Mark Aurel / Textsprache : Französisch

Pensées pour moi-même

Text / Übersetzung : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Ausgabe : 1876

Historische Texte können eine ältere Rechtschreibung oder Wortwahl verwenden. Die ursprüngliche Ausgabe bleibt erhalten; dies ist keine neue Übersetzung.

Quelle und Ausgabe

Livre IX (Fortsetzung)

XVIII. Pénètre au fond de leurs cœurs[51] ; et tu sauras quels juges tu redoutes, et quels juges ils sont aussi à leur propre égard.

XIX. Tout est soumis au changement[52]. Et toi-même tu es sujet à une perpétuelle modification, et, sous certains rapports, à une destruction perpétuelle. L’univers entier est comme toi[53].

XX. Il faut laisser à autrui la faute d’autrui[54].

XXI. Qu’une action cesse ; qu’un désir, qu’une idée s’arrêtent et s’apaisent ; que tout cela meure, peut-on dire, il n’y a pas là le moindre mal[55]. À un autre point de vue, considère les âges divers de la vie, enfance, adolescence, jeunesse, vieillesse ; tous ces changements sont des morts successives de chacun de ces états. Est-ce donc si terrible ? Maintenant considère encore le temps de la vie que tu as passé sous la conduite de ton grand-père, de ta mère, de ton père[56] ; et te rappelant encore bien d’autres vicissitudes que celles-là, bien d’autres changements, bien d’autres cessations de choses, demande-toi de nouveau : « Est-ce donc si terrible ? » Ainsi, le terme de la vie tout entière[57], sa cessation, son changement ne sont pas non plus davantage à craindre.

XXII. Reviens bien vite, reviens en courant à la pensée du principe souverain qui te régit[58], du principe qui régit l’univers, et de celui qui régit l’homme à qui tu parles : à ton principe, pour en faire en toi une intelligence amie de la justice ; au principe souverain de l’univers, pour te rappeler de quel tout tu fais partie ; au principe qui conduit ton interlocuteur, pour savoir s’il agit par ignorance[59] ou de propos délibéré, et ne pas oublier qu’il est de ta famille.

XXIII. Comme tu n’es toi-même qu’un complément du système entier que la cité compose[60], de même il faut aussi que chacun de tes actes tende à compléter la vie de la cité. Si donc une quelconque de tes actions n’a pas un rapport, soit direct, soit éloigné, avec le but commun de la société[61], cette action brise ta vie sociale, et en rompt l’unité ; elle est factieuse, au même titre qu’est factieux le citoyen qui, pour sa part personnelle, s’écarte de l’harmonie qui ressemble à celle-là et qui est si nécessaire au peuple.

XXIV. Fureurs d’enfants[62], jeux puérils, pauvres âmes chargées des cadavres qu’elles portent[63], toutes choses qui jettent une plus vive lumière sur l’Évocation des morts[64] dans l’Odyssée[65].

XXV. Remonte jusqu’à la qualité essentielle de la cause[66], et, l’isolant de tout élément matériel, considère-la en elle-même. Tâche de la même manière d’isoler le temps, et calcule combien doit durer tout au plus cette qualité particulière que tu as distinguée.

XXVI. Tu as beaucoup souffert dans la vie[67], parce que tu ne t’es pas borné à faire faire à ta raison ce que sa constitution lui permet ; mais sans doute la leçon t’a suffi.

XXVII. Si les gens te critiquent, s’ils te détestent, s’ils t’accablent de leurs clameurs et de leurs outrages, va droit à leurs âmes[68], pénètres-y et regarde ce qu’ils sont. Tu verras bien vite que tu n’as guère à te tourmenter de l’opinion que de telles gens peuvent avoir de toi. Il faut néanmoins conserver ta bienveillance envers eux[69] ; car la nature veut que vous vous aimiez. Les Dieux mêmes leur viennent en aide[70] de cent manières par les songes[71], et par la divination, afin qu’ils acquièrent précisément tout ce qui fait l’objet de leurs vœux[72].

