Confucius / Text language : French

Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques

Text / translation : Guillaume Pauthier (1801–1873) · Edition : 1846

Historical texts may use dated spelling or vocabulary. The original edition is preserved; this is not a new translation.

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Chapitre XI (continued)

Le Philosophe dit: Faire périr son père ou son prince, ce ne serait pas même suivre sa volonté.

24. Tseu-lou[7] fit nommer Tseu-kao gouverneur de Pi.

Le Philosophe dit: Vous avez fait du tort à ce jeune homme.

Tseu-lou dit: Il aura des populations à gouverner, il aura les esprits de la terre et des grains à ménager; qu'a-t-il besoin de lire des livres [en pratiquant les affaires comme il va le faire]? il deviendra par la suite assez instruit.

Le Philosophe dit: C'est là le motif pourquoi je hais les docteurs de cette sorte.

25. Tseu-lou, Thseng-sie[8], Yan-yeou, Kong-si-hoa, étaient assis aux côtés du Philosophe.

Le Philosophe dit: Ne serais-je même que d'un jour plus âgé que vous, n'en tenez compte dans nos entretiens [n'ayez aucune réserve par rapport à mon âge].

Demeurant à l'écart et dans l'isolement, alors vous dites: Nous ne sommes pas connus. Si quelqu'un vous connaissait, alors que feriez-vous?

Tseu-lou répondit avec un air léger, mais respectueux: Supposé un royaume de dix mille chars de guerre, pressé entre d'autres grands royaumes, ajoutez même, par des armées nombreuses, et qu'avec cela il souffre de la disette et de la famine; que Yeou (Tseu-lou) soit préposé à son administration, en moins de trois années je pourrais faire en sorte que le peuple de ce royaume reprît un courage viril et qu'il connût sa condition. Le Philosophe sourit à ces paroles.

Et vous, Khieou, que pensez-vous?

Le disciple répondit respectueusement: Supposé une province de soixante ou de soixante et dix li d'étendue, ou même de cinquante ou de soixante li, et que Khieou soit préposé à son administration, en moins de trois ans je pourrais faire en sorte que le peuple eût le suffisant. Quant aux rites et à la musique, j'en confierais l'enseignement à un homme supérieur.

Et vous, Tchi, que pensez-vous?

Le disciple répondit respectueusement: Je ne dirai pas que je puis faire ces choses; je désire étudier. Lorsque se font les cérémonies du temple des ancêtres, et qu'ont lieu de grandes assemblées publiques, revêtu de ma robe d'azur et des autres vêtements propres à un tel lieu et à de telles cérémonies, je voudrais y prendre part en qualité d'humble fonctionnaire.

Et vous, Tian, que pensez-vous?

Le disciple ne fit plus que tirer quelques sons rares de sa guitare; mais, ces sons se prolongeant, il la déposa, et, se levant, il répondit respectueusement: Mon opinion diffère entièrement de celles de mes trois condisciples.--Le Philosophe dit: Qui vous empêche de l'exprimer? chacun ici peut dire sa pensée. [Le disciple] dit: Le printemps n'étant plus, ma robe de printemps mise de côté, mais coiffé du bonnet de virilité[9], accompagné de cinq ou six hommes et de six ou sept jeunes gens, j'aimerais à aller me baigner dans les eaux de l'Y[10], à aller prendre le frais dans ces lieux touffus où l'on offre les sacrifices au ciel pour demander la pluie, moduler quelques airs, et retourner ensuite à ma demeure.

Le Philosophe, applaudissant à ces paroles par un soupir de satisfaction, dit: Je suis de l'avis de Tian.

Les trois disciples partirent, et Thseng-sie resta encore quelque temps. Thseng-sie dit: Que doit-on penser des paroles de ces trois disciples? Le Philosophe dit: Chacun d'eux a exprimé son opinion, et voilà tout.--Il ajouta: Maître, pourquoi avez-vous souri aux paroles de Yeou?

[Le Philosophe] dit: On doit administrer un royaume selon les lois et coutumes établies; les paroles de Yeou n'étaient pas modestes, c'est pourquoi j'ai souri.

Mais Khieou lui-même n'exprimait-il pas le désir d'administrer aussi un Etat? Comment voir cela dans une province de soixante à soixante et dix li, et même de cinquante à soixante li d'étendue? ce n'est pas là un royaume.

Et Tchi, n'était-ce pas des choses d'un royaume dont il entendait parler? ces cérémonies du temple des ancêtres, ces assemblées publiques, ne sont-elles pas le privilége des grands de tous les ordres? et comment Tchi pourrait-il y prendre part en qualité d'humble fonctionnaire? qui pourrait donc remplir les grandes fonctions?

[1] Parce qu'il était toujours de l'avis de son maître.

[2] A cause de son esprit aventureux et hardi.

