Mark Aurel / Textsprache : Französisch

Pensées pour moi-même

Text / Übersetzung : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Ausgabe : 1876

Historische Texte können eine ältere Rechtschreibung oder Wortwahl verwenden. Die ursprüngliche Ausgabe bleibt erhalten; dies ist keine neue Übersetzung.

Quelle und Ausgabe

Livre VII (Fortsetzung)

72. Sentence d’Antisthène. Le Pseudo-Plutarque, dans le Traité de la noblesse, pag. 77, § 32, édition Firmin-Didot, dit qu’Alexandre avait coutume de répéter ce beau mot ; mais il ne dit pas que ce mot fût d’Antisthène. Épictète, Dissertations, liv. IV, § 2, pag. 202, même édition, attribue formellement cette maxime au philosophe cynique. Il n’importe guère d’ailleurs ; et, quel qu’en soit l’auteur, elle est admirable. Diogène de Laërte, liv. VI, ch. I, § 3, dit qu’Antisthène fit cette noble réponse à quelques mauvais propos que Platon avait tenus sur lui. La citation d’Épictète combinée avec celle de Diogène de Laërte § 18, pourrait faire croire que c’était dans un dialogue d’Antisthène, intitulé Cyrus, que se trouvait cette maxime.

73. Que notre visage nous obéisse docilement. Pensée ingénieuse et neuve ; elle n’est peut-être pas aussi juste que le croit Marc-Aurèle. Nous pouvons, il est vrai, composer les traits de notre visage ; mais la physionomie dépend beaucoup moins de nous ; et, quoi que nous fassions, elle change peu.

74. À quoi bon s’emporter. Citation d’Euripide dans sa tragédie perdue de Bellérophon. Voir les Fragments dans l’édition de Firmin-Didot, frag. 298, pag. 686.

75. Donne-nous le plaisir. On ne sait à quel poëte cette citation est empruntée ; placée entre deux autres citations d’Euripide, il est probable qu’elle lui appartient aussi.

76. Nos jours sont moissonnés. Citation d’Euripide dans sa tragédie perdue d’Hypsipyle, Fragment 752, pag. 799, édition Firmin-Didot. Plus haut, liv. IV, § XLVIII, Marc-Aurèle a comparé la fin de l’homme à une olive mûre, tombant de l’arbre qui l’a portée.

77. Si les Dieux m’ont frappé. Citation d’un poëte inconnu.

78. Le bien et la justice. Vers d’Aristophane dans les Acharniens, v. 661, édition Firmin-Didot.

79. Ne pas palpiter comme eux. J’ai rendu le texte avec toute sa concision. Ceci veut dire : Ne pas faire comme les autres hommes, qui se laissent aller aux émotions les plus vives, et dont le cœur palpite sous les désirs qui les bouleversent.

80. Extraits de Platon. Apologie de Socrate, traduction de M. V. Cousin, pages 90 et 91.

81. Mon cher, prends bien garde. Autre citation de Platon, Gorgias, traduction de M. V. Cousin, pag. 376.

82. Étudier le cours des astres. Il est certain que l’étude de l’astronomie devrait élever l’âme plus que celle de toute autre science, parce que plus que toute autre elle nous fournit une idée de l’immensité de l’univers. Elle semble plus près de l’infini.

83. On est emporté avec eux. Ceci paraît impliquer la notion du mouvement de la terre. Mais peut-être n’est-ce aussi qu’une métaphore.

84. Aux permutations des éléments les uns dans les autres. Voir plus haut, dans ce livre, §§ 18, 23 et 25.

85. La vie terrestre. Le mot à mot serait : « La vie terre à terre. »

86. Voici une belle pensée de Platon. Cette pensée ne se retrouve plus dans les œuvres du philosophe telles que nous les possédons ; elle est tirée de quelque ouvrage perdu ; il est à regretter que le texte ne nous donne pas même le nom de cet ouvrage. Il me semble d’ailleurs que le ton de cette pensée ne rappelle guère le style ordinaire de Platon.

87. Étudier le passé en remontant les siècles. Cette pensée est très-juste et très-utile, pourvu qu’on ne pousse pas trop loin cette théorie. L’Ecclésiaste dit aussi comme Marc-Aurèle : « Rien de nouveau sous le soleil ». Cette affirmation est vraie en un sens ; mais l’affirmation contraire ne l’est pas moins. Tout est nouveau chaque jour ; et la preuve, c’est l’intérêt ardent que nous prenons à ce qui se passe de notre temps, même en dehors de toute participation personnelle. Dans le cours d’une existence ordinaire, on voit bien des choses ; et, par exemple, que n’a pas vu notre pays depuis quatre-vingts ans ? Que n’avait pas vu le peuple romain depuis Néron jusqu’à Marc-Aurèle ? Ainsi, les nouveautés ne manquent pas au spectateur qui veut les observer. Mais il est vrai, comme le dit le sage empereur, qu’il y a toujours un certain fonds qui est uniforme ; et, dans l’histoire, le fonds qui reste essentiellement le même, c’est la nature humaine, avec ses besoins et ses passions, ses misères et ses grandeurs. Croire trop à l’uniformité, c’est de l’indifférence et de la misanthropie.