XXVIII. Les choses de ce monde roulent toujours, en haut, en bas, dans le même cercle[73], qu’elles parcourent perpétuellement d’âge en âge. Ou bien, l’intelligence universelle s’occupe de chacune d’elles spécialement ; et alors, si cela est, tu dois adorer ce qu’elle a réglé[74] elle-même ; ou bien, elle s’est contentée de donner une première impulsion[75], à laquelle toutes choses obéissent les unes à la suite des autres ; ou bien enfin, il n’y a que des atomes, c’est-à-dire des indivisibles. En un mot, Dieu existe, et dès lors tout est bien[76]. Si tout va au hasard, toi du moins tu n’y es pas soumis[77]. Bientôt la terre nous aura tous cachés dans son sein ; puis, elle-même changera comme nous ; ce qui succédera changera encore à l’infini, et ce changement sera éternel[78]. Aussi, en considérant ces flots accumulés de révolutions et la rapidité de ces vicissitudes incessantes, on se sentira pris, pour tout ce qui est mortel[79], d’un bien profond dédain.

XXIX. La cause universelle est un torrent qui entraîne toutes choses. Aussi, qu’ils sont naïfs même ces prétendus hommes d’État qui s’imaginent régler par la philosophie la pratique des affaires[80] ! Ce sont des enfants qui ont encore la morve au nez. Ô homme, que te faut-il donc ? Borne-toi à faire ce que présentement[81] la nature exige. Agis, puisque tu le peux ; et ne t’inquiète pas de savoir si quelqu’un regarde ce que tu fais[82]. Ne va pas espérer non plus la République de Platon[83] ; mais sache te contenter du plus léger progrès ; et si tu réussis, ne crois pas avoir gagné si peu de chose. Qui peut en effet changer l’esprit des hommes ? Et tant qu’on ne parvient pas à modifier les cœurs et les opinions[84], qu’obtient-on, si ce n’est l’obéissance d’esclaves, qui gémissent[85], et d’hypocrites, qui feignent de croire[86] à ce qu’ils font ? Poursuis donc maintenant[87] ; et continue à me citer Alexandre, Philippe et Démétrius de Phalère. On verra s’ils ont bien compris ce que veut la commune nature, et s’ils ont su faire leur propre éducation. Mais s’ils n’ont eu qu’un personnage plus ou moins dramatique[88], je ne connais personne qui puisse me condamner à les imiter. L’œuvre de la philosophie est aussi simple que modeste[89]. Ne me pousse donc pas à une morgue solennelle.

XXX. Regarde d’un peu haut ces rassemblements innombrables[90], ces innombrables cérémonies de tout ordre, ce voyage fait[91] dans toutes les conditions de tempête et de calme, ces diversités infinies d’êtres naissant, coëxistant, mourant ; songe aussi un peu à cette vie que tant d’autres ont jadis vécue comme toi, à cette vie qu’après toi d’autres vivront encore, à la vie que mènent à cette heure tant de nations barbares ; et calcule combien il y a d’hommes qui n’ont jamais entendu même prononcer ton nom[92], combien qui l’oublieront dans un moment, combien qui peut-être te louent aujourd’hui et qui demain s’empresseront de te déchirer. Et tu te diras que le souvenir des hommes est certainement bien peu de chose, que la gloire ne vaut pas davantage[93], et que rien dans tout cela ne mérite notre estime[94].

XXXI. Pas de trouble, pour tout ce qui provient de la cause extérieure[95] ; stricte justice dans tous les actes que produit la cause qui ne tient qu’à toi[96] ; en d’autres termes, principe d’action et désir, qui aboutissent à te faire toujours rechercher l’intérêt de tous[97], comme un devoir que la nature t’impose.

XXXII. Il est une foule d’embarras gratuits que tu peux aisément t’épargner, puisqu’ils n’ont rien de réel que dans l’idée que tu t’en formes[98]. Il te sera toujours facile de donner à ton esprit une immense carrière[99], en embrassant par la pensée l’univers entier, en songeant à l’éternité du temps, au changement rapide de chacune des parties de ce monde, à l’intervalle si étroit qui sépare leur naissance de leur destruction, à l’abîme sans fond qui a précédé leur existence, et à l’infini non moins insondable qui suivra leur dissolution.

XXXIII. Tout ce que tu vois sera détruit[100] dans un instant, et ceux aussi qui observent cette destruction inévitable seront eux-mêmes non moins vite détruits. On a beau mourir dans la plus extrême vieillesse, on en est au même point[101] que celui qui a trouvé la mort la plus prématurée.

