Mark Aurel / Textsprache : Französisch

Pensées pour moi-même

Text / Übersetzung : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Ausgabe : 1876

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Quelle und Ausgabe

Livre X (Fortsetzung)

XXVII. Répète-toi sans cesse que la manière dont les choses se passent[88] actuellement est aussi la manière dont elles se passaient jadis, dont elles se passeront plus tard. Remets-toi sous les yeux tous ces drames, tous ces théâtres, toujours si uniformes, que tu as pu connaître, soit par ton expérience personnelle, soit par les récits d’une histoire plus ancienne ; par exemple, tout ce que l’on a fait à la cour d’Adrien[89], à celle d’Antonin, et tout ce qu’on faisait dans les cours de Philippe, d’Alexandre, de Crésus. Elles étaient absolument comme celle que tu as ; il n’y avait que les acteurs de changés.

XXVIII. Représente-toi bien qu’un homme qui s’afflige de quoi que ce soit[90], ou qui se révolte contre les choses, ressemble à un de ces pourceaux[91] traînés au sacrifice, qui regimbent en grognant. C’est l’image de celui qui, couché sur son lit solitaire, se plaint en secret du destin qui nous enchaîne. Dis-toi bien aussi que le privilége de l’être doué de raison, c’est d’obéir de son plein gré aux événements, tandis que, pour tous les autres êtres, y obéir purement et simplement est une absolue nécessité.

XXIX. À chacun des actes que tu accomplis, demande-toi si la mort te semble plus particulièrement affreuse[92], parce qu’elle doit te priver de l’objet qui t’occupe.

XXX. Lorsque tu t’offusques de la faute de quelqu’un, fais un retour sur toi-même[93], et pense un peu aux fautes analogues que, toi aussi, tu commets ; par exemple, quand tu fais trop de cas de l’argent, du plaisir, de la vaine gloire, et de tant d’autres objets, qui ne valent pas mieux. Si tu t’attaches à cette réflexion, tu auras bien vite oublié ton irritation, et tu te diras : « Il y était forcé ; que pouvait-il faire ? » Ou bien même, si tu le peux, fais disparaître la contrainte[94] que le malheureux subit.

XXXI. Quand tu vois Satyron, pense à un philosophe socratique, ou à Eutychès, ou à Hymen[95] ; quand tu vois Euphrate, pense à Eutychion, à Silvanus ; quand c’est Alciphron, pense à Tropæophore ; en voyant Xénophon, pense à Criton ou à Sévérus ; enfin, en regardant à toi-même, reporte ta pensée sur un des Césars. En un mot, dans chaque cas qui se présente, fais une comparaison analogue. Puis adresse-toi cette question : « Et tous ceux-là, où sont-ils ? Nulle part, en ce monde ; ou bien, ils sont n’importe où. » En te mettant sans cesse à ce point de vue, tu comprendras que les choses humaines ne sont que fumée et que néant[96]. Tu en seras surtout convaincu, si tu te rappelles en même temps que l’être qui a une fois changé et disparu ne redeviendra jamais ce qu’il a été, dans toute la durée du temps infini. Et toi, dans combien de temps vas-tu changer aussi ? Est-ce qu’il ne te suffit pas d’avoir fourni comme il convient[97] cette courte carrière ? Quelle réalité, quelle chimère[98] peux-tu craindre et fuir encore ? Qu’est-ce, en effet, que tout cela, si ce n’est une suite d’exercices pour la raison, appréciant nettement, et par l’étude exacte de la nature, ce que valent les choses de la vie[99] ? Arrives-en donc avec persévérance à t’assimiler ainsi ces vérités, de même qu’un estomac robuste[100] s’assimile tous les aliments, de même qu’un feu qui brille[101] convertit en flamme et en lumière éclatante tout ce qu’on y jette.

XXXII. Que personne ne puisse jamais se permettre de dire de toi avec vérité que tu n’es pas simple ou que tu n’es pas bon[102] ; qu’à ton égard un tel soupçon soit toujours une calomnie. Tout cela ne dépend que de toi[103]. Qui pourrait, en effet, t’empêcher[104] d’être bon et simple ? Tu n’as qu’à te résoudre à ne pas continuer de vivre[105], si tu n’avais pas ces qualités ; car la raison ne te retient pas dans la vie, si tu ne les possèdes point.

