » Sermon sur la Loi de Dieu, premier point.

30. Tu disparaîtras. L’expression est un peu trop forte ; et la preuve qu’elle ne rend pas la pensée de Marc-Aurèle, c’est qu’il se reprend pour l’atténuer par une autre, qu’il trouve sans doute plus exacte.

31. Tu seras recueilli. L’expression peut encore sembler un peu vague. Mais du moins elle n’implique pas comme la précédente une idée d’anéantissement.

32. Sur le même autel, il y a bien des grains d’encens. Cette métaphore délicate et très-juste mérite d’être remarquée d’autant plus que ces formes de style sont fort rares dans Marc-Aurèle. Bossuet a employé une image toute pareille : « Jusqu’à ce que les ombres se dissipent et que le jour de la bienheureuse éternité paraisse, j’irai dans la solitude, sur la montagne de la myrrhe et sur la colline de l’encens, pour contempler de là les vérités éternelles et pour m’élever à Dieu par la pénitence et par l’oraison, comme l’encens monte au ciel, en se détruisant lui-même et en se consommant dans la flamme. » Réflexions sur le triste état des pécheurs, etc.

33. De bête fauve ou de singe. Un empereur était plus que tout autre exposé à ces fluctuations et à ces retours de la popularité. Marc-Aurèle ne paraît pas s’être soucié beaucoup ni des unes ni des autres. Un ferme ami de la raison n’a jamais à s’inquiéter outre mesure de ces passions mobiles de la foule, quoiqu’elles puissent lui coûter cher, comme à Socrate.

34. Le voisin. Ou le prochain, si l’on veut. Le mot grec est le même dont se sert le texte de l’Évangile pour exprimer cette dernière pensée.

35. À l’exemple de l’homme de bien. Il y a ici quelque altération dans le texte ; et plusieurs éditeurs ont proposé une heureuse variante, qui n’exige qu’un très-léger changement matériel. Il faudrait, selon eux, introduire le nom d’Agathon, le poëte contemporain et ami de Socrate et de Platon. Alors on traduirait : « Comme le dit Agathon », au lieu de : « À l’exemple de l’homme de bien. » Les deux leçons sont très-acceptables ; mais la seconde aurait en sa faveur la nuance un peu poétique des mots qu’emploie Marc-Aurèle, nuance que j’ai essayé de conserver dans ma traduction.

36. La renommée qu’on doit laisser après soi. Ce dédain énergique et sincère de la gloire est remarquable ici à deux titres. D’abord, il vient d’un empereur, maître du monde ; et en second lieu, au temps de Marc-Aurèle, ces idées aujourd’hui si communes étaient toutes nouvelles. Elles devaient d’autant plus frapper ceux à qui elles s’adressaient. Pour nous, ces idées, toutes justes qu’elles sont, ont moins de piquant parce qu’elles ont moins de nouveauté. Le sage n’en doit pas moins les méditer et les accueillir ; car elles sont profondément vraies ; et la philosophie stoïque est ici en plein accord avec l’humilité chrétienne.

37. À moins toutefois qu’on ne veuille… Le reste suit une tout autre raison. Le texte doit être altéré ici ; mais il n’y a pas de variante qui permette de le corriger ; je l’ai interprété du mieux que j’ai pu.

38. Tout ce qui est beau. Après avoir démontré l’inanité de la gloire relativement aux personnes, Marc-Aurèle essaie de la démontrer à plus forte raison à l’égard des choses. Mais la manière dont il présente cette idée a peut-être le tort d’être par trop évidente. Les choses ne changent pas parce qu’on les loue ; et leur nature, sous ce rapport, est absolument immuable.

39. Et la fleur, et l’arbuste. Les objets de la nature après les objets de l’art.

40. Assez vaste pour les contenir toutes. Cette réflexion, qui peut paraître étrange, tient sans doute à l’idée que les anciens se faisaient de la nature de l’âme. Ils lui donnaient toujours quelque matérialité. La fin de ce paragraphe semble indiquer que Marc-Aurèle vaut combattre ce préjugé, qui est d’ailleurs assez naturel, même chez des philosophes, et que les premiers Pères de l’Église ont aussi partagé.

