Pensées pour moi-même
Texte / traduction : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Édition : 1876
Ces textes historiques peuvent employer une orthographe ou un vocabulaire anciens. L’édition d’origine est conservée : il ne s’agit pas d’une nouvelle traduction.
Source et éditionLivre XII (suite)
43. La vérité, la justice, la sagesse. Qui sont les lumières de la raison humaine.
44. Je me demande. Cette méthode de suspendre son jugement et d’examiner avant de condamner, est un excellent conseil de charité.
45. N’ait pas de suc dans ses figues. Voir plus haut, liv. IV, 6, la même pensée exprimée par la même image.
46. Ne la fais point… ne la dis point. C’est la première partie de la formule stoïcienne : Abstiens-toi.
47. Regarde toujours… Marc-Aurèle a très-souvent répété ce précepte, qui consiste à examiner la chose dans ce qu’elle est essentiellement, sans la confondre avec l’impression sensible qu’elle nous cause, et avec l’idée que nous nous en faisons. C’est juger par la raison seule, indépendamment de la sensibilité.
48. L’intervalle de temps. Voir plus haut, liv. V, § 23.
49. Quelque chose de plus divin. La raison, qui, dans une certaine mesure, permet à l’homme de ressembler à Dieu.
50. Et te font mouvoir tout d’un coup. J’ai dû paraphraser le texte pour rendre toute la force du mot dont il se sert.
51. La disposition de ton âme. Voir plus haut, liv. X, § 24.
52. Ne faire quoi que ce soit au hasard. Le Stoïcisme n’a pas donné de conseil meilleur ni plus pratique ; et, comme la règle supérieure de sa morale, c’est le dévouement absolu au bien, cette vigilance constante sur soi-même confère à la vie un sérieux qu’elle ne peut avoir qu’à cette condition.
53. La Communauté. C’est-à-dire, dans le langage stoïcien, l’ordre universel des choses, qui comprend l’ordre dans la société et les rapports de l’homme avec ses semblables, à côté de ses rapports avec Dieu. Voir, un peu plus bas, le § 24 de ce livre, et plus haut, liv. II, §§ 16 et 17, et liv. XI, § 21.
54. Il ne s’écoulera pas beaucoup de temps. Voir plus haut, liv. IX, la fin du § 28 et le § 32.
55. Qui présentement vivent avec toi. Voir plus haut, le septième précepte du § 18, du liv. XI.
56. La nature veut que tout change. Il est vrai que cette mobilité perpétuelle des choses devrait les rendre bien méprisables à nos yeux, si nous ne nous disions en même temps que c’est la loi.
57. Les choses ne sont que l’idée que tu t’en fais. C’est une des maximes favorites du Stoïcisme ; elle est vraie, à certains égards ; mais elle est excessive. Sans doute, nous exagérons souvent les maux ou les biens par l’idée que nous nous en faisons. Mais les choses ont une nature propre, qu’il ne nous est pas possible de changer. Il est bon de n’y pas céder, par trop d’indulgence pour nous-mêmes ; mais il y a des limites à notre résistance, et c’est la sensibilité qui pose ces limites.
58. Une mer calme… un port. Images fort bien choisies, qui étaient neuves au temps de Marc-Aurèle, si aujourd’hui elles nous paraissent un peu vieilles.
59. Cet ensemble d’actes successifs… qu’on appelle la vie. La pensée n’est peut-être pas très-juste, attendu qu’après un acte isolé, on s’attend à d’autres actes qui doivent y succéder, tandis que la mort est une cessation absolue de toute activité. Mais ce qui est vrai, c’est que chacun de nous doit regarder sa propre mort comme rentrant dans l’ordre universel des choses, et comme un décret de Dieu. Voir plus haut, liv. IX, § 21.
60. Celui qui met un terme opportun. Il s’agit évidemment du suicide, que permettait le Stoïcisme.
61. C’est la nature qui marque le temps opportun. Pour la presque-totalité des hommes, c’est la nature qui met fin à leur existence ; car le suicide aveugle ou réfléchi n’est toujours que l’exception. Un peu plus haut, liv. VI, § 49, Marc-Aurèle a dit que la mort n’a pas plus d’importance pour nous que n’en a le poids de notre corps.
62. Éternellement jeune et florissant. Voir plus haut, liv. VII, § 25, une expression presque semblable.
