Pensées pour moi-même
Testo / traduzione : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Edizione : 1876
I testi storici possono usare ortografia o vocaboli antichi. L’edizione originale viene conservata: non è una nuova traduzione.
Fonte ed edizioneLivre VIII (continua)
136. Le principe qui nous gouverne est absolument invincible. Voilà le fondement du Stoïcisme, et comme la pierre angulaire de toute la doctrine. Cette base est en effet inébranlable de sa nature ; mais il est peu d’entre nous qui puissent le comprendre et sentir la force qu’ils portent en eux. Cette force s’accroît par l’exercice, et c’est surtout l’exercice qui manque à la plupart des hommes.
137. Replié sur lui-même. Voir plus haut, liv. VII, § 29.
138. Ne pas faire ce qu’il ne veut point. Le libre arbitre est une force incoërcible, comme on dit dans le langage de la physique.
139. Après avoir examiné attentivement. Voir plus haut, liv. III, § 12.
140. Libre des passions. Voilà la grande difficulté ; et c’est là aussi ce qui fait que la vieillesse est plus sage, parce que les passions sont amorties, ou domptées, ce qui vaut mieux.
141. Une véritable forteresse. Il y a quelques sages qui l’ont prouvé, Socrate entre autres, démontrant l’immortalité de l’âme après avoir bu le poison. — Bossuet commence ainsi son Sermon sur la Loi de Dieu : « Si nos actions sont mal composées, s’il nous arrive presque tous les jours, ou de nous tromper dans nos jugements, ou de nous égarer dans notre conduite, l’expérience nous fait connaître que la cause de ce malheur, c’est que nous ne délibérons pas assez posément de ce que nous avons à faire ; c’est que nous nous laissons emporter aux objets qui se présentent. »
142. Les premières impressions. Ce sont les perceptions simples, qui résultent du témoignage des sens, pures de tout ce que l’esprit peut y ajouter.
143. On ne t’apprend pas que tu en soit blessé. L’exemple est frappant et rend la pensée parfaitement claire
144. C’est qu’il soit en danger. Mais l’amour paternel s’éveille si vite et si vivement qu’il est presque impossible de voir ce que, dans ce cas, l’esprit ajoute spontanément à l’information que les sens lui donnent. Sénèque a dit : « Ô Dieux immortels, je serais allé moi-même au-devant de ces malheurs, au lieu de m’y offrir aujourd’hui à votre appel. Voulez-vous prendre mes enfants ? C’est pour vous que je les ai élevés. Voulez-vous quelques parties de mon corps ? Disposez-en ; je n’offre pas grand’chose. Bientôt je m’en séparerai tout entier. » De la Providence, ch. V.
145. « Pourquoi y a-t-il de pareilles choses dans le monde ? » C’est une question très-naturelle et qui se présente à tout instant, même pour les esprits les plus sérieux. La réponse qu’y fait Marc-Aurèle est la plus solide, ou plutôt c’est la seule que l’on puisse y faire. Ces choses sont dans le plan général de l’univers, parce qu’elles y sont. Si nous savons être suffisamment humbles, nous nous soumettons sans peine à l’ignorance invincible qui nous environne sous tant de rapports. Mais c’est l’orgueil humain, et au moins aussi souvent notre faiblesse, qui se révolte, et qui réclame le mot d’une énigme que nous ne trouverons jamais. C’est le secret de Dieu.
146. Et de l’espace… et de la matière… et de l’art. Espace, matière, art, tout est infini dans la nature ; et peut-être on ne peut pas dire très-justement qu’elle s’en contente ; en fait, elle a tout ; elle est tout.
147. Quand on agit, ne point hésiter. C’est aussi une des quatre maximes pratiques de Descartes, et la seconde de sa « morale par provision ». Discours de la Méthode, pp. 146 et 148, édit. de V. Cousin.
148. Ne pas se tromper. Par le moyen indiqué plus haut, § 49.
149. Une source qui ne tarisse jamais. Image aussi belle que juste.
150. Un puits intermittent. J’ai ajouté ce dernier mot pour rendre la pensée plus claire. Il y a des éditeurs qui ont cru que ce dernier membre de phrase est une interpolation.
