Mark Aurel / Textsprache : Französisch

Pensées pour moi-même

Text / Übersetzung : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Ausgabe : 1876

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Quelle und Ausgabe

Livre XI (Fortsetzung)

28. Jupiter. C’est-à-dire Dieu, qui a fait l’homme essentiellement sociable, et qui a fondé par là, en quelque sorte, la société civile.

29. Nous pouvons nous rattacher de nouveau. Voir plus haut la même pensée, liv. VIII, § 34, où Marc-Aurèle remercie Dieu de nous permettre de rentrer dans l’ordre et dans la société, après que nous nous en sommes éloignés.

30. On est donc tenu de pousser tous ensemble. Maxime de charité profonde et de tolérance mutuelle.

31. Refroidir ta bienveillance. Admirable précepte, qu’il est d’autant plus difficile de pratiquer qu’on est placé plus haut.

32. Ébranler en rien dans ton jugement. Marc-Aurèle a supposé qu’on est dans le chemin de la droite raison ; et par conséquent, on n’a point à en dévier par quelque considération que ce soit.

33. C’est déserter également le devoir. Voir plus haut, liv. X, § 25.

34. Notre parent et notre ami. Doctrine essentiellement stoïcienne.

35. La nature, qui est la plus parfaite. C’est la Providence et Dieu ; c’est l’ordre universel des choses.

36. La commune nature. Autre forme de la même idée. La commune nature, c’est le monde avec les merveilles de tout genre qu’il offre à notre étude et à notre admiration.

37. Les choses indifférentes. Le texte dit précisément : « Les choses moyennes » ; d’après la formule du Stoïcisme, ce sont celles qui ne sont ni bonnes ni mauvaises. « Puisque tout, dit Sénèque, est bien ou mal, ou indifférent, nous appelons Indifférent tout ce qui peut arriver aussi bien à un méchant qu’à un homme vertueux, comme l’argent, la beauté, la noblesse. » Épître CXVII, à Lucilius.

38. Puisque ce ne sont pas les choses qui viennent à toi. C’est une des maximes fondamentales du Stoïcisme ; et comme c’est là une vérité incontestable, l’homme doit surtout agir sur lui-même bien plutôt que d’essayer d’agir sur les choses. De là, cette surveillance perpétuelle sur soi-même et la domination exclusive de la raison, pour se prémunir autant que possible contre les surprises des sens et contre les faux plaisirs et les fausses douleurs. Voir plus haut un développement admirable de cette idée, liv. IV, § 3 et § 39 ; voir aussi liv. V, § 39, et liv. IX, § 15.

39. Absolument identique à elle-même dans toutes ses parties. Plus loin, liv. XII, § 7, Marc-Aurèle cite un vers d’Empédocle qui peut éclaircir cette pensée.

40. Et la vérité qu’elle porte dans son propre sein. Et celle-là est la plus certaine de toutes. Rien n’égale la lumière de la conscience, quand on veut se donner la peine de la regarder et de la suivre.

41. Mais un tel va me mépriser ! C’est souvent le respect humain qui fait commettre bien des faiblesses. On tient compte de l’opinion plus que de la vérité et de la justice. Voir plus haut des réflexions analogues, liv. V, § 25 ; liv. IX, § 27, et aussi liv. X, § 32.

42. Cet excellent Phocion. Ceci se rapporte sans doute au mot de Phocion sur le fils de Chabrias, qu’il avait sous ses ordres : « Quelle preuve d’amitié je te donne, ô Chabrias, en supportant toutes les impertinences de ton fils ! » Voir Plutarque, Vie de Phocion, ch. VII, pag. 888, édition Firmin-Didot.

43. Quel mal en effet peut-il y avoir jamais pour toi. Un des principaux préceptes du Stoïcisme, profondément vrai, mais trop exclusivement raisonnable pour que l’application en soit bien ordinaire.

44. Mis au poste qu’il occupe. Voir la même pensée plus développée, liv. IV, § 23.

45. Tout en se méprisant mutuellement. Il est assez probable qu’il s’agit ici des courtisans ; Marc-Aurèle les a déjà jugés avec la même justice et la même sévérité. Voir plus haut, liv. IV, § 32.

46. Quelle perversité et quelle hypocrisie. C’est peut-être bien sévère. La forme de langage, blâmée par Marc-Aurèle, est mauvaise sans doute ; mais elle ne cache pas toujours une coupable fausseté. C’est que Marc-Aurèle avait vu trop souvent la valeur de ces belles protestations. Alceste aussi s’en indigne dans Molière, et contre des gens d’espèce assez semblable ; mais Marc-Aurèle n’est pas misanthrope.