XXXIII. Sur une question donnée, qu’y a-t-il de mieux à faire ou à dire[106], dans la mesure du possible ? Quelle que soit cette question, il t’est toujours permis de faire ou de dire ce qu’il y a de mieux. Et ne va pas alléguer pour excuse que tu en es empêché. Tu ne cesseras de te plaindre que quand, aussi ardent que les amis du plaisir le sont dans leurs jouissances, tu sauras accomplir tout ce que comporte la constitution de l’homme, dans la question qui se présente et qu’il faut résoudre ; car tout être doit regarder comme une jouissance véritable de faire ce que permet sa nature propre. Or, toujours et partout, il est possible de s’y conformer[107]. Ainsi, une boule ne peut pas toujours et partout obéir au mouvement qui lui est propre ; le mouvement propre n’est pas non plus toujours possible pour l’eau, le feu, et tant d’autres choses, qui n’obéissent qu’à la nature[108], ou pour une âme qui n’est pas douée de raison[109], attendu qu’il peut y avoir une foule d’obstacles qui les empêchent et les arrêtent. Mais l’intelligence et la raison peuvent toujours se frayer leur route[110] à travers tous les obstacles, selon leur nature et dans la plénitude de leur volonté.

Si tu te mets bien devant les yeux cette facilité merveilleuse que possède la raison de passer au travers de tout, comme le feu monte en haut, comme la pierre descend en bas, comme l’objet rond roule sur un plan incliné, ne recherche dès lors rien de plus ; car tous ces obstacles, qui ne regardent que le corps et notre cadavre, et qui sont en dehors de notre volonté et du domaine de la raison même, n’ont pas le don de nous blesser ; ils ne nous font absolument aucun mal, puisque, dans ce cas, l’être qui en serait vraiment atteint, devrait périr[111] à l’instant même. Il est bien vrai que, dans les autres combinaisons de choses, quand il survient un mal quelconque, ce mal empire la condition de l’être qui en est atteint ; mais ici, au contraire, il faut bien se dire que l’homme n’en devient que meilleur[112] et d’autant plus louable, quand il fait bon usage des épreuves qu’il subit. Souviens-toi donc toujours que le véritable et naturel citoyen ne souffre jamais de ce qui ne fait pas souffrir la cité, et que la cité même n’éprouve aucun dommage quand la loi n’en éprouve point. Or, dans ces prétendus revers[113], il n’y a rien qui blesse la loi ; et, dès lors, ce qui ne blesse point la loi ne blesse point non plus, ni la cité, ni le citoyen[114].

XXXIV. Une fois qu’on a mordu[115] aux vrais principes, il suffit du plus simple mot, d’une sentence connue de tout le monde, pour se souvenir qu’on ne doit avoir ni tristesse, ni crainte :

« Le vent les jette à terre[116] et pourtant la nature… » ................. « Ainsi sont les humains.....»

Ce sont également des feuilles que tes enfants[117] ; ce sont aussi des feuilles légères que les clameurs enthousiastes qui chantaient tes louanges, ou, en sens contraire, ces malédictions, ces critiques, ces railleries dont on t’accablait. Ce sont des feuilles encore, et non moins légères celles-là, que ces voix qui propageront successivement ton souvenir dans la postérité. Oui, ce sont là autant de feuilles.

« ...........Et pourtant la nature, « Chaque année, au printemps, ramène la verdure. »

Puis, le vent les a dispersées encore une fois, et la forêt en produit d’autres à leur place. Ainsi donc, cette durée éphémère est la condition commune de toutes choses. Et toi, tu prends toutes choses, soit que tu les fuies, soit que tu les recherches, comme si elles devaient être éternelles[118] ! Encore un peu[119], et tes yeux se fermeront aussi ; et celui-là même qui t’aura porté en terre sera, à son tour, pleuré par un autre, qui l’y portera.