151. Ce qu’est le monde. Un ordre admirable, comme le dit *le mot grec, qui signifie tout à la fois les deux idées d’Ordre et d’Univers.
152. Pourquoi on a été créé par la nature. Le Stoïcisme n’hésite pas à répondre que l’homme a été créé pour la sagesse et la vertu. C’est sa foi, et l’homme ne peut en avoir de plus haute ni de plus vraie. Sous une autre forme, c’est ce que Socrate avait dit avant le Stoïcisme.
153. Mais que te semble de celui… Dédain de la vaine gloire dont les hommes peuvent disposer. Voir plus haut, liv. III, § 10, et liv. VI, § 59.
154. Tu recherches les éloges. Suite du paragraphe précédent.
155. S’accable lui-même de ses propres malédictions. L’ironie est amère ; mais la réflexion est juste, et bien souvent elle pourrait guérir toute notre vanité.
156. S’associer en outre par la raison. Un peu plus haut, liv. III, § 4, Marc-Aurèle a appelé l’homme le collaborateur de Dieu. Cette comparaison de l’air que nous respirons et de l’intelligence répandue dans l’univers entier, et que notre raison peut respirer en quelque sorte, a sa grandeur et sa vérité. Sénèque a dit : « Il faut tout souffrir avec courage, parce que tout arrive, non par aventure, mais par ordre. Il y a longtemps qu’a été réglé ce qui doit faire ta joie, ce qui doit faire ta peine, et, quelle que soit la variété d’événements qui semble distinguer la vie de chacun, le tout se résume en une seule chose : périssables, nous avons reçu des biens périssables. Pourquoi tant nous indigner ? Pourquoi nous plaindre ? C’est la loi de notre existence. » De la Providence, ch. V.
157. D’une façon générale. C’est-à-dire, dans l’ordre universel des choses. Il est certain que le mal doit y avoir sa place, puisque Dieu l’a permis. Seulement, notre faible intelligence ne comprend pas assez les desseins de Dieu.
158. Il ne nuit pas à autrui. Au point de vue moral ; car il peut y nuire par une foule de conséquences. Mon vice ne corrompt que moi ; et mes semblables ne le subissent pas comme moi. Voir le paragraphe suivant, où la pensée se continue et se développe.
159. Ce qui regarde ma volonté personnelle. Suite du paragraphe précédent.
160. Dieu ne l’a pas voulu. Et nous devons l’en remercier ; car, sans cette distinction, nous ne serions plus des personnes, et l’individu moral n’existerait pas.
161. En s’épanchant, il ne s’épuise jamais. La comparaison appliquée à notre esprit n’est peut-être pas très-exacte ; il s’épuise et se fatigue. La lumière du soleil ne diminue pas, du moins autant que nous en pouvons juger, quoiqu’il ait aussi ses défaillances.
162. Le mot qui dans la langue grecque. J’ai dû paraphraser ce passage pour le rendre tout à fait clair.
163. Elle se partage pour ainsi dire. L’expression serait plus juste si l’on disait : « Elle se rompt », ou « Elle s’arrête ».
164. Qui en prive l’air placé au-delà. Le rayon s’arrête, par exemple, sur le panneau d’une porte, dont l’autre côté n’est pas éclairé.
165. Sans glisser en bas et sans tomber. C’est un fait ; et l’observation est ingénieuse. C’est que la lumière n’est pas pesante.
166. Ni colère ni emportement. C’est une leçon de douceur intellectuelle, et aussi d’humilité.
167. Ne plus rien sentir. Voir le Phédon de Platon, pp. 207 et suiv., traduction de M. V. Cousin.
168. Mais tu ne cesses pas de vivre. Il semble bien que c’est à cette solution spiritualiste que Marc-Aurèle incline, comme le Stoïcisme de Sénèque.
169. Les uns pour les autres. Une des maximes les plus nobles et les plus fécondes du Stoïcisme. Aristote avait établi dans sa Politique que l’homme est un être essentiellement sociable. Voir liv. I, ch. I, § 9, de ma traduction, 3e édition.
170. En considérant les choses attentivement. Ce qui semble un temps d’arrêt et une déviation dans le mouvement de l’esprit.
