Humanisme de la Renaissance · scepticisme · 1533–1592

Michel de Montaigne

Peindre non l’être, mais le passage.

Montaigne (Périgord) · Bordeaux · Rome
Portraits : évocations artistiques
Biographie

Le fil d’une vie.

Michel de Montaigne, magistrat, maire de Bordeaux et gentilhomme campagnard, invente une forme d’écriture nouvelle, l’essai, après s’être retiré dans sa librairie en 1571. Mettant son jugement à l’épreuve des livres, des coutumes, de l’amitié, de la maladie et de la mort, il se prend lui-même pour sujet et tire du scepticisme antique et de la philosophie morale une enquête soutenue sur les limites du savoir humain.

1533

Naissance et enfance latine

Né au château de Montaigne, en Périgord, il apprend le latin comme première langue auprès d’un précepteur allemand.

1557–1563

Parlement et amitié

Conseiller au parlement de Bordeaux, il s’y lie avec Étienne de La Boétie, mort en 1563.

1571

Retraite dans la librairie

Après avoir vendu sa charge, il se retire sur ses terres et marque sa retraite par une inscription latine.

1580–1581

Première édition et voyage

Les deux premiers livres des Essais paraissent à Bordeaux avant son voyage en Suisse, en Allemagne et en Italie.

1581–1585

Maire de Bordeaux

Élu pendant son absence et réélu en 1583, il exerce deux mandats pendant les guerres de Religion.

1588–1592

Troisième livre et dernières additions

L’édition parisienne de 1588 ajoute le livre III ; il annote son exemplaire jusqu’à sa mort en 1592.

Comprendre une vie en profondeur

01Une enfance latine et une carrière de magistrat

Michel Eyquem naît le 28 février 1533 au château de Montaigne, en Périgord, dans une riche famille de négociants bordelais entrée depuis peu dans la noblesse. Son père, Pierre Eyquem, futur maire de Bordeaux, lui fait apprendre le latin comme première langue auprès d’un précepteur allemand, avant de l’envoyer au collège de Guyenne. Après des études de droit, il siège comme conseiller à Périgueux puis, à partir de 1557, au parlement de Bordeaux. Il s’y lie d’amitié avec Étienne de La Boétie ; il raconte sa mort, en 1563, dans une longue lettre, et son souvenir traverse les Essais. En 1565, il épouse Françoise de La Chassaigne ; de leurs six filles, seule Léonor survit à l’enfance.

02La retraite et les premiers Essais

Après la mort de son père en 1568, Montaigne publie sa traduction de la Théologie naturelle de Sebond, hérite du domaine et de son nom, puis vend sa charge en 1570. Une inscription latine datée de 1571 consigne sa retraite dans la librairie de sa tour, dont il fera ensuite couvrir les poutres de sentences tirées de l’Écriture et des auteurs anciens. Dans ces mêmes années, il édite les œuvres de La Boétie et reçoit le collier de l’ordre de Saint-Michel. En pleines guerres de Religion, il commence vers 1572 de courts chapitres sur ses lectures et sur des exemples, qui deviennent peu à peu le registre de son propre jugement. Les deux premiers livres paraissent à Bordeaux en 1580.

03Voyage, mairie et guerre civile

En juin 1580, Montaigne entreprend un voyage de dix-sept mois à travers la Suisse, l’Allemagne et l’Italie, en partie pour soulager sa gravelle. À Rome, les censeurs pontificaux lui rendent ses Essais avec des remarques qui ne valent pas condamnation, et il reçoit le titre de citoyen romain. Aux bains près de Lucques, il apprend son élection à la mairie de Bordeaux ; il l’exerce de 1581 à 1585, réélu en 1583. Catholique modéré, estimé d’Henri de Navarre comme de la cour, il sert d’intermédiaire dans les conflits avec la Ligue. L’édition parisienne de 1588 ajoute un troisième livre, et cet été-là les ligueurs l’enferment brièvement à la Bastille.

04Dernières additions et héritage disputé

En 1588, Montaigne rencontre Marie de Gournay, qui devient sa « fille d’alliance » puis son éditrice. Jusqu’à sa mort au château, le 13 septembre 1592, il couvre d’additions les marges d’un exemplaire de l’édition de 1588, aujourd’hui appelé Exemplaire de Bordeaux. L’édition de 1595 donnée par Gournay repose sur une autre copie révisée, et le rapport entre les deux textes reste discuté. Lus par Charron, Pascal et Descartes, traduits en anglais par John Florio en 1603 et repris par Shakespeare, les Essais sont mis à l’Index par Rome en 1676. Les interprètes se demandent encore s’il faut le lire en sceptique, en catholique fidéiste, en stoïcien, en épicurien ou en libre penseur, et si sa pensée a évolué.

L’héritage et ses tensions.

Les Essais ont donné à la prose européenne une forme nouvelle et un modèle d’examen de soi sans fard. Pascal les discute, Descartes reprend leur doute, Shakespeare y puise, Bacon leur emprunte leur nom, et Rousseau, Emerson et Nietzsche les admirent. On débat encore de son scepticisme, de sa religion, de sa politique de la modération et de ses jugements sur les femmes et sur les peuples d’Amérique.

Sources & repères

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