[3] Commentaire de TCHOU-HI.

[4] Instrument de musique nommé sse en chinois. On en peut voir la figure dans notre ouvrage cité. Planche 2.

[5] Fils puîné de Ki-chi, qui, par la grande puissance que sa famille avait acquise, avait fait nommer ses deux fils ministres. (TCHOU-HI.)

[6] Commentaire.

[7] Tseu-lou était gouverneur de Ki-chi.

[8] Père de Thseng-tseu, rédacteur du Ta-hio.

[9] Kouan, bonnet que le père donne à son fils à l'âge de vingt an».

[10] Située au midi de la ville de Kou.

Chapitre XII

COMPOSÉ DE 24 ARTICLES.

1. Yan-youan demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité. Le Philosophe dit: Avoir un empire absolu sur soi-même, retourner aux rites [ou aux lois primitives de la raison céleste manifestée dans les sages coutumes], c'est pratiquer la vertu de l'humanité. Qu'un seul jour un homme dompte ses penchants et ses désirs déréglés, et qu'il retourne à la pratique des lois primitives, tout l'empire s'accordera à dire qu'il a la vertu de l'humanité. Mais la vertu de l'humanité dépend-elle de soi-même, ou bien dépend-elle des autres hommes? Yan-youan dit: Permettez-moi de demander quelles sont les diverses ramifications de cette vertu? Le Philosophe dit: Ne regardez rien contrairement aux rites; n'entendez rien contrairement aux rites; ne dites rien contrairement aux rites; ne faites rien contrairement aux rites. Yan-youan dit: Quoique Hoeï (lui-même) n'ait pas fait preuve jusqu'ici de pénétration, il demande à mettre ces préceptes en pratique.

2. Tchoung--houng demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité. Le Philosophe dit: Quand vous êtes sorti de chez vous, comportez-vous comme si vous deviez voir un hôte d'une grande distinction; en dirigeant le peuple, comportez-vous avec le même respect que si vous offriez le grand sacrifice. Ce que vous ne désirez pas qui vous soit fait à vous-même, ne le faites pas aux autres hommes. [En vous comportant ainsi] dans le royaume, personne n'aura contre vous de ressentiment; dans votre famille, personne n'aura contre vous de ressentiment.

Tchoung-houng dit: Quoique Young (Tchoung-houng) n'ait pas fait preuve jusqu'ici de pénétration, il demande à mettre ces préceptes en pratique.

3. Sse-ma-nieou demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité.

Le Philosophe dit: Celui qui est doué de la vertu de l'humanité est sobre de paroles.--Il ajouta: Celui qui est sobre de paroles, c'est celui-là que l'on appelle doué de la vertu de l'humanité. Le Philosophe dit: Pratiquer l'humanité est une chose difficile; pour en parler, ne faut-il pas être sobre de paroles?

4. Sse-ma-nieou demanda ce qu'était l'homme supérieur. Le Philosophe dit: L'homme supérieur n'éprouve ni regrets ni crainte. [Sse-ma-nieou] ajouta: Celui qui n'éprouve ni regrets ni crainte, c'est celui-là que l'on appelle l'homme supérieur. Le Philosophe dit: Celui qui, s'étant examiné intérieurement, ne trouve en lui aucun sujet de peine, celui-là qu'aurait-il à regretter? qu'aurait-il à craindre?

5. Sse-ma-nieou, affecté de tristesse, dit: Tous les hommes ont des frères; moi seul je n'en ai point!

Tseu-hia dit: Chang (lui-même) a entendu dire:

Que la vie et la mort étaient soumises à une loi immuable fixée dès l'origine, et que les richesses et les honneurs dépendaient du ciel;

Que l'homme supérieur veille avec une sérieuse attention sur lui-même, et ne cesse d'agir ainsi; qu'il porte dans le commerce des hommes une déférence toujours digne, avec des manières distinguées et polies, regardant tous les hommes qui habitent dans l'intérieur des quatre mers [tout l'univers] comme ses propres frères. En agissant ainsi, pourquoi l'homme supérieur s'affligerait-il donc de n'avoir pas de frères?

6. Tseu-tchang demanda ce que c'était que la pénétration. Le Philosophe dit: Ne pas écouter des calomnies qui s'insinuent à petit bruit comme une eau qui coule doucement, et des accusations dont les auteurs seraient prêts à se couper un morceau de chair pour les affirmer; cela peut être appelé de la pénétration. Ne pas tenir compte des calomnies qui s'insinuent à petit bruit comme une eau qui coule doucement, et des accusations dont les auteurs sont toujours prêts à se couper un morceau de chair pour les affirmer; cela peut être aussi appelé de l'extrême pénétration.