171. Il n’en va pas moins droit. Tandis que la flèche manquerait le but, si elle s’arrêtait ou si elle était déviée.
172. Entrer dans l’esprit des autres. Attention plus délicate et plus difficile que de laisser les autres pénétrer dans notre propre esprit. Voir plus haut, liv. VI, § 53.
Livre IX
I. Se rendre coupable d’une injustice envers autrui[1], c’est faire un acte d’impiété, parce que la nature qui gouverne l’univers[2], ayant créé les êtres raisonnables pour s’aider par des secours réciproques, selon leurs mérites divers, sans qu’il leur soit jamais permis de se nuire entre eux, celui qui méconnaît cette volonté expresse de la nature se rend impie envers la plus auguste des divinités[3].
Faire un mensonge est une autre impiété[4] aussi grave envers elle ; car la nature qui régit l’univers est également la nature pour tous les êtres ; et les êtres d’ici-bas sont évidemment de la même famille que les êtres éternels. C’est là ce qui fait qu’à un certain point de vue, la nature est appelée la Vérité, parce que c’est elle qui est la cause première de tout ce qui est vrai. Celui donc qui trompe sciemment fait acte d’impiété ; car c’est un délit de mentir. Mais même quand on trompe sans le vouloir[5], comme on se met en désaccord avec la nature universelle, et que l’on provoque un désordre dans son sein, on combat par cela seul la constitution naturelle du monde[6]. C’est la combattre que de se porter, fût-ce à son propre détriment, vers ce qui contredit la vérité. Car celui qui s’égare ainsi avait préalablement reçu de la nature toutes les facultés nécessaires, et c’est en les négligeant qu’il s’est rendu désormais impuissant à distinguer le faux du vrai.
C’est encore une sorte d’impiété[7] de rechercher le plaisir comme un bien, et de fuir la douleur comme un mal[8]. Il est inévitable qu’avec ces idées on accuse incessamment la commune nature d’avoir réparti ses dons, sans considération de mérite, entre les méchants et les bons, puisqu’à chaque instant les méchants jouissent des plaisirs de ce monde[9] et de tous les moyens de se les procurer, et que les bons sont plongés dans la douleur[10], exposés aux causes de tout genre qui la produisent. D’une autre part, quand on redoute la douleur, on doit par suite redouter bien des événements que le monde doit néanmoins voir s’accomplir. C’est là encore une disposition impie. Quand on tient tant au plaisir, on ne se défend pas assez de commettre des fautes contre ses semblables ; et c’est également une impiété manifeste. Dans les choses où la commune nature se montre indifférente, puisque, certainement, elle n’aurait pas fait les deux si elle n’était pas profondément indifférente à l’une et à l’autre, ce qu’il faut c’est que ceux qui veulent obéir à la nature pensent à cet égard absolument comme elle, et qu’eux aussi ils restent dans une indifférence parfaite[11].
Ainsi donc, en ce qui concerne la douleur et le plaisir, la mort et la vie, la gloire et l’obscurité, toutes choses dont la commune nature fait indistinctement usage, on se rend coupable d’une impiété évidente, si l’on n’est pas aussi impassible que la nature elle-même. Et quand je dis que la commune nature est indifférente à tout cela, et qu’elle en fait un égal usage, je veux faire entendre que tout cela arrive indistinctement à tous les êtres qui se succèdent, les uns à la suite des autres, ou qui apparaissent dans le monde, en vertu d’une impulsion première de la Providence[12] ; car elle a dès l’origine des choses réglé l’ordre entier de l’univers, et y a déposé les raisons de tout ce qui devait être dans un avenir sans fin, en déterminant l’empire de toutes les forces qui ont été les germes des existences, des changements, et des révolutions de tout genre que nous pouvons observer.
II. Ce serait le privilège d’un mérite surhumain que de pouvoir sortir de la société des hommes sans avoir jamais su ce que c’est que le mensonge, la fausseté sous aucune de ses formes, la mollesse et l’orgueil. Déjà, c’est avoir fait une heureuse traversée[13] que de s’en aller de ce monde avec le profond dégoût de ces vices[14]. Ou bien, par hasard, préférerais-tu t’enfoncer dans le mal ? Et l’expérience en est-elle encore à t’apprendre à fuir cette peste ? La corruption de l’âme, qui se ruine par le vice, est une peste cent fois plus fatale que celle qui infecte et vicie l’air que tu respires. Car l’une est la peste des animaux en tant qu’ils sont de simples animaux, tandis que l’autre est la peste des hommes en tant qu’ils sont hommes[15].
