Pensées pour moi-même
Testo / traduzione : Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805–1895) · Edizione : 1876
I testi storici possono usare ortografia o vocaboli antichi. L’edizione originale viene conservata: non è una nuova traduzione.
Fonte ed edizioneLivre VI (continua)
41. Vivre dans un trouble profond. Ce qui est absolument contraire à cette tranquillité d’âme si expressément recommandée par le Stoïcisme. En supprimant une foule de besoins du genre de ceux dont parle ici Marc-Aurèle, on supprime du même coup une foule d’occasions de chute et de faute pour l’âme. On la calme en la laissant vis-à-vis d’elle-même, sans qu’elle cherche à se porter au dehors plus qu’il ne convient.
42. Ses plaintes, même contre les Dieux. S’il est une vertu que le Stoïcisme ait apprise à l’homme, c’est bien la soumission à la volonté divine et la résignation. Marc-Aurèle a montré, par sa propre vie, ce que cette résignation devait être.
43. Tu te rendras aimable à tes propres yeux. En d’autres termes : Tu seras bien avec toi-même et en repos vis-à-vis de ta propre conscience.
44. En harmonie avec tes compagnons. Les termes du texte ont peut-être un sens plus général.
45. Tu les remercieras. Ce sont là les sentiments communs que l’instinct inspire à tous les hommes, et que la raison confirme dans les plus sages.
46. Leurs dons… leurs décrets. Voir plus haut, liv. III, § 4, et liv. V, § 8. Sénèque a dit : « Ne crois pas que l’adulation d’autrui nous soit plus mortelle que la nôtre. Quel homme a osé dire la vérité ? Quel homme, entouré d’un troupeau de flatteurs et de panégyristes, ne s’est pas plus encore applaudi à lui-même ? » Traité De la tranquillité de l’âme, ch. i.
47. Les éléments sont soumis. Cette observation est profondément spiritualiste ; et il est parfaitement vrai que le mouvement de l’âme n’a absolument rien de commun avec celui de la matière.
48. Par un âpre sentier. Ou : Par un sentier difficile à comprendre. Ceci peut se rapporter aux études attentives que la science exige et dont il a été question au paragraphe précédent.
49. Quelle singulière contradiction ! Toutes les réflexions qui remplissent ce paragraphe sont de celles où se complaît et triomphe le génie de Pascal : « Nous sommes si présomptueux que nous voudrions être connus de toute la terre et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Et nous sommes si vains que l’estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente. » Pensées, article 2, § 5, édition Havet.
50. Autant vaudrait se désoler. Critique piquante et juste.
51. Ne va pas croire que ce soit chose impossible. Ne jamais désespérer de rien est un des conseils les plus pratiques que la philosophie et la religion puissent donner à l’homme. La valeur de ce conseil résulte de la mobilité incontestable de toutes choses, surtout des choses humaines. Il faut conserver bon espoir dans les plus grands revers, de même qu’il faut n’être pas sans quelque crainte dans les plus brillantes fortunes et sur les sommets les plus élevés. Voir livre IV, § 3.
52. Dans les exercices du gymnase. Toute cette comparaison est d’une justesse frappante ; et, quand cette leçon est bien comprise et bien appliquée, elle peut être d’un grand secours dans la vie.
53. C’est avec bienveillance. C’est là, en effet, le sentiment qu’il faut s’efforcer de toujours garder envers ses semblables, et il suffirait à adoucir bien des griefs.
54. Éviter les gens. Bien souvent on n’aurait rien de plus ni de mieux à faire ; mais on n’est pas toujours assez maître de soi. On se sent blessé, et l’on se plaint, au lieu de rester impassible et muet.
55. Si quelqu’un veut bien me convaincre. Il faut beaucoup d’humilité et d’amour de la justice pour supporter ainsi la contradiction, et même pour en savoir gré.
56. Je suis à la joie de mon cœur de me redresser. Ceci est de la vertu la plus sincère et la plus rare. Cette abnégation de son sens propre est plus remarquable chez un empereur que chez qui que ce soit.
57. Je ne cherche que la vérité. Voilà, en effet, le grand ressort de la conscience humaine : Aimer la vérité par-dessus tout, même quand elle vous est contraire et vous condamne. Voir plus loin, liv. VIII. § 16, l’explication dont Marc-Aurèle fortifie encore ce conseil ; voir aussi plus haut, liv. IV, § 12.
58. Ils ne me préoccupent point. Voir plus haut, liv. IV, § 18, la réflexion sur le temps considérable qu’on gagne en ne se préoccupant point de ce que fait autrui, et en s’appliquant exclusivement à ce qu’on fait soi-même.