7. Tseu-koung demanda ce que c'était que l'administration des affaires publiques. Le Philosophe dit: Ayez de quoi fournir suffisamment aux besoins des populations, des troupes en quantité suffisante, et que le peuple vous soit fidèle.

Tseu-koung dit: Si l'on se trouve dans l'impossibilité de parvenir à ces conditions, et que l'une doive être écartée, laquelle de ces trois choses faut-il écarter de préférence? [Le Philosophe] dit: Il faut écarter les troupes.

Tseu-koung dit: Si l'on se trouve dans l'impossibilité de parvenir aux autres conditions, et qu'il faille en écarter encore une, laquelle de ces deux choses faut-il écarter de préférence? [Le Philosophe] dit: Écartez les provisions. Depuis la plus haute antiquité, tous les hommes sont sujets à la mort; mais un peuple qui n'aurait pas de confiance et de fidélité dans ceux qui le gouvernent ne pourrait subsister.

8. Ko-tseu-tching (grand de l'État de Weï) dit: L'homme supérieur est naturel, sincère; et voilà tout. A quoi sert-il de lui donner les ornements de l'éducation?

Tseu-koung dit: Oh! quel discours avez-vous tenu, maître, sur l'homme supérieur! quatre chevaux attelés ne pourraient le ramener dans votre bouche. Les ornements de l'éducation sont comme le naturel; le naturel, comme les ornements de l'éducation. Les peaux de tigre et de léopard, lorsqu'elles sont tannées, sont comme les peaux de chien et de mouton tannées.

9. Ngaï-koung questionna Yeou-jo en ces termes: L'année est stérile, et les revenus du royaume ne suffisent pas; que faire dans ces circonstances?

Yeou-jo répondit avec déférence: Pourquoi n'exigez-vous pas la dîme? [Le prince] dit: Les deux dixièmes ne me suffisent pas; d'après cela, que ferais-je du dixième seul?

[Yeou-jo] répondit de nouveau avec déférence: Si les cent familles [tout le peuple chinois] ont le suffisant, comment le prince ne l'aurait-il pas? les cent familles n'ayant pas le suffisant, pourquoi le prince l'exigerait-il?

10. Tseu-tchang fit une question concernant la manière dont on pouvait accumuler des vertus et dissiper les erreurs de l'esprit. Le Philosophe dit: Mettre au premier rang la droiture et la fidélité à sa parole; se livrer à tout ce qui est juste [en tâchant de se perfectionner chaque jour]; c'est accumuler des vertus. En aimant quelqu'un, désirer qu'il vive; en le détestant, désirer qu'il meure, c'est par conséquent désirer sa vie, et, en outre, désirer sa mort; c'est là le trouble, l'erreur de l'esprit.

L'homme parfait ne recherche point les richesses; il a même du respect pour les phénomènes extraordinaires[11].

11. King-kong, prince de Thsi, questionna KHOUNG-TSEU sur le gouvernement.

KHOUNG-TSEU lui répondit avec déférence: Que le prince soit prince; le ministre, ministre; le père, père; le fils, fils. [Le prince] ajouta: Fort bien! c'est la vérité! si le prince n'est pas prince, si le ministre n'est pas ministre, si le père n'est pas père, si le fils n'est pas fils, quoique les revenus territoriaux soient abondants, comment parviendrais-je à en jouir et à les consommer?

12. Le Philosophe dit: Celui qui avec la moitié d'une parole peut terminer des différends, n'est-ce pas Yeou (Tseu-lou)?

Tseu-lou ne met pas l'intervalle d'une nuit dans l'exécution de ses résolutions.

13. Le Philosophe dit: Je puis écouter des plaidoiries, et juger des procès comme les autres hommes; mais ne serait-il pas plus nécessaire de faire en sorte d'empêcher les procès[12]?

14. Tseu-tchang fit une question sur le gouvernement. Le Philosophe dit: Réfléchissez mûrement, ne vous lassez jamais de faire le bien et de traiter les choses avec droiture.

15. Le Philosophe dit: Celui qui a des études très-étendues en littérature se fait un devoir de se conformer aux rites; il peut même prévenir les séditions.

16. Le Philosophe dit: L'homme supérieur perfectionne ou développe les bonnes qualités des autres hommes; il ne perfectionne pas ou ne développe pas leurs mauvais penchants; l'homme vulgaire est l'opposé.

Rights and provenance

Les vingt chapitres du Lun-Yu dans la traduction française de Guillaume Pauthier publiée en 1846, avec les notes de cette édition. Les autres livres et l’introduction du volume source sont exclus. Le texte ancien et Pauthier, mort en 1873, sont dans le domaine public en France. Les marqueurs typographiques de l’édition numérique ont été retirés. Fichier Gutenberg original, crédits et licence conservés dans /texts/analects-pauthier-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer selon les pays.

Texte historique dans le domaine public en France. Source et conditions Project Gutenberg conservées.

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