63. Dans l’intérêt de l’ensemble. Sous une forme plus personnelle et avec une sorte d’enthousiasme, Marc-Aurèle a déjà exprimé, plusieurs fois, sa soumission absolue à la volonté de Dieu. Voir plus haut, liv. IV, § 23.
64. Elle est absolument involontaire. Ceci implique que le suicide, autorisé par le Stoïcisme, peut avoir quelque chose de honteux, tandis que la mort naturelle n’est jamais honteuse.
65. De la communauté. Prise dans le sens habituel où la prend Marc-Aurèle, c’est-à-dire, l’ordre universel des choses.
66. Elle est un bien. Voir le développement de cette austère pensée, plus haut, liv. II, § 11.
67. Il s’associe à ses desseins. La raison de l’homme ne peut pas s’élever plus haut, bien que parfois elle croie se grandir en se révoltant, et en critiquant l’œuvre divine. Sénèque, Consolation à Polybe, ch. XXIX, a dit : « Compte parmi tes plus grands biens d’avoir eu un excellent frère. Il ne faut pas songer combien de temps encore tu pourrais l’avoir, mais combien de temps tu l’as eu. La nature te l’avait donné, non pas en propriété, mais prêté ; lorsque ensuite il lui a plu de le redemander, elle n’a pas consulté en cela ta satiété, mais sa loi ». Traduction Nisard, p. 92.
68. Voici trois idées. Elles sont toutes les trois également vraies et pratiques.
69. N’agis jamais sans réflexion. Voir plus haut, liv. III, § 2.
70. Que ne le ferait la justice même. C’est demander beaucoup à la faiblesse humaine ; mais c’est en demandant beaucoup de l’homme que le Stoïcisme en a tant obtenu.
71. Accuser la Providence. C’est une aberration que le Stoïcisme n’a jamais commise.
72. Il reçoit une âme. C’est le moment de la naissance, et l’âme est prise ici pour la vie, au sortir du sein de la mère. Cette seconde réflexion regarde surtout la fragilité trop évidente de notre être, comme la troisième regarde la mobilité générale des choses.
73. L’idée que tu te fais des choses. Voir un peu plus haut, § 22, la même pensée.
74. Selon les lois de la nature universelle. Pour le développement de cette grande pensée, voir plus haut, liv. V, §§ 8 et 10.
75. Que la faute est ailleurs qu’en elle. Je préfère ce sens, bien que quelques traducteurs aient compris ce passage autrement : « Que la faute est étrangère à toi ».
76. S’est toujours passé. Cette uniformité des choses est réelle ; mais elle n’est pas aussi complète que la fait Marc-Aurèle. Voir plus haut, liv. VII, § 1.
77. D’une communauté d’intelligence. Voilà l’unité véritable de l’espèce humaine, qui diffère évidemment à tant d’autres égards. Le Stoïcisme a compris cette identité essentielle, grâce à la haute estime qu’il faisait de l’âme de l’homme ; et c’est par une erreur contraire que la science de notre temps a voulu identifier l’homme au reste des animaux, dont quelques-uns seraient ses ancêtres.
78. Est Dieu. L’expression est forte ; mais, dans la mesure où elle est prise ici, elle est profondément vraie ; et il serait bien incompréhensible que Dieu, qui est partout, ne fut pas dans son plus bel ouvrage, l’âme de l’homme.
79. Rien n’appartient en propre. C’est ainsi que saint Paul a dit : « Qu’avez-vous qui ne vous ait été donné ? » Ire aux Corinthiens, IV, 7.
80. C’est de Dieu que nous viennent… C’est le développement naturel de la doctrine stoïcienne, qui voit dans le monde un ordre admirable, auquel n’échappent même pas les moindres détails, à plus forte raison les rapports des créatures humaines entre elles, et les créatures humaines elles-mêmes.
81. Les choses ne sont que ce que les font nos idées. Voir un peu plus haut, §§ 22 et 25.
82. C’est ce présent seul que nous pouvons perdre. Voir plus haut, la même pensée, liv. II, § 14.
83. Le souvenir de ceux qui se sont signalés. Les exemples les plus illustres sont aussi les plus frappants et les plus instructifs. C’est pour arriver à bien juger des choses de ce monde et à ne pas leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont.
84. Où tout cela est-il maintenant ? Plus haut, liv. III, § 3, Marc-Aurèle a passé en revue quelques-uns des plus grands hommes, pour montrer que, quelque grands qu’ils soient, ils n’échappent pas à la misère et à la loi commune.