XXXIV. Quelles âmes sont les leurs[102] ! À quels objets appliquent-ils leurs soins les plus ardents ! Dans quelles vues prodiguent-ils leur amour et leur respect ! Essaie un peu de voir à nu leur cœur misérable[103]. Quelle déception de s’imaginer que le blâme de telles gens puisse nous faire quelque tort, ou que leurs louanges les plus vives puissent nous servir à quelque chose !

XXXV. La perte de l’existence n’est pas autre chose qu’un changement[104]. Cette vicissitude plaît à la nature universelle, qui a fait que tout est bien[105], que tout a été de toute éternité semblable à ce qui est, et que tout sera à l’avenir semblable à ce qui a été. Et toi, qu’oses-tu dire[106] ? Que tout dans le monde a toujours été mal, que tout sera mal à jamais, et que, parmi ces Dieux si nombreux, il ne s’est pas trouvé une seule puissance capable de redresser ce désordre, et tu prétends que l’univers a été condamné à des souffrances qui ne doivent jamais cesser[107] !

XXXVI. Dans la matière dont tout être est composé[108], il y a une partie qui se corrompt et se perd, liquide, cendre, os, humeur ; dans un autre genre, les marbres sont les coagulations de la terre ; l’or et l’argent y sont des dépôts, des sédiments ; les poils des bêtes sont notre vêtement ; le sang est de la pourpre, et ainsi de tout le reste. Le souffle même qui nous anime[109] est quelque chose d’analogue, puisque, venu de certains éléments, c’est en ces éléments qu’il se change lui-même.

XXXVII. Assez de cette vie de misère, assez de murmures, assez de grimaces dignes d’un singe[110] ! Pourquoi te troubler ainsi ? Qu’y a-t-il de nouveau dans les choses ? Qui te met hors de toi ? T’en prends-tu à la cause même[111], à laquelle tu rapportes ton agitation ? Regarde-la en face[112]. Est-ce à la matière ? Regarde-la avec une égale fermeté. En dehors de la matière et de la cause, il n’y a rien. Tâche donc enfin de devenir, sous l’œil des Dieux[113], plus simple et meilleur que tu n’es. Se dire tout cela et voir tout cela pendant cent années ou pendant trois ans, c’est bien toujours la même chose[114].

XXXVIII. Si cette personne a commis une faute, c’est un mal pour elle[115] ; mais peut-être n’a-t-elle pas commis la faute[116] qu’on lui impute.

XXXIX. Ou bien en ce monde tout vient d’une source unique, qui est intelligente[117], comme en un vaste et unique corps[118] ; et dans ce cas, une partie n’a pas le droit de se plaindre[119] de ce qui se fait en vue du tout ; ou bien, il n’est au monde que des atomes[120], et il n’y a jamais que leur concours fortuit, ou leur dispersion. Dès lors, pourquoi t’émouvoir et te troubler ? Tu n’as qu’à dire à l’âme qui te gouverne[121] : « Tu es morte ; tu es perdue et détruite ; tu n’es que déception[122] ; tu es à l’état des brutes[123] ; comme elles, tu te réunis en troupes, et tu te repais comme elles. »

XL. Ou les Dieux sont impuissants, ou ils peuvent quelque chose. S’ils sont sans puissance, pourquoi leur adresser tes prières ? S’ils peuvent quelque chose pour toi, pourquoi ne les pries-tu pas de te donner la force de ne plus craindre rien de tout ce que tu crains, de ne désirer rien de ce que tu désires, de ne t’affliger[124] de rien de ce qui t’afflige, plutôt que de leur demander qu’ils t’accordent cette chose que tu souhaites[125], ou qu’ils éloignent telle ou telle autre chose de toi ? Car si les Dieux peuvent aider les hommes en agissant avec eux[126], c’est en cela certainement qu’ils le peuvent. Mais peut-être diras-tu : « Ce sont là des choses dont les Dieux m’ont laissé maître. » Eh bien alors, ne vaut-il pas cent fois mieux te les procurer toi-même, et te servir avec pleine liberté de choses qui ne dépendent que de toi seul, plutôt que de t’agiter avec la bassesse d’un esclave[127] pour des choses qui ne dépendent pas de toi ? Mais qui t’assure que les Dieux ne prennent point une part dans les actions mêmes qui dépendent de nous[128] ? Essaie donc un peu de les prier comme je te le recommande, et tu verras. L’un fait cette prière : « Ô Dieux, faites que je couche avec cette femme ! » Et toi, fais-leur cette prière[129] : « Faites, ô Dieux, que je ne désire pas coucher avec elle. » Un autre prie ainsi : « Faites, ô Dieux, que je sois délivré de ce fléau. » Toi, au contraire, prie-les en disant : « Faites, ô Dieux, que je ne désire pas d’être délivré de ce fléau. » Un troisième s’écriera : « Faites, ô Dieux, que je ne perde pas mon enfant. » Toi, prie-les en leur disant : « Faites, ô Dieux, que je ne craigne pas de le perdre. » C’est en ce sens que tu dois diriger le cours de tes prières[130], et tu vois ensuite venir les choses.