59. Trois heures suffisent. Il n’est pas probable qu’il y ait une intention particulière dans le choix de ce nombre. C’était, sans doute, une locution proverbiale ; et Marc-Aurèle s’en sert sans y attacher aucune importance, pour indiquer simplement un temps très-court.
60. Et le muletier qui le servait. Il est possible que le nom de ce muletier fût très-connu dans l’antiquité, et qu’on eût conservé son souvenir, comme de nos jours on a conservé celui de quelques domestiques fidèles, qui ont servi de grands personnages. Mais aujourd’hui le nom du muletier a disparu, tandis que celui d’Alexandre vit encore parmi nous et n’est pas près de disparaître. C’est une différence dont Marc-Aurèle ne tient peut-être pas assez de compte, bien que, d’ailleurs, sa réflexion soit très-juste. Devant l’infini, la mort de l’un ne pèse pas plus que la mort de l’autre.
61. Le nombre énorme de choses. En effet, les phénomènes qui se passent dans notre corps, dont les fonctions ne cessent pas un instant, sont excessivement nombreux. Nous n’en avons pas conscience ; mais nous savons avec pleine certitude qu’ils y ont lieu, bien qu’à notre insu. Quant aux phénomènes qui sont ceux de notre esprit, ils sont en moins grand nombre ; mais ils sont encore plus merveilleux, ne serait-ce que par l’intuition intime que nous en avons.
62. Comment s’écrit le mot d’Antonin. L’exemple peut paraître d’abord un peu singulier ; mais il n’a pas d’autre objet que de choisir une action indifférente entre mille autres. Il est vrai que tout dans la vie n’a pas ce caractère d’indifférence absolue ; mais, même en face des choses les plus blâmables et les plus révoltantes, il est bon de rester de sang-froid, pour donner des conseils que la douceur peut rendre plus efficaces.
63. Par nombre de choses. Le texte dit précisément : « Par certains nombres », expression qui n’est pas très-claire et que j’ai dû paraphraser.
64. C’est là pourtant ce que tu les empêches de faire. Observation très-fine et très-juste. Il y a telle manière de reprendre les gens qui les blesse et les cabre. La plupart des choses de la vie ordinaire ne méritent pas les emportements qu’elles suscitent en nous ; et c’est habituellement contre nos familiers et nos domestiques que nous nous laissons aller à une irritation qui a bien rarement une cause suffisante. C’est autant pour nous que pour eux que nous devons chercher à nous dompter.
65. Qui sort d’esclavage. L’expression du texte n’est pas tout-à-fait aussi formelle ; mais le sens qu’elle offre est bien celui que je donne.
66. À la servitude de la chair. Ici, au contraire, je ne fais que traduire littéralement. L’expression a une apparence chrétienne ; mais je crois que Marc-Aurèle n’a pas eu besoin de l’emprunter à une autre source que celle du Stoïcisme. Avant Marc-Aurèle, Sénèque s’en sert fréquemment ; et même il n’est pas probable que Sénèque l’eût inventée. Voir plus haut, liv. IV, § 41, et livre V, §§ 5 et 26.
67. Ton âme ait été la première à te manquer. L’expression de la pensée n’est pas assez complète peut-être ; il est évident que l’âme a fait défaut à l’homme en succombant au vice ; mais encore eût-il été bon de le dire un peu plus précisément qu’on ne le fait ici.
68. Tomber au nombre des Césars. L’expression ne semblera pas trop dure si l’on se rappelle quelques noms, Tibère, Claude, Caligula, Néron, Vitellius, Domitien, et tant d’autres que l’on pourrait citer, moins illustres, mais tout aussi vicieux. Marc-Aurèle a raison de s’éloigner avec une sorte d’horreur de semblables modèles. Mais il fallait beaucoup de franchise et de courage pour le dire si hautement.
69. De t’empreindre de leur couleur. L’expression grecque est peut-être encore plus énergique.
70. Tel que la philosophie a voulu te rendre. On a vu par le premier livre quels maîtres la philosophie avait donnés à Marc-Aurèle, et la reconnaissance profonde qu’il gardait de leurs leçons.
71. C’est une disposition sainte de notre cœur. On ne saurait assigner à la vie un but plus élevé, ni plus vrai.
72. À la communauté. On a déjà indiqué plus haut, liv. II, § 13, et liv. VI, § 7, dans quel sens il fallait entendre ce mot de Communauté, et pourquoi il faut le préférer à celui de Société, qui serait un peu trop étroit.