47. Doit se lire sur ta figure. C’est vrai, et les intéressés ne s’y trompent guère.

48. Une amitié de loup. Le mot était devenu proverbial en Grèce ; ce n’est pas Marc-Aurèle qui l’invente. C’est pour ces amitiés-là que Marc-Aurèle devait garder toute la rigueur qu’il montre dans les premières lignes de ce paragraphe.

49. À tout ce qui est indifférent. C’est-à-dire, à toutes les choses qui ne sont par elles-mêmes, ni bonnes, ni mauvaises, et surtout à toutes les choses du dehors.

50. Qui puisse nous imposer l’idée que nous devons nous en faire. Voir un peu plus haut la même pensée, § 11.

51. Exige bien peu de temps. On peut donner à ce passage un autre sens, et comprendre que cette surveillance, après tout, doit peu durer, puisque la vie elle-même est si courte.

52. Quelque singulier que cela puisse paraître. Marc-Aurèle a cent fois recommandé cette fermeté d’âme qui vous permet de vous élever au-dessus de l’opinion, et même de la braver, s’il le faut. C’est un des préceptes principaux du Stoïcisme, et certainement un des plus utiles. Socrate, avant l’école stoïcienne, avait mis ce précepte en pratique, même en risquant de déplaire à ses concitoyens et de provoquer leur colère homicide. Sénèque, Traité de la tranquillité de l’âme, ch. III, fait un beau portrait de cette constance de Socrate, sous le règne des Trente.

53. Quelle est son origine. Ces pensées sont un peu plus développées, liv. III, § II.

54. En quel autre objet changera-t-il ? La mobilité des choses est un des phénomènes les plus frappants et les plus instructifs que nous offre le spectacle du monde. Et de là, l’indifférence que le Stoïcisme nous recommande pour la plupart des choses extérieures. La religion n’y contredit pas.

55. Quel mal subira-t-il. L’optimisme stoïcien ne peut voir de mal dans les changements que le monde subit et qu’a réglés l’éternelle Providence. Voir plus haut, liv. VII, § 18.

56. Premièrement. C’est un résumé de doctrine et une sorte de catéchisme que se trace ici Marc-Aurèle. Les maximes qu’il se rappelle à lui-même au nombre de neuf lui représentent, comme il le dit, le chœur des neuf Muses ; et bien que quelques-unes de ces maximes puissent lui être personnelles, on peut aussi y trouver une utilité générale. La première se rapporte particulièrement à l’empereur ; mais, sans être empereur, on a toujours quelques subordonnés auxquels on commande et on doit donner l’exemple.

57. Quelle est ma position. La suite prouve qu’il s’agit des fonctions suprêmes dont Marc-Aurèle était revêtu.

58. Nous sommes faits certainement les uns pour les autres. Principe essentiellement stoïcien, et qui est le fondement même de la société humaine.

59. Ce ne sont pris les atomes qui gouvernent l’univers. Comme le croyait l’Épicurisme. Marc-Aurèle combat toujours cette fausse doctrine, et il affirme énergiquement la providence, et l’intelligence infinie et toute-puissante, qui gouverne les choses.

60. Les êtres inférieurs sont faits pour les êtres supérieurs. On pourrait tout aussi bien renverser ce principe ; et les êtres supérieurs peuvent sembler faits en vue des inférieurs, puisqu’ils doivent les diriger et les conduire pour leur bien.

61. Secondement… à table, au lit. Voir plus haut, liv. III, § 16.

62. Des nécessités qui leur imposent certaines idées. C’est un sentiment de charité très-sage. Voir plus haut, liv. VIII, § 19. En se mettant au point de vue des autres, on les comprend mieux et l’on a plus de tolérance.

63. Troisièmement… Sans intention et par pure ignorance. C’est une doctrine essentiellement platonicienne ; le Stoïcisme l’avait suivie, bien qu’elle ne soit pas très-juste et qu’on ne puisse l’adopter qu’avec beaucoup de réserve. À ce compte, l’homme ne serait jamais coupable. Voir plus haut, liv. VII, § 63.

64. Quatrièmement. Cette franchise à s’avouer ses propres fautes aide beaucoup à supporter celles d’autrui. Voir plus haut, liv. X, § 30.