XLI. Épicure a dit[131] : « Quand j’étais indisposé, je ne mettais jamais la conversation sur mon mal ; et je me gardais d’en souffler mot à ceux qui venaient chez moi. Mais je poursuivais l’entretien commencé sur les principes de la nature ; et je m’appliquais uniquement à ce que l’âme, qui participe cependant à ces émotions poignantes de la chair[132], n’en fût pas troublée, et conservât la jouissance du bien qui n’appartient qu’à elle. Je ne laissais pas même aux médecins, poursuit Épicure, la vanité de croire qu’ils faisaient quelque chose pour moi. Et ma vie n’en continuait pas moins son cours heureux et digne. » Tu dois imiter cet exemple[133] dans la maladie, si tu es malade, ou dans tout autre accident ; car il ne faut jamais déserter la philosophie, quelles que soient les circonstances ; pas plus qu’il ne faut perdre ses paroles en conversant avec l’ignorant, ou avec celui qui n’a point étudié la nature, préceptes excellents que recommandent toutes les écoles ; en un mot, on doit être tout entier à ce qu’on fait actuellement[134], et au moyen qu’on emploie pour le faire.

XLII. Quand quelqu’un te choque par son impudence, demande-toi sur-le-champ[135] : « Se peut-il qu’il n’y ait pas d’impudents dans le monde ? » Non, cela ne se peut pas[136]. Ainsi donc, ne cours pas après l’impossible ; car cet homme qui te choque est un de ces impudents dont l’existence est inévitable dans le monde où nous sommes. Aie toujours la même réflexion présente s’il s’agit d’un malfaiteur, d’un perfide, ou de quelqu’un qui s’est rendu coupable de toute autre faute. En te disant qu’il est impossible que cette sorte de gens n’existe pas dans la société, tu te sentiras plus de tolérance[137] envers chacun d’eux en particulier.

En même temps, tu feras bien aussi de penser à la vertu spéciale[138] que la nature permet à l’homme en opposition avec le vice qui te blesse. Ainsi, contre l’ingrat, elle nous a permis la douceur, et telle autre vertu contre tel autre genre de faute. Toujours il t’est loisible d’offrir tes conseils et tes leçons à celui qui s’égare, puisque toujours, quand on dévie, on quitte la voie qu’on s’était proposée[139], et que c’est une erreur qu’on commet. Et puis, quel tort as-tu souffert[140] ? En y regardant de près, tu verras que pas un de ceux contre qui tu t’emportes si vivement, n’a pu rien faire absolument qui corrompît ton âme ; or, le mal et le tort personnel que tu pourrais éprouver ne consiste absolument qu’en cela. Est-ce donc un mal ou une chose si étrange qu’un ignorant fasse œuvre d’ignorance ? Examine si ce n’est pas bien plutôt à toi-même qu’il faudrait t’en prendre[141] de n’avoir pas prévu qu’un tel homme commettrait une telle faute. Car la raison te donnait bien des motifs de présumer que, selon toute apparence, il commettrait ce délit ; et si tu t’étonnes qu’il l’ait commis, c’est que tu n’as pas assez écouté les avertissements de la raison.

C’est surtout quand tu accuses quelqu’un de perfidie ou d’ingratitude qu’il faut faire ce retour sur toi-même. Évidemment, c’est ta faute si, connaissant le caractère de cet homme, tu as pu croire qu’il observerait sa parole ; ou bien si, en lui rendant service, tu n’as pas rendu ce service sans arrière-pensée, et si, en faisant ce que tu as fait, tu n’as pas su tirer sur-le-champ de ton action même tout le fruit qu’elle comporte. Que veux-tu donc de plus que de rendre service[142] à cet homme ? Ne te suffit-il pas d’avoir agi en cela conformément à la nature ? Te faut-il donc en outre un salaire ? C’est à peu près comme si l’œil demandait qu’on le payât, parce qu’il voit ; les pieds, parce qu’ils marchent. Ces organes ont été faits pour un but déterminé ; et, en agissant selon leur structure particulière, ils ne font que remplir la fonction qui leur est particulièrement propre. De même aussi, l’homme, qui est né pour le bien, quand il fait quelque chose de bien à lui tout seul, ou qu’il concourt autrement à faire le bien commun[143] en compagnie de ses semblables, ne fait qu’obéir au vœu de son organisation, et il accomplit son devoir propre[144].