88. Ce que la terre enfante. Ces deux vers sont d’Euripide, dans sa tragédie de Chrysippe. Voir les Fragments, VI (833), pag. 824, édition Firmin-Didot.

89. Une simple dissolution. Voir plus haut la pensée sur la mort, § 32.

90. Qui ne sentent rien. Ceci semble mettre en dehors de toute dissolution la partie spirituelle de notre être.

91. Tout est vain… Ces deux premiers vers sont d’Euripide, Les Suppliantes, Vers 1110 et 1111.

92. Le vent qui nous emporte. Je ne sais de quel auteur sont ces deux autres vers. Il se peut qu’ils appartiennent également à Euripide.

93. Un tel est plus adroit à la lutte. Le texte a toute cette indécision ; mais il serait possible de supposer que cette pensée de Marc-Aurèle s’adresse à lui personnellement : « Un tel est plus adroit que toi à la lutte… pas plus dévoué que toi, etc. » Cette traduction aurait une forme plus vive ; mais elle ne serait peut-être pas assez fidèle.

94. La raison, qui régit également les Dieux et les hommes. C’est la grandeur de l’homme d’être soumis, en le sachant, à la même loi que Dieu ; et, de là, cette sécurité profonde qu’il ressent quand il fait le bien, et qu’il sait qu’il le fait.

95. L’organisation générale des choses. L’expression du texte est aussi peu déterminée ; quelques traducteurs ont cru qu’il fallait la définir davantage et comprendre : « Les lois de notre organisation ». Le paragraphe suivant pourrait donner raison à cette dernière interprétation.

96. Trois choses dépendent uniquement de toi. C’est là, on peut dire, le résumé pratique de toute la doctrine stoïcienne. Ces trois seules règles bien observées suffiraient à rendre l’homme content de son sort, à le mettre en bonne intelligence avec ses semblables, et à éviter le plus possible les chutes si naturelles à notre infirmité.

97. Ne regarde pas à ce que font les autres. Voir plus haut, liv. V, § 25. C’est une des recommandations les plus pratiques que la philosophie puisse nous faire. Ce n’est pas là du tout s’isoler de ses semblables ; mais c’est uniquement ne point se mêler des affaires qui ne regardent qu’eux. Que de discordes, que de haines, que de conflits n’évite-t-on pas en s’abstenant de propos malveillants ou d’inquisitions déplacées !

98. La conséquence de l’organisation. J’ai laissé à la traduction le vague que présente aussi l’expression du texte. On peut entendre à la fois et l’organisation universelle des choses, et l’organisation particulière de l’être.

99. Les moins bonnes choses soient faites en vue des meilleures. Grand principe cent fois proclamé par Aristote. Voir notamment sa Politique, liv. I, ch. I, § 4, pag. 4 de ma traduction, 3e édition ; et passim dans ses œuvres.

100. L’intérêt de la communauté. Il faut entendre ce mot dans le sens le plus large. Il ne s’agit pas seulement ici de la société civile, mais de l’ordre universel des choses.

101. Ne point se livrer aux entraînements du corps. Maxime qui, de l’École platonicienne, est passée à celle de Zénon.

102. Ne point faillir, ne point s’égarer. Dans la mesure de la faiblesse humaine.

103. Comme si tu étais déjà mort. C’est en ce sens que Platon avait dit que la philosophie est l’apprentissage de la mort. Voir Platon, Phédon, pag. 199, traduction de M. V. Cousin.

104. Nous n’avons qu’à aimer le sort… La maxime est juste ; mais l’homme n’est pas absolument passif dans le sort qui lui est fait ; il a lui-même beaucoup d’influence sur sa propre destinée ; et la philosophie le suppose, puisqu’elle lui donne des conseils ; ses enseignements seraient bien inutiles si l’homme ne pouvait pas les suivre, et que tout fût immuablement réglé.

105. Les mêmes épreuves que nous. C’est en effet une cause assez efficace de consolation de voir qu’on n’est pas le seul à souffrir, et on se fortifie par l’exemple d’autrui. Les plaintes ont été inutiles. Pourquoi les renouveler ? Elles ne mènent à rien et elles affaiblissent encore. Il vaut mieux se raidir, comme le Stoïcisme le recommande.

106. Ces deux choses. Le texte n’est pas plus clair ; mais, sans croire qu’il soit altéré, les deux choses dont il est ici question peuvent être, et l’exemple des autres dont les plaintes ont été parfaitement vaines, et la résignation que ces exemples doivent nous enseigner.

107. Regarde au dedans de toi. Sous une autre forme, c’est l’axiome de la sagesse antique : « Connais-toi toi-même ».

108. La source du bien. C’est l’expression même du texte. Le bien est évidemment en nous, en ce sens que nous ne pouvons le connaître que par la raison dont nous sommes doués. La réflexion éclaircit et soutient tout à la fois la raison et la conduite qu’elle nous dicte.