XXXV. Lorsque l’œil est sain, il regarde tout ce qui peut être regardé, et il ne dit pas : « C’est du vert que je veux voir[120]. » Car le vert n’est un besoin que pour l’œil qui est malade. De même, l’ouïe quand elle est saine, l’odorat quand il est sain, doivent être tout prêts à entendre les sons et à sentir les odeurs. L’estomac qui est sain doit être aussi bien disposé pour tous les aliments qu’il reçoit, de même encore qu’une meule de moulin doit être prête à moudre tous les grains qu’on y apporte. Ainsi donc, l’âme, quand elle est vraiment saine, doit être préparée à tous les événements. Mais l’âme qui dit : « Que mes enfants vivent[121] ; » ou bien : « Que tout le monde me comble de louanges dans tout ce que je fais, » cette âme-là n’est qu’un œil qui cherche à voir du vert, ou des dents qui ne veulent que des aliments mous et faciles à broyer.

XXXVI. Il n’est personne qui soit assez heureux[122] pour n’avoir point auprès de soi, quand il meurt, des gens prêts à prendre assez tranquillement le mal qui lui arrive. « Sans doute, c’était un honnête homme, diront-ils ; c’était un sage. » Mais n’y aura-t-il pas aussi quelqu’un pour se dire, en fin de compte, et à part lui : « Nous voilà donc délivrés de ce pédagogue ; respirons enfin. Certes, il n’était méchant pour personne de nous ; mais je sentais bien qu’au fond du cœur il nous désapprouvait[123] ? » Voilà ce qu’on dit d’un honnête homme. Mais, nous autres, combien de motifs ne fournissons-nous pas à ceux qui, en grand nombre, voudraient être débarrassés de nous ? C’est là ce qu’on doit penser à son lit de mort, et la réflexion suivante te fera quitter la vie plus aisément : « Je sors de cette vie, où même mes associés de route, pour qui j’ai tant lutté, fait tant de vœux, pris tant de peine, désirent, malgré tout cela, que je m’en aille, espérant que ma mort leur procurera peut-être une facilité quelconque de plus ». Quel motif pourrait donc nous faire souhaiter de demeurer plus longtemps ici-bas ? Toutefois ne va pas, en partant, montrer moins de bienveillance[124] pour eux ; conserve à leur égard ton caractère habituel ; reste affectueux, indulgent, doux, et ne semble pas avoir l’air d’être éconduit. Mais de même que, quand on a une mort facile, l’âme s’exhale aisément du corps, de même il faut que tu prennes congé de tes semblables avec une inaltérable sérénité. Car c’est la nature[125] qui avait formé ton lien avec eux et qui le rompra. Mais voici qu’elle le rompt. Eh bien, je me sépare d’amis qui me sont chers, sans qu’on ait besoin de m’arracher d’au milieu d’eux, et sans qu’il faille me faire violence ; car cette séparation même est une chose qui n’a rien que de conforme à la nature.

XXXVII. Autant que possible[126], quand tu vois agir quelqu’un, prends l’habitude de te demander à toi-même : « Quel motif cet homme peut-il bien avoir pour faire ce qu’il fait ? » Commence ainsi par toi-même, et soumets-toi le premier à ton examen.

XXXVIII. Dis-toi bien que le principe qui met tes fibres en mouvement[127] est tout intérieur et caché en toi. Ce principe est ce qui te fait parler ; c’est la vie, et, s’il faut le dire d’un mot, c’est l’homme[128]. Ne le confonds jamais dans ta pensée avec le vase qui le renferme, avec les organes dont il est entouré et revêtu. Ils sont à ton usage comme tous les autres instruments, une cognée, par exemple ; et la seule différence, c’est que c’est la nature qui nous les donne. Mais ces parties de ton corps, sans la cause[129] qui en provoque ou en arrête le mouvement[130], seraient aussi inutiles que la navette sans l’ouvrière qui tisse, que le roseau sans la main qui écrit, ou que le fouet sans le cocher qui le tient.

Notes de la traduction de 1876 :

1. Ô mon âme. Cette tournure, qui peut nous paraître aujourd’hui un peu usée, était bien neuve au temps de Marc-Aurèle ; et je ne sais pas si ce n’est point lui qui s’en sera servi le premier. Ce retour de l’âme sur elle-même et ce dialogue intime supposent des analyses antérieures bien constantes et bien délicates. Voir plus haut, liv. II, § 6 ; et plus loin, liv. XI, § 1, la description de l’âme.

2. Plus facile à voir que le corps. Ceci est parfaitement vrai des âmes limpides et pures ; un coup d’œil suffit pour les voir jusqu’au fond, parce qu’elles n’ont rien à cacher, ni à elles-mêmes, ni aux autres.