Notes de la traduction de 1876 :

1. D’une injustice envers autrui. Le texte n’est pas aussi précis ; il dit dans sa brièveté un peu obscure : « Le coupable est impie. » J’ai dû développer l’expression de la pensée, d’après ce qui suit.

2. La nature qui gouverne l’univers. En d’autres termes, Dieu.

3. La plus auguste des Divinités. C’est encore Dieu. On peut dire d’une manière générale que toutes les fautes sont des offenses envers Dieu ; mais c’est peut-être forcer les choses que de vouloir donner à toutes les fautes sans exception le nom d’impiétés. Ce sont des fautes spéciales qui ont ce caractère particulier.

4. Faire un mensonge est une autre impiété. Ici encore c’est confondre un peu les choses. Le mensonge est une faute ; mais ce n’est pas une impiété, à proprement parler.

5. Quand on trompe sans le vouloir. Il semble qu’alors il n’y a plus même de faute morale. C’est une erreur ; ce n’est plus un mensonge.

6. On combat par cela seul la constitution naturelle du monde. C’est peut-être employer des expressions bien fortes, quoique au fond l’idée ne soit pas fausse. Mais cette exagération du bien et cette horreur sans bornes pour le mal sont l’habitude et l’honneur du Stoïcisme.

7. C’est encore une sorte d’impiété. Cette nouvelle espèce d’impiété prête à la même critique que les précédentes. Ce n’est pas une impiété que d’aimer les plaisirs ; c’est une faiblesse très-naturelle, quoique souvent très-dangereuse.

8. Fuir la douleur comme un mal. Il ne faut pas nier que la douleur ne soit un mal ; mais bien souvent il faut savoir la prendre comme une épreuve, ou comme un juste châtiment.

9. Les méchants jouissent des plaisirs de ce monde. Voir plus haut, liv. VI, § 34.

10. Les bons sont plongés dans la douleur. C’est plutôt une exception qu’une règle ordinaire.

11. Ils restent dans une indifférence parfaite. C’est là une conquête très-difficile de la sagesse.

12. Une impulsion première de la Providence. On peut croire que l’univers a été créé et ordonné par Dieu de toute éternité ; mais la Providence continue de veiller à son œuvre, après l’avoir réglée dès l’origine.

13. Avoir fait une heureuse traversée. Le texte a une tournure de phrase qui était une expression technique de marine.

14. Avec le profond dégoût de ces vices. C’est un état d’âme que bien peu d’hommes encore ont en quittant la vie. On a été vicieux presque sans le savoir, par une pente naturelle ; et il faut, même à la fin de la vie, une grande force d’âme pour se juger et avoir horreur du mal qu’on a fait, parce qu’alors on le comprend.

15. En tant qu’ils sont hommes. C’est-à-dire, des êtres doués de raison et faits pour pratiquer le bien.

16. Ne maudis pas la mort, mais fais-lui bon accueil. La sagesse ne peut pas aller au-delà de ces réflexions si vraies et si sereines. C’est ainsi qu’il faut prendre la mort, puisqu’elle est entrée dans les desseins de Dieu. Voir plus haut, liv. VIII, § 47, et la citation tirée de Bossuet, en note.

17. Ni oubli, ni courroux, ni jactance. C’est bien ainsi que Marc-Aurèle est mort lui-même, comme l’atteste le récit de Capitolin, Vie de Marc-Antonin, ch. XXVIII.

18. Un des actes nécessaires de la nature. Et comme une des fonctions de la vie.

19. Ton âme se délivrera de son enveloppe. Voir plus haut, liv. VII, § 14, une doctrine non moins spiritualiste.

20. Il faut les aimer. C’est le précepte que Marc-Aurèle a vingt fois donné et qu’il a pratiqué lui-même durant toute sa vie ; ce qui est plus difficile et plus méritoire.

Rechte und Herkunft

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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