85. Un Tibère à Caprée. Ceci semble indiquer clairement en quel sens il faut prendre les citations qui sont faites ici de ces personnages tous inconnus. Les jouissances, même les plus forcenées, ne font que prouver encore le néant de l’homme, en y ajoutant la dégradation.
86. L’orgueil le plus orgueilleux. Cette opposition est dans le texte.
87. Où donc as-tu vu les Dieux ? C’est une question que bien des gens feraient encore aujourd’hui, comme on la faisait du temps de Marc-Aurèle ; et sa réponse est aujourd’hui toujours également bonne et simple.
88. Les Dieux sont visibles à tous les regards. Le spectacle de la nature, avec ses merveilles infinies, pose sans cesse devant nous ; et comme le dit David : « Cœli enarrant gloriam Dei ».
89. Sans avoir jamais vu mon âme. L’argument est excellent ; et l’âme, qui a le don de se replier sur elle-même, y trouve la trace de Dieu, plus évidente encore que celle du dehors.
90. Je trouve partout les marques de leur puissance. Au dedans de l’homme tout aussi que dans le monde extérieur.
91. Pratiquer la justice de toute notre âme. Marc-Aurèle a donné l’exemple à côté du précepte ; et sa vie tout entière a été l’application de ses principes.
92. Une seule et même substance. C’est une théorie très-contestable ; et, aujourd’hui que l’étude de la nature a fait d’immenses progrès, il serait bien difficile de la soutenir encore. ? Une seule vie. Il n’est pas plus aisé de confondre la vie végétale avec la vie animale et la vie intellectuelle. Toutes ces généralités sont fort obscures ; mais elles étaient presque une nécessité pour le Stoïcisme, avec sa théorie, d’ailleurs très-vraie, de l’ordre universel des choses.
93. Il n’y a qu’une seule âme intelligente. C’est le Panthéisme, dont l’École stoïcienne n’a pas su se défendre. Mais tous ces problèmes sont si ardus qu’on ne doit pas s’étonner que les Stoïciens, impuissants comme tant d’autres, n’aient pas su les résoudre.
94. De notre intelligence. Le texte n’est pas aussi précis ; mais la fin de la phrase prouve bien qu’il s’agit spécialement de l’âme de l’homme.
95. Qui est d’obéir à la raison et à Dieu. C’est le but suprême de la vie, et il n’est pas donné à l’homme d’aller plus loin.
96. Une contradiction flagrante. La réflexion est profondément vraie ; mais, quelle que soit ici l’autorité de la raison, la sensibilité réclame ; et Bossuet, qui pense de la Providence de Dieu tout ce que Marc-Aurèle en pense, et qui est aussi résigné, n’en déplore pas moins la mort d’Henriette d’Angleterre. Le Stoïcisme a raison ; mais qu’il est difficile à notre infirmité de le suivre jusqu’au bout ! Combien y a-t-il de Socrates au moment de la mort !
97. La durée du temps insondable et infini. Personne n’a parlé en termes plus nets et plus grands de la petitesse de l’homme placé entre les deux abîmes du temps : le passé et l’avenir. Depuis Marc-Aurèle, Pascal seul a retrouvé ces accents solennels, que Bossuet lui-même n’a point dépassés. Voir plus haut, liv. IX, § 4, et liv. V, §§ 23 et 24, et les notes.
98. La motte de terre. Ce que dit Marc-Aurèle d’un coin de la terre, relativement à la terre entière, est encore bien plus vrai de la terre par rapport à l’univers. Chaque jour l’astronomie nous en apprend beaucoup à cet égard ; mais le sentiment que nous inspirent ses découvertes ne peut pas être plus profond que celui de Marc-Aurèle.
99. D’agir… d’accepter. Voir le développement de ces fortes pensées plus haut, liv. III, § 4, et liv. V, § 8.
100. Quel usage ton âme fait-elle d’elle-même ? C’est la surveillance constante de soi-même, tant recommandée par le Stoïcisme, et si nécessaire à l’homme.
101. Tout est là. Le spiritualisme ne peut pas aller plus loin.
102. Ce n’est jamais que cadavre et fumée. La doctrine chrétienne n’a pas été plus sévère contre les périls du corps et ceux de la vanité.
Droits et provenance
Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.
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