III. Ne maudis pas la mort[16] ; mais fais-lui bon accueil, comme étant du nombre de ces phénomènes que veut la nature. La dissolution de notre être est aussi naturelle en nous que la jeunesse, la vieillesse, la croissance, la pleine maturité, la pousse des dents, la barbe, les cheveux blancs, la procréation, la gestation des enfants, l’accouchement, et tant d’autres fonctions purement physiques, que développent en nous les diverses saisons de la vie. Lors donc que l’homme y a réfléchi, il sait qu’il doit ne montrer à l’égard de la mort, ni oubli, ni courroux, ni jactance[17]. Il faut l’attendre comme un des actes nécessaires de la nature[18] ; et puisque tu attends bien le jour où ta femme mettra au monde l’enfant qu’elle porte en son sein, de même aussi tu dois accueillir l’heure où ton âme se délivrera de son enveloppe[19]. Que si tu as besoin, pour te rassurer le cœur, d’une réflexion toute spéciale, qui te rende plus accommodant envers la mort, tu n’as qu’à considérer ce que sont les choses dont tu vas te séparer enfin, et les spectacles dont moralement ton âme ne sera plus attristée. Ce n’est pas à dire le moins du monde qu’il faille combattre contre les hommes ; loin de là, il faut les aimer[20] et les supporter avec douceur. Seulement, il faut bien te dire que ce ne sont pas des gens partageant tes sentiments[21] que tu vas quitter ; car le seul motif qui pourrait nous rattacher à la vie[22] et nous y retenir, ce serait d’avoir le bonheur de s’y trouver avec des hommes qui auraient les mêmes pensées que nous. Mais, à cette heure, tu vois quelle anxiété te cause ce profond désaccord dans la vie commune, et tu vas jusqu’à t’écrier : « Ô mort, ne tarde plus à venir, de peur que je n’en arrive, moi aussi, à me méconnaître[23] autant qu’eux ! »
IV. Quand on fait une faute contre quelqu’un, on en commet une aussi contre soi-même[24] ; en faisant tort à autrui, on se fait en même temps un tort personnel, puisqu’on se pervertit.
V. Bien souvent on se rend coupable en négligeant d’agir[25], et non pas seulement en agissant.
VI. Il doit te suffire d’avoir une idée parfaitement intelligible des choses qui t’occupent actuellement, de remplir actuellement ton devoir envers la communauté, et d’être actuellement[26] en disposition de te soumettre avec joie à tout événement que la Cause infinie[27] peut t’envoyer.
VII. Effacer les impressions sensibles[28] ; apaiser l’émotion qu’elles ont pu nous causer ; éteindre nos passions ; rester complètement maîtres de la raison qui doit nous guider[29].
VIII. C’est une seule et même âme[30] qui fait vivre les animaux privés de raison ; c’est une seule et même âme intelligente qui est répartie entre les êtres raisonnables, de même qu’il n’y a qu’une seule et même terre pour toutes les choses terrestres, de même qu’il n’y a qu’une seule et même lumière qui nous fait voir tout ce qui est visible, de même qu’il n’y a qu’un seul et même air que respirent tous les êtres animés.
IX. Tout être qui a quelque chose de commun[31] avec un autre être se porte invinciblement vers son semblable. Tout objet terreux se dirige spontanément vers la terre ; toute particule liquide tend à s’écouler avec les eaux ; la particule d’air en fait autant. Il faut des obstacles et une violence, pour qu’ils ne suivent pas cette pente. De même encore, le feu monte toujours en haut[32] pour s’y rejoindre au feu élémentaire ; sur la terre, il suffit qu’une matière quelconque soit un peu plus sèche pour qu’elle soit toute prête à s’enflammer, sous toute espèce de feu, parce que cette matière est moins mélangée de ce qui s’oppose et résiste à la combustion.