3. Que tout vient des Dieux. C’est le solide fondement de l’optimisme. Voir plus haut, liv. III, § 11.

4. Pour la conservation de l’être parfait. L’expression doit paraître un peu singulière ; mais le texte ne peut pas recevoir une autre interprétation.

5. La cité des Dieux et des hommes. Doctrine qui est à peu près exclusivement propre au Stoïcisme.

6. La nature seule. En d’autres termes, la partie matérielle de notre être.

7. La nature animale en toi devrait en trop pâtir. C’est toujours un point fort délicat que de faire au corps sa juste part. Les natures enthousiastes, surtout quand elles sont jeunes, l’immolent quelquefois avec une exagération héroïque mais insensée. La limite est difficile à reconnaître et à tenir avec fermeté et sagesse. Plus tard, l’âge amène des défaillances, auxquelles l’âme succombe. La véritable mesure, c’est d’avoir dans le corps, auxiliaire indispensable de l’âme, un instrument qui soit toujours docile et toujours fort. L’ordre est renversé de fond en comble, si c’est le corps qui commande et l’âme qui obéit.

8. Un être raisonnable. C’est le caractère propre de l’homme ; tout le reste lui est commun avec les animaux. Voir plus loin, dans ce même livre, § 38.

9. La nature te l’a rendu supportable. Voir plus haut, liv. VIII, § 46, la même pensée, mais moins développée qu’ici.

10. Que tu sois de force à l’endurer. Cette force de résistance varie beaucoup avec les individus ; mais l’habitude donne une puissance nouvelle même aux natures les plus énergiques.

11. Ne te plains pas davantage. En d’autre termes : Résigne-toi à la mort qui te menace ; elle finira tous tes maux, s’ils sont par trop violents.

12. Il dépend de ta volonté seule. C’est le fondement inébranlable de la morale stoïcienne. Il n’y a guère que le Stoïcisme qui ait compté si généreusement sur l’énergie presque toute-puissante de la volonté.

13. Redresse-le avec bienveillance. Excellent précepte, d’une application assez aisée pour les natures douces, plus pénible pour les natures vives et emportées, que l’erreur indigne presqu’à l’égal de la faute.

14. Ne t’en prends qu’à toi seul. Parce que tu n’auras su être, ni assez persuasif, ni assez persévérant.

15. Ne t’en prends même pas à toi. Et, par suite, reste indifférent et tranquille. C’est une contradiction avec ce qui précède.

16. Prédisposée pour toi de toute éternité. C’est peut-être aller bien loin et supprimer trop complètement le libre arbitre, auquel cependant le Stoïcisme et Marc-Aurèle en particulier ont la foi la plus inébranlable. La même contradiction se retrouve dans Sénèque.

17. Qu’il n’y ait que des atomes. Voir plus haut, liv. IV, § 3, et liv. VIII, § 17, la même alternative posée dans des termes presque semblables.

18. Qu’il y ait une nature. L’expression n’est pas suffisante, et il faut la compléter en comprenant qu’il s’agit d’une nature intelligente, qui a disposé les choses et qui continue à les gouverner.

19. Une partie de ce tout. Voir plus haut, liv II, § 3.

20. Souffrir de ce qui est utile au tout. L’idée n’est peut-être pas très-juste, si d’ailleurs elle est héroïque. La partie peut souffrir réellement ; mais elle doit se résigner à son mal, si le système entier, dont elle fait partie, doit en profiter.

21. Je recevrai avec reconnaissance. Par une foi magnanime à la sagesse infinie de Dieu, et à sa justice.

22. Je penserai sans cesse à ces êtres mes semblables. Tous ces préceptes acquièrent une grandeur incomparable quand on songe que Marc-Aurèle a su faire comme empereur tout ce qu’il a si bien exprimé.

23. Des actes utiles à ses concitoyens. Voir plus haut, liv. II, § 16, ces mêmes pensées rendues avec plus de précision encore.

24. Périr ne signifie pas autre chose que changer. Cet axiome est vrai pour la matière proprement dite ; mais il ne l’est pas pour la forme, qui disparaît définitivement pour ne plus renaître. Reste la partie spirituelle du monde, dont Marc-Aurèle ne parle point ici ; car le souffle vital, dont il est question un peu plus bas, est pris encore au sens matériel, et ne se confond pas avec l’âme.