41. Une telle question. Si difficile et si obscure.

42. La cause d’où vient cet élément. On pourrait ajouter Spirituelle ; et cette dernière idée est évidemment sous-entendue, par opposition même à l’élément matériel.

43. Ô monde. Tournure qui détonne un peu avec le diapason habituel du style de Marc-Aurèle ; mais qui n’a rien de déclamatoire ni de faux.

44. Dans la tragédie. Je n’ai pas trouvé dans les tragédies grecques et dans les fragments qui nous en restent, le passage qui est cité ici. Il est d’ailleurs aussi clair que possible. Voir plus haut dans ce livre, § 10.

45. Un philosophe. Il paraît bien que ce philosophe est Démocrite, si l’on s’en rapporte à différents passages de Stobée ; serm. I, 40 ; serm. III, 34 et 35 ; serm. V, 24. Mais il est probable que bien d’autres, après Démocrite, avaient exprimé la même pensée, qui est juste, mais n’a rien de bien profond. Marc-Aurèle y donne seulement plus de précision et de portée.

46. Essentiellement sociable. Et qui veut remplir tous les devoirs que la société lui impose envers les autres et envers lui-même.

47. Il faut se souvenir de se poser cette question. On ne doit pas entendre cette maxime dans un sens trop étroit ; et il est clair que l’on ne pourrait pas, à chacune de ses actions, se poser cette question, d’ailleurs fort pratique. Il faut réserver un examen de ce genre pour les cas qui ont quelque gravité ; et il est certain qu’on pourrait par là beaucoup simplifier sa vie et en retrancher bien des choses inutiles.

48. Ce sont en outre les pensées. Ceci suppose une rare vigilance de soi-même ; et, en supprimant la pensée, on est d’autant plus sûr de supprimer les actes.

49. Conserver la sérénité de son âme. Non point en vue de son bonheur personnel et par un calcul d’égoïsme, mais afin d’assurer à la raison tout son empire, dans une âme que ne trouble aucune passion désordonnée. Voir les deux traités de Sénèque, Le Repos du sage, et La tranquillité de l’âme.

50. As-tu vu cela ? Vois encore ceci. Ces formes de style un peu abruptes ne rendent pas la pensée fort claire ; et il est assez difficile de bien comprendre ce que Marc-Aurèle veut dire ici. Il semble bien cependant que c’est une suite des conseils précédents, et une nouvelle recommandation de conserver autant que possible la sérénité de l’âme, en présence des accidents qui arrivent à autrui, ou de ceux qu’on éprouve soi-même.

51. Réaliser en toi-même un certain monde. Il faut se rappeler que le mot grec qui signifie Monde, signifie également Ordre ; et il y a ici dans la phrase de Marc-Aurèle une sorte de jeu de mots, que notre langue ne peut rendre. Aussi j’ai dû ajouter : « Régulièrement ordonné. » L’argument d’ailleurs est très-fort ; et l’ordre dont l’homme peut être l’auteur, quand il le veut, démontre évidemment l’ordre qui règne dans l’univers. Nous affirmons instinctivement cet ordre, sans qu’il nous soit toujours permis de le comprendre.

52. Caractère sombre. Ceci semble une note qui attendait une forme définitive, et qui en outre ne tient en rien à ce qui précède, ni à ce qui suit.

53. La cité. Il s’agit de la cité du monde, dont l’homme fait partie, et dont il doit s’occuper plus encore que de la société civile où il est placé.

54. Se procurer par soi-même. Ceci est bien remarquable dans la bouche d’un empereur.

55. La commune nature. Que le stoïcisme confond trop souvent avec Dieu.

56. En se révoltant contre ce qui arrive. Conseil de résignation volontaire et intelligente.

57. Un fragment détaché… Quand on détache. La répétition est dans le texte, et la traduction a dû la conserver.

Droits et provenance

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

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