65. Cinquièmement. Autre motif d’indulgence ; il est très-difficile de bien juger toujours des intentions d’autrui.

66. On doit prendre bien des informations. Cette sage précaution éviterait, dans la société bien des discordes et des malentendus. Mais la vanité, plus encore que la malveillance, cause la précipitation regrettable des jugements. Dédaigner les autres, c’est se flatter soi-même.

67. Sixièmement. Nouveau motif d’indulgence, qu’on se donne rarement, parce qu’on pense bien plus à la vie qu’à la mort. Voyez une admirable expression de cette pensée, plus haut, liv. V, § 24. Il faut prendre garde aussi à ce que cette idée perpétuelle de la mort n’enlève à la vie tout son prix et n’en fasse négliger les devoirs. La vie certainement est peu de chose ; mais, pendant qu’elle dure, elle est à peu près le tout de l’homme, et c’est afin de la mieux régler d’abord qu’il doit songer à ce qui doit la suivre.

68. Septièmement. Motif de tranquillité d’âme et d’impassibilité. Corriger nos propres pensées est plus aisé que de corriger celles d’autrui, dont nous ne pouvons disposer.

69. Voilà ta colère partie. C’est parfaitement vrai ; mais quelle domination de soi !

70. La moindre honte. Voir plus haut, liv. II, § 1. Les actes d’autrui ne sont de rien pour nous, en ce sens qu’ils ne peuvent jamais nous déshonorer ; il n’y a que nos propres actes.

71. Tu aurais nécessairement toi-même commis bien des crimes. Si l’on s’en rapportait à l’opinion des autres sur nous.

72. Huitièmement. Nous nous faisons plus de mal à nous-mêmes en ne nous modérant pas, que les autres ne peuvent nous en faire en nous attaquant.

73. Neuvièmement. Que la bonté est chose invincible. C’est en ce sens que le Christ a dit : « Bien heureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre. » Saint Matthieu, ch. V, verset 4. Voir aussi la 4e Élévation sur les Mystères dans Bossuet, et les Réflexions sur quelques paroles de Jésus-Christ.

74. La nature. Prise ici pour la raison.

75. Agis avec une affection véritable. C’est une conséquence de la doctrine stoïcienne, qui considère tous les hommes comme les membres d’une seule famille ; mais pour en arriver à cette suprême bienveillance, Caritas generis humani, comme dit Cicéron, il faut vaincre en soi bien des passions, bien des habitudes, bien des préjugés, bien des erreurs. Le résultat, du reste, en vaut la peine.

76. Comme autant de présents des Muses. Qui sont aussi au nombre de neuf. La comparaison est gracieuse.

77. À être homme. C’est donner à la douceur une haute importance que d’en faire la vertu caractéristique de l’homme.

78. En même temps plus viriles. Idée profonde et très-exacte. Il faut une bien grande force pour se dompter soi-même et être sincèrement doux.

79. On est blessé. Parce qu’on a succombé à un emportement aveugle, au lieu d’obéir à la raison.

80. Du chef des Muses. Le texte dit précisément Musagète ; c’est le surnom d’Apollon, quand il réunit les Muses autour de lui.

81. C’est désirer l’impossible. Voir plus haut la même pensée en termes presque identiques, liv. V, § 17.

82. N’est pas indispensable. Il semble qu’ici le texte n’est pas assez explicite ; une idée n’est pas fausse ou blâmable, parce qu’elle n’est pas nécessaire. Il n’est pas besoin qu’elle soit indispensable pour être juste. Il y a là quelque obscurité, qu’il n’a pas dépendu de la traduction d’éclaircir.

83. De la communauté. C’est-à-dire, de l’ordre universel des choses, qui est commun à tous les êtres sans exception.

84. Qui soumet lâchement… C’est là tout le secret de la destinée de l’homme et de sa nature. Le Stoïcisme l’a profondément connu, et tout son effort a eu pour objet de soumettre la partie animale de notre être à la domination absolue de la raison, et de subordonner le principe qui n’est pas intelligent à celui qui l’est.

85. La portion mortelle de ton corps. Il est impossible de professer plus nettement le spiritualisme. Cette doctrine est encore développée et plus précise, liv. VII, § 55. Voir le Criton de Platon, pages 139 et suiv., traduction de M. Victor Cousin, et le Phédon, pages 236 et suivi, ibid.

86. Le souffle… la portion ignée… les éléments terrestres et liquides. En un mot, la partie matérielle de notre être.

87. La partie intelligente de notre être. C’est l’opposition complète de la matière et de l’esprit ; et cette distinction est le fondement même du Stoïcisme, comme elle l’est de toute morale et de toute religion.

Rechte und Herkunft

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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