25. Changer est un mal. Dans le système optimiste de Marc-Aurèle, le changement n’est point un mal ; ce n’est que l’exécution des décrets de la Providence. Voir plus haut, liv. IV, §§ 14 et 21.

26. Les deux suppositions sont également inadmissibles. Parce qu’elles contredisent également l’idée de la Providence, qu’on ne peut soupçonner ni de mal faire, ni d’ignorer.

27. L’intelligence de la nature. Qui éclate dans toutes ses œuvres, depuis les astres qui peuplent l’espace jusqu’à l’organisation des moindres êtres, dont nous pouvons juger par l’organisation du nôtre.

28. Elles sont ce qu’elles sont. C’est aujourd’hui le fondement, plus spécieux que solide, sur lequel s’appuie la philosophie matérialiste. Mais refuser à l’esprit humain de rechercher le pourquoi des choses et le mot de l’énigme universelle, c’est en définitive la négation même de la science, réduite alors à n’être plus que la satisfaction d’une vaine curiosité. Heureusement l’esprit humain ne se laisse ni persuader, ni décourager ; et il fait servir toutes les sciences de détail à la science universelle, qui essaie d’expliquer la totalité des choses, soit sous forme de religion, soit sous forme de philosophie.

29. Consumé par le feu. C’est le système d’Héraclite. Voir plus haut, liv. III, § 3, et liv. V, §§ 13 et 34.

30. Même avec cette hypothèse. La fin de ce paragraphe, quoique assez claire dans les mots, reste obscure dans la pensée. Les manuscrits ne fournissent pas de variantes qui puissent servir à élucider ce passage.

31. À l’époque de ta naissance. Cette transformation perpétuelle de notre être est vraie ; mais ce qui n’est pas moins vrai, c’est la permanence de notre personnalité, subsistant identique malgré ce renouvellement incessant de notre corps.

32. Et non pas ce qu’il avait reçu jadis du sein maternel. Il aurait fallu préciser davantage les choses, surtout ici, et indiquer ce qu’on entendait positivement par là. S’agit-il de l’âme, et de la partie spirituelle de l’être humain ? C’est probable ; mais il eût été bon de le dire.

33. Mais prends garde… C’est surtout cette dernière idée qu’il est presque impossible de comprendre. Voir plus haut, liv. IX, § 19.

34. Veille bien à ne jamais t’attirer des appellations contraires. C’est écarter de soi avec le plus grand soin toute hypocrisie et toute dissimulation, effort assez facile quand on ne songe sérieusement qu’à faire bien, sans s’inquiéter en rien des conséquences. La franchise est un des premiers devoirs du philosophe, vis-à-vis de lui-même d’abord, et ensuite vis-à-vis de ses semblables. Le mensonge doit lui être étranger sous quelques formes qu’il se cache ; et c’est en s’avouant à soi-même ses propres fautes qu’on peut réussir à s’en corriger.

35. Les reconquérir au plus vite. C’est une réhabilitation à nos propres yeux, et plus tard aux yeux des autres.

36. Résigné. Il n’y a pas de recommandation faite plus fréquemment et plus énergiquement par le Stoïcisme et par Marc-Aurèle.

37. L’empire de la partie pensante. Voilà une définition exacte et profonde de la magnanimité ; toutes les petitesses et les bassesses d’âme viennent de ce que la bête l’emporte sur l’être raisonnable, de ce que l’amour des faux biens l’emporte sur l’amour des vrais biens.

38. Tu entreras dans une tout autre vie. C’est la vie morale, après la vie de l’instinct, et trop souvent de la brute.

39. Ces bestiaires. On se rappelle que c’était le nom des gladiateurs destinés à combattre contre les bêtes féroces.

40. Qu’on les conserva pour le jour suivant. Quand un gladiateur était blessé, le peuple du cirque était consulté pour savoir s’il fallait achever sur-le-champ le malheureux, ou le réserver pour d’autres combats.

Rechte und Herkunft

Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.

Historical text: public domain in France. Wikisource transcription: attribution / CC BY-SA 4.0 where applicable.

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