C’est en vertu d’une loi semblable que tout être qui a sa part de la commune nature intellectuelle, tend aussi vivement et plus vivement encore vers l’être qui est de la même espèce que lui[33]. Plus l’être intelligent l’emporte sur le reste des créatures, plus aussi il a d’empressement à se mêler et à se fondre avec ce qui est de sa famille. Ainsi d’abord, parmi les animaux qui n’ont pas la raison en partage, on peut observer des essaims, des troupes, des éducations de petits, et, en quelque sorte aussi, des affections et des amours ; car, dans ces êtres, il y a déjà des âmes ; et l’on peut y remarquer une tendance évidente à se grouper autour du meilleur, ce qu’on ne voit, ni dans les plantes, ni dans les pierres, ni dans les bois. Au contraire, entre les êtres qui ont le privilége de la raison, il se forme des gouvernements, des amitiés de tout ordre, des familles, des réunions de tout genre, et, même pendant la guerre, des traités et des trêves. En montant encore plus haut jusqu’aux êtres de la région supérieure, il y a une sorte d’unité même entre les plus séparés par la distance, comme le sont les astres[34].
C’est donc ainsi que la tendance à s’élever toujours vers le mieux peut créer entre les êtres les plus disparates une sorte de sympathie. Mais regarde ce qui se passe dans l’état présent des choses. Seuls, les êtres doués d’intelligence[35] ont perdu le sentiment de cette affection et de ce bon accord qu’ils se doivent mutuellement[36] ; il n’y a que parmi eux qu’on ne voit plus ce concours. Pourtant ils ont beau fuir ; ils sont repris dans le courant qui les entraîne ; la nature est la plus forte ; et tu peux te convaincre de cette vérité pour peu que tu l’observes avec quelque soin ; car il serait plus facile de découvrir un objet terrestre séparé du reste de la terre, que de trouver un homme absolument isolé de l’homme[37].
X. L’homme porte son fruit, comme Dieu porte le sien[38], comme le monde porte le sien aussi, comme toute chose le porte, quand la saison en est venue. Si d’ordinaire le mot de Fruit ne s’applique proprement qu’aux plantes qui, comme la vigne, produisent des fruits, l’expression ici n’est de rien. La raison porte également son fruit, qui est tout ensemble, et commun, et spécial ; et, de ce fruit-là, il sort une multitude d’autres[39] fruits qui sont pareils à la raison elle-même.
XI. Si tu le peux[40], instruis les gens et redresse-les ; si tu y échoues, n’oublie pas que c’est précisément à cet effet que la bienveillance t’a été accordée[41]. Les Dieux mêmes sont cléments pour les êtres qui te résistent ; et à leur égard, tant les Dieux sont bons, ils les aident à se donner[42] santé, richesse et gloire. Tu peux imiter les Dieux[43] ; ou, si tu ne le fais pas, dis-moi qui t’en empêche.
XII. Travaille sans cesse, non pas avec la persuasion que c’est un malheur pour toi de travailler[44], ni avec le désir qu’on te plaigne ou qu’on t’admire, mais soutenu par cette seule volonté de toujours agir ou de suspendre ton activité, de la manière que le veut la raison dans l’intérêt de la cité dont tu fais partie.
XIII. Aujourd’hui, je suis sorti de tous mes embarras ; ou, pour mieux dire, j’ai mis tous mes embarras de côté ; car ils n’étaient pas au dehors ; ils étaient tout intérieurs, c’est-à-dire dans les idées que je m’en faisais[45].
XIV. Toutes choses deviennent familières par l’expérience qu’on en acquiert ; le temps qu’elles subsistent n’est que d’un jour ; leur matière n’est que souillure. À cette heure, tout est absolument ce qu’il était[46] quand vivaient ceux que nous avons ensevelis.
XV. Les choses nous sont extérieures et restent à notre porte[47]. Indépendantes par elles-mêmes, elles ne savent rien de ce qu’elles sont, elles ne nous en disent rien. Qui nous en apprend donc quelque chose[48] ? C’est uniquement la raison, qui nous gouverne.
XVI. Pour l’être raisonnable qui vit en société, le mal, ainsi que le bien, ne consiste pas dans ce qu’il pense[49], mais dans ce qu’il fait. C’est comme la vertu et le vice, qui, pour lui, ne consistent pas davantage dans la pensée, mais dans l’action.
XVII. Pour le caillou qu’on lance en l’air[50], il n’y a pas plus de mal à redescendre qu’il n’y avait de bien à monter.
Diritti e provenienza
Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.
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