73. L’élève d’Antonin. On se rappelle que Marc-Aurèle avait été adopté par Antonin le Pieux. Le fils adoptif a déjà tracé le portrait de son père vénéré, plus haut, liv. I, § 16 ; et il l’a présenté sous les couleurs les plus favorables, et à la fois les plus vraies. Mais cet unique témoignage d’admiration et de gratitude ne lui a pas suffi ; et le second éloge complète heureusement le premier. On peut remarquer aussi qu’il a grande importance pour l’histoire en ce qu’il fait pénétrer intimement dans l’étude de l’administration de l’Empire. On voit pleinement à quels devoirs s’astreignaient les Empereurs qui prenaient leurs fonctions au sérieux ; et l’exemple d’Antonin pourrait guider encore aujourd’hui tous les souverains et tous les hommes d’État.
74. Des rêves qui t’abusaient. Ce sont les illusions des passions et des intérêts, qui nous font juger les choses autrement qu’elles ne sont. Mais il faut toujours, même à l’âme la plus sincère, beaucoup de temps pour dissiper les fausses apparences que la vie nous offre à ses débuts. Seulement, on se mûrit plus vite quand on a été à l’école où Marc-Aurèle s’est formé.
75. Je suis composé d’un corps et d’une âme. Depuis Socrate et Platon, la distinction était faite ; et le Stoïcisme n’a eu qu’à la recueillir. Le grand point pour chacun de nous, c’est de voir quelles sont les conséquences pratiques que cette distinction doit nous imposer dans toute la conduite de la vie. La raison doit l’emporter sans cesse sur toutes les inspirations de l’instinct et de la bête. Mais cette domination absolue de la raison est bien rare.
76. N’a pas le pouvoir de rien discerner. Voilà la partie essentielle de tout ce paragraphe, qui n’a pas été toujours bien compris. Le corps sent, mais ne discerne rien ; il n’y a que l’âme qui discerne les choses et qui les comprenne.
77. Au présent. Voir plus haut, liv. II, § 14. Le présent seul nous appartient, et encore nous échappe-t-il dès que nous voulons le saisir ; le passé nous a échappé pour toujours. Quant à l’avenir, nous ne pouvons jamais savoir si nous l’atteindrons, ni ce qu’il sera. En tous cas, il ne peut être à nous que dans les limites les plus étroites. Telle est la position vraie de l’homme durant sa courte existence.
78. Ce que l’homme doit faire. Le devoir de l’homme se réduit à suivre la raison et à vivre selon la nature, comme le disent les stoïciens.
79. Elle n’est pas non plus un mal pour lui. Distinction des vrais et des faux biens
80. Quels plaisirs n’ont pas goûtés des brigands. Le philosophe ne doit donc faire aucun cas des plaisirs dont il partagerait la jouissance avec ces êtres dégradés. Les seuls plaisirs qu’il doit goûter sont ceux de la raison et de la vertu.
81. Des tyrans. Il est clair que Marc-Aurèle fait ici allusion à plus d’un empereur, parmi tous ceux qui l’avaient précédé.
82. La loi qui est la sienne. La grande difficulté, c’est d’arriver à pratiquer cette loi ; la philosophie et la raison nous l’enseignent. Mais qu’il y a toujours peu de cœurs ouverts et dociles à leurs leçons !
83. Qui lui est commune avec les Dieux. C’est la vraie grandeur de l’homme que Dieu s’en soit fait en quelque sorte un associé pour l’accomplissement du bien. Voir plus haut, liv. III, § 4.
84. Perdues dans un des coins du monde. Marc-Aurèle ne pouvait pas encore savoir de son temps combien il avait raison. Aujourd’hui nous le savons mieux, parce que nous connaissons mieux la terre et la place qu’elle tient dans l’ordre universel des choses. Mais nous n’avons point à tirer de cette considération plus complète d’autres conséquences que ne le fait Marc-Aurèle.
85. De ce principe commun qui conduit l’univers. En d’autres termes, de Dieu.
86. Au principe que tu adores. Même remarque. Voir plus haut, liv. III, § 2, des réflexions analogues sur la valeur des choses, quelles qu’elles puissent être.
87. a tout vu. L’expression dépasse sans doute la pensée véritable de Marc-Aurèle. Les choses ne sont pas aussi parfaitement uniformes. Il avait pu voir par lui-même que le règne d’Antonin le Pieux, et le sien propre, différaient beaucoup des règnes précédents. Si le fond est essentiellement le même, les formes du moins varient sans cesse.
88. Dans le lieu où elles sont placées. Le texte est altéré en cet endroit, et les manuscrits ne fournissent aucun moyen de le rectifier d’une manière satisfaisante. La pensée générale ne peut d’ailleurs faire de doute.
89. Pour les choses… Quant aux hommes. Le précepte est excellent ; et si l’on savait le pratiquer dans ses deux parties, les individus seraient beaucoup plus heureux, en même temps que la société serait beaucoup plus régulière. Ce sont d’ailleurs des conseils qu’avaient déjà donnés le Platonisme, et que la foi chrétienne a sanctionnés aussi bien que le Stoïcisme.