109. Le corps doit, lui aussi, se ranger. Ce n’est ici qu’une maxime secondaire, si l’on veut ; mais elle n’est pas sans importance ; la discipline du corps suit assez naturellement celle de l’âme, par cela même que le corps et l’âme sont étroitement unis. Cette surveillance sur l’extérieur n’était pas inutile à rappeler même aux philosophes ; car dans l’école Cynique, par exemple, elle avait été singulièrement négligée ; et même l’école Stoïcienne n’en avait pas toujours pris un soin suffisant.

110. Tout cela ne doit en rien sentir l’affectation. Voilà la vraie limite dans un sens ou dans l’autre.

111. L’art de la vie. C’est en ce sens que Socrate avait dit que le combat de la vie est le plus beau des combats. Voir la République, liv. X, pag. 265, traduction de M. V. Cousin

112. Dont tu ambitionnes le témoignage. Ce sont des guides utiles qu’on se donne à soi-même ; et, en voyant comment se dirigent de tels personnages, on apprend mieux à se diriger personnellement.

113. Autre que la tienne. J’ai ajouté ces mots pour rendre toute la force de l’expression grecque.

114. Dit le philosophe. C’est Platon, qui a soutenu cette doctrine, comme on peut le voir dans le Protagoras, p. 89 de la traduction de M. Victor Cousin ; dans les Lois, liv. V, p. 270 ; et dans plusieurs autres passages.

115. Elle te rendra plus indulgent. Application très-utile d’une maxime qui n’est pas absolument juste.

116. De la sentence même d’Épicure. Il est assez remarquable que le Stoïcisme puisse invoquer l’autorité d’Épicure. C’est qu’en effet la maxime que cite Marc-Aurèle est très-sage, et d’un grand secours pour développer en nous la vertu de la patience, tant recommandée par l’école Stoïcienne.

117. Ne point l’accroître par l’opinion que tu t’en fais. C’est une observation que chacun de nous peut faire bien souvent dans la vie. Les maux qui, à distance et sous le prisme de l’imagination, nous paraissaient insupportables, s’adoucissent beaucoup quand ils sont présents, et nous nous trouvons des forces que nous ne nous croyions pas pour les supporter. C’est que l’imagination n’agit presque plus, en face et sous le coup de la réalité.

118. Ainsi l’envie de dormir. Toute cette fin du paragraphe est obscure, et la pensée n’est pas assez nette.

119. Des gens inhumains… les hommes… pour des hommes. L’opposition est encore plus marquée, s’il est possible, dans le texte que dans la traduction. C’est un cliquetis de mots analogues que la langue grecque rend ici mieux que la nôtre.

120. Télaugès. Il s’agit sans doute du fils de Pythagore, et son nom aura pu servir d’exemple à Marc-Aurèle aussi bien que tout autre nom. Voir Diogène de Laërte, Vie de Pythagore, liv. VIII, chap. I, p. 214, ligne 31, édit. Firmin-Didot.

121. Il ne suffit pas. Il semble que c’est pousser l’exigence bien loin que de ne pas se trouver satisfait des principales actions de Socrate, où il a montré tant de courage et tant de vertus de tout genre. Socrate rappelle lui-même les faits auxquels Marc-Aurèle fait ici allusion, dans son Apologie ; voir la traduction de M. V. Cousin, passim et surtout pp. 91, 99 et 100.

122. L’homme de Salamine. Cet homme s’appelait Léon ; et Socrate, en refusant de l’arrêter, s’exposait à la mort si la tyrannie des Trente n’eût été renversée bientôt après, Apologie, p. 100.

123. Par ses conversations dans les rues. Le texte n’est pas tout à fait aussi précis ; mais le sens ne peut être que celui-là.

124. Si tout cela était parfaitement exact. Il n’y a guère lieu de douter de faits attestés par des témoins tels que Xénophon et Platon, sans parler de la tradition, qui a toujours été d’accord avec eux.

125. Ce qu’était réellement l’âme de Socrate. C’est là appliquer à Socrate lui-même la méthode qu’il appliquait aux autres, et qu’il leur a toujours recommandée.

126. Avec assez de résignation. Personne n’a été plus résigné que Socrate ; et le Phédon tout entier est là pour le prouver, aussi bien que le Criton, sans parler de sa doctrine sur la bonté toute puissante et la providence de Dieu.

127. Succomber l’esprit aux passions de la chair. Il serait bien inutile de défendre Socrate, que d’ailleurs Marc-Aurèle ne peut pas soupçonner sérieusement.

128. Un homme divin. Le mot est du texte même.

129. Sans même être connu de qui que ce soit. Admirable maxime, dont il ne faudrait pas abuser en poussant trop loin le mépris de l’opinion. C’est une grande leçon de modestie et d’humilité.

130. Presque rien pour être heureux. On sait de reste que l’idée du bonheur ne tient qu’une place très-secondaire dans toutes les théories du Stoïcisme.

131. En dialectique et dans les sciences naturelles. Voir plus haut, liv. II, § 2, et aussi liv. V, § 5.

Rechte und Herkunft

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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