90. Il en est de même pour l’univers. Le vrai moyen qu’ait l’homme de comprendre le vaste ensemble des choses qu’il a été admis à contempler, c’est de s’étudier lui-même, et de transporter dans l’étude de l’univers les données essentielles que lui a fournies sa propre étude. Tout se règle dans l’être doué de raison sur l’intelligence ; dans l’univers aussi tout doit se régler sur une intelligence infinie.
91. De ta libre préférence. J’ai pris cette expression plutôt que celle de Libre arbitre, qui aurait le même sens, parce qu’elle se rapproche davantage de l’étymologie grecque. Le Manuel d’Épictète commence par cette distinction fondamentale des choses qui dépendent de nous et des choses qui n’en dépendent pas. Ici, Marc-Aurèle tire des conséquences très-pratiques de cette maxime aussi simple que profonde.
92. Ni d’accuser Dieu. Le singulier est dans le texte, tandis qu’un peu plus haut c’est le pluriel qui a été employé. Dans la langue de Marc-Aurèle, les deux expressions ont la même valeur. — Bossuet a dit : « Si nous désirions les vrais biens comme il faut, il n’y aurait point d’inimitiés dans le monde. Ce qui fait les inimitiés, c’est le partage des biens que nous poursuivons. Il semble que nos rivaux nous ôtent ce qu’ils prennent pour eux. Or les biens éternels se communiquent sans se partager. Ils ne souffrent ni ennemis ni envieux, à cause qu’ils sont capables de satisfaire tous ceux qui ont le courage de les espérer. C’est là le vrai remède contre les inimitiés et la haine. » Sermon sur la Réconciliation.
93. Nous concourons tous. La pensée est profondément vraie, et personne ne l’a plus vivement rendue. L’homme n’est pas isolé dans le monde ; et à moins de soutenir que l’ensemble des choses n’a aucun sens, il est clair que chaque objet, chaque être, chaque homme surtout y a sa place et y joue son rôle. Avoir cette idée de notre destin ici-bas, ce n’est pas le surfaire ; c’est simplement en montrer la grandeur.
94. Les autres, dans une ignorance absolue. C’est la presque unanimité des hommes ; mais, à défaut de la philosophie, ils ont les religions, qui leur expliquent suffisamment, quelles qu’elles soient, d’où ils viennent et où ils vont.
95. Comme le disait, je crois, Héraclite. Cette pensée ne se retrouve pas précisément dans les fragments qui nous restent d’Héraclite ; mais on peut en trouver cependant quelques traces. Voir les Fragments d’Héraclite, de M. Müllach, 19, 37, 46, etc., édit. Firmin Didot, pp. 317 et suiv. Héraclite est un des premiers qui aient reconnu et proclamé l’harmonie de l’univers et son unité admirable.
96. Dont Chrysippe a parlé. Ce passage serait un peu obscur à cause de sa concision, si Plutarque ne nous avait pas conservé d’une manière plus complète la pensée de Chrysippe : « Comme les comédies renferment nombre d’épigrammes destinées à frapper le ridicule et qui mauvaises en soi répandent de l’agrément sur la pièce entière, de même vous pouvez bien blâmer le vice en tant que vice ; mais, sous d’autres rapports, il n’est pas inutile. » Traduction de M. Bétolaud, Des notions communes rapprochées des maximes stoïciennes, tome IV, p. 488 ; et édit. Firmin Didot, Moralia, tome II, p. 1303.
97. Croire que les Dieux ne s’occupent en rien de nous. Il faut lire dans le Xe livre des Lois les admirables démonstrations de Platon sur ce point spécial, pp. 252 et suiv., traduction de M. V. Cousin.
98. Il m’est du moins permis de m’occuper de moi-même. Cette seconde partie de l’alternative est absolument évidente et peut braver toute contradiction.
99. Raisonnable et sociable. Ce sont les deux caractères essentiels de la nature humaine et que toute l’antiquité lui avait reconnus.
100. Comme pour Antonin. Souvenir pieux de Marc-Aurèle pour son père adoptif.
Diritti e provenienza
Texte intégral des douze livres et notes de la traduction de 1876, publiée à Paris chez Germer-Baillière. Marc Aurèle et Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, mort en 1895, sont dans le domaine public en France. Transcription Wikisource réutilisée avec attribution ; les éventuelles contributions protégées restent sous CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/). Seuls les retours à la ligne et la présentation ont été adaptés. Sources, liens vers les versions et mentions conservés dans /texts/meditations-barthelemy-fr-source.txt. Vérifié le 28 octobre 2026 ; les règles peuvent